En bref : Nigéria

Des conseillères apprennent aux mères à utiliser les aliments provenant de la production locale

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Juillet 2013 : le reportage de la correspondante de l’UNICEF, Suzanne Beukes, sur un programme qui encourage les mères à donner à leurs bébés le meilleur départ possible dans la vie.  Regarder dans RealPlayer

 

Par Suzanne Beukes

Parfois, une arachide change tout. Au Nigéria, elle peut même faire toute la différence entre la vie et la mort. Dans un pays où 11 millions d’enfants âgés de moins de cinq ans sont atteints de retard de croissance – un état qui met en danger la survie des enfants mais réduit aussi leur développement intellectuel et physique –il est surprenant de voir combien de parents n’ont pas la moindre idée du fait que bon nombre des produits alimentaires qui sont à leur portée immédiate pourraient tout changer pour leurs enfants. 

« Il y a des aliments provenant de la production locale qui conviennent à leurs enfants mais ils ne les utilisent pas, explique Catherin Anger, une responsable de nutrition pour l’État de Benue qui gère des opérations alimentaires pour 4,2 millions de personnes. Ils vendent ces aliments et ils s’en tiennent à leur régime traditionnel de patate douce et de maïs ».

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Bien que l’allaitement au sein soit encouragé au Nigéria, seulement 13 pour cent des enfants de moins de cinq mois sont allaités exclusivement au sein.

« Pour leurs bébés,  dit-elle,  les mères veulent que la bouillie qu’elles font ressemble à du lait maternel, fluide et pas épais. Elle le font trop liquide et ne comprennent l’importance d’y ajouter d’autres aliments.  Aussitôt après, on voit que l’enfant est sous-alimenté ».

Helen Terwase et son mari sont de petits agriculteurs qui cultivent des arachides aux côtés d’autres produits pas très loin des deux pièces qu’ils louent dans un campement à la périphérie de Gre West, dans l’État de Benue. Elle admet qu’il ne lui est jamais venu à l’esprit de cuisiner pour sa famille avec des arachides. Les jumeaux dont elle a accouché il y a sept mois sont visiblement petits pour leur âge. 

Régimes alimentaires monotones et manque d’informations

Le problème de la malnutrition commence avec le régime alimentaire de la mère quand elle est enceinte mais selon Stanley Chitekwe, Responsable de la nutrition pour l’UNICEF au Nigeria, il prend de l’ampleur chez les enfants quand les aliments solides sont introduits, en l’âge de 6 et 24 mois. « Ils peut leur arriver de prendre de la bouillie au petit déjeuner, de la bouillie pour le déjeuner et de la bouillie pour le dîner ce qui ne leur fournit pas les minéraux et les vitamines dont ils ont besoin pour une croissance optimale », dit-il.

Catherin Anger attribue la plus grande partie du problème de malnutrition du pays au manque d’information. « Souvent, les gens sont très ignorants en ce qui concerne une bonne alimentation, particulièrement de nombreuses mères qui n’ont pas beaucoup d’informations », explique-t-elle. Bien qu’allaitant,  Helen Terwase n’a mangé que quelques pates douces bouillies quelques heures auparavant. Ses trois autres jeunes enfants essaient de distraire les jumeaux qui pleurent constamment tandis qu’Helen Terwase prépare leur bouillie du soir.  

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Au Nigeria, pour vaincre la prévalence de la malnutrition, l’UNICEF collabore avec le gouvernement et divers partenaires pour établir un réseau de conseillères locales qui ont transféré l’information sur la santé des dispensaires vers les domiciles des particuliers.

Le statut inférieur d’une femme à l’intérieur du foyer s’ajoute aussi au problème ainsi que les interdits et les superstitions. Les œufs et la viande, par exemple, sont des aliments prisés et généralement réservés à  l’homme de la maison. « Certaines personnes croient que si vous les donnez aux enfants,  dit Catherin Anger, ils en aimeront le goût et deviendront des voleurs. Parce qu’une fois qu’ils se rendent compte que c’est bon, ils les voleront ».

Bien que l’allaitement au sein soit encouragé dans les hôpitaux et les dispensaires, seulement 15 pour cent des mères nigérianes allaitent exclusivement leurs enfants au sein, introduisant souvent de l’eau, du thé ou d’autres liquides lors des six premiers mois. « Beaucoup de mères doivent être convaincues que le lait maternel seule contient tous les nutriments essentiels qui sont nécessaires pour prévenir la diarrhée et la pneumonie, » Catherin Anger.

Groupes de soutien pour les mères

Pour vaincre l’ignorance et les mythes, le gouvernement nigérian, avec l’aide de l’UNICEF et de différents partenaires, est en train de constituer un réseau de conseillères locales qui relaient l’information sur la santé à partir des dispensaires surchargés vers les habitations des particuliers et les villages pour inverser le problème du retard de croissance, spécialement dans les zones rurales où trois enfants sur dix sont atteints d’insuffisance pondérale.  

À Gue Went, l’une de ces conseillères, Helen Tyokaw, se tient debout sous un grand arbre feuillu devant une table garnie d’aliments représentant les sept groupes alimentaires et de ce  qui est localement disponible. Elle est entourée de trente jeunes mères. Avec l’aide d’un agent de la nutrition du gouvernement local, elle explique aux enfants l’importance de chaque groupe alimentaire. Suit une démonstration culinaire, celle-ci étant une présentation simple de la façon de faire de la bouillie avec des graines de soja et des arachides, toutes deux courantes dans le secteur.  

Helen Terwase admet la surprise. Malgré les quelques années durant lesquelles elle a cuisiné pour ses cinq enfants, elle n’avait réalisé qu’utiliser les produits alimentaires qu’elle cultive déjà pouvait améliorer les vies de ses enfants dans modifier le budget de son foyer. « J’ai tiré profit de ce que j’ai appris aujourd’hui au groupe de soutien, particulièrement dans le domaine des aliments complémentaires : on a mélangé de tout dans la bouillie pour les enfants », dit-elle.

Dans chaque village, les conseillères mettent en place un groupe de soutien pour conseiller les mères pendant les 1000 premiers jours de l’enfant – de la grossesse jusqu’à son second anniversaire - et les aider à comprendre ce qu’est une bonne alimentation. Outre le groupe de discussion, les conseillères rendent visite à chaque mère chez elle pour donner plus de poids aux messages et comprendre la dynamique de chaque foyer qui peut rendre difficile pour les femmes de mettre en pratique ce qu’elles ont appris.

L’UNICEF est à pied d’œuvre pour développer dans tout le pays ces groupes locaux auxquels participent les mères.


 

 

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