En bref : Nigéria

Au Nigéria, les programmes d'eau et d'assainissement pilotés par les communautés sont en cours d'implantation

Le sommet de cette semaine sur les Objectifs du Millénaire pour le développement des Nations Unies a rappelé qu’il était impératif d'atteindre les enfants les plus défavorisés du monde afin de réaliser les OMD avec 'équité d'ici 2015. Voici un reportage sur le sujet.

Par Greg Marinovich

CALABAR, Nigéria, 23 septembre 2010 – Le visage animé d'Esther Etowa est prompt à afficher un sourire charmeur. Sa voix grave peut passer d'un chuchotement rassurant à un grondement qui peut se faire entendre en long et en large du village, une faculté très utile pour son travail.

VIDÉO : le reportage de la correspondante de l'UNICEF Zenande Mfenyana sur l'action menée par une femme pour améliorer l'hygiène dans les villages nigérians.  Regarder dans RealPlayer

 

En tant qu'animatrice locale au service des femmes, calmer les pleurs des enfants malades et des mères qui ont perdu leurs enfants à cause d'une maladie d'origine hydrique est la passion et la vocation d'Esther Etowa.

« Il peut y avoir une journée où vous arrivez dans le village et vous entendez les gens pleurer, » explique-t-elle. « Beaucoup d'enfants sont en train de mourir. »

Mobilisation en faveur de la santé

Les chiffres de l'UNICEF montrent que le Nigéria à lui seul peut représenter 12 pour cent de la totalité des décès d'enfants de moins de cinq ans. Cela signifie que, chaque jour, près de 3000 enfants de moins de cinq ans meurent dans ce pays. La plus grande partie de ces vies pourraient être sauvées grâce à des actions de prévention et à un traitement médical à faible coût.

Image de l'UNICEF
© UNICEF/NYHQ2010-1745/Eseibo
État de Cross River, au Nigéria, un garçon prend de l'eau à une pompe à moteur.

« J'ai cette passion pour les femmes et les enfants, » dit Esther Etowa. « J'observe la façon dont [les hommes] les traitent : ils n'accordent pas de valeur aux enfants. J'ai cherché un moyen de faire naître un sourire sur leurs visages. »

En 1997, Esther Etowa a commencé à faire participer les femmes à des discussions de groupe qu'elle appelait familièrement « conversations de femmes ». Dix ans plus tard, tant de femmes se sont jointes à son association que l'Initiative pour l'autonomisation et les droits de la femme a vu le jour.

Pour Esther Etowa, la révélation s'est produite en 2008 lorsqu'elle avait été invitée à participer à un atelier de travail d'un nouveau programme destiné à faire parvenir au sein des communautés rurales les plus vulnérables un meilleur assainissement et une meilleure hygiène ainsi que de l'eau potable.  

Souple et piloté par la communauté

Le Nigéria est le huitième pays du monde le plus peuplé avec environ 151 millions d'habitants. Parmi ceux-ci, à peu près 103 millions n'utilisent pas d'installations sanitaires satisfaisantes et la défécation à l’air libre est chose courante.

Image de l'UNICEF
© UNICEF/NYHQ2010-1737/Eseibo
État de Cross River au Nigéria, des femmes et des enfants puisent de l'eau dans un ruisseau ombragé.

« Comme la plus grande partie de la population est concentrée le long des cours d'eau, les gens ont l’habitude de déféquer dans la rivière et d'utiliser ensuite la même eau pour des choses différentes, » dit Eko Atu, le Directeur général du développement rural de l'État nigérian de Cross River.

Cependant, au cours de ces dernières années, une approche inédite d' « assainissement total piloté par la communauté » (ATPC ou CLTS) permet la mise en place d'installations sanitaires dans des secteurs comme celui de l'état de Cross River. Les communautés locales rejettent désormais l'idée normalement acceptée de ce qui constitue des toilettes satisfaisantes – une latrine constituée d'une plaque de béton avec un trou, entourée de murs en brique – et favorisent à la place une définition plus souple du terme « latrine ».  La seule exigence est que la totalité des habitants des habitants des communautés locales concernées mettent fin à la défécation en plein air une bonne fois pour toute.  

Le but du CLTS est d'obtenir une participation intégrale et coordonnée des communautés.

« Les communautés elles-mêmes ont été capables d'approuver le programme, » dit Eko Atu. « Il ne s'agit pas d'un programme venant du gouvernement. Si vous allez là-bas, vous verrez qu'ils se sont approprié le programme. Ce sont les communautés elles-mêmes qui pilotent l'ensemble de l'opération. » 

Sanitaires dans les écoles et les habitations

Souvent, le programme de CLTS commence à l'école du village, une démarche que le service des eaux du district inclut désormais dans sa politique générale d'action. 

« Il n'y a pas une école dans l'État de Cross River dans laquelle vous n'ayez pas d'eau et des sanitaires, » dit Eko Atu. « Les enfants apprennent à se laver les mains après avoir utilisé les toilettes, » dit-il. « Les enfants font ensuite passer l'information chez eux. »

A partir de là, les partenariats pour l'eau et l'assainissement entre l'UNICEF, l'Union européenne, le gouvernement local et les organisations qui existent dans les communautés ont permis d'introduire le programme dans les foyers et de sensibiliser les communautés aux dangers d'un mauvais assainissement.

Utilisant tous les matériaux localement disponibles, les habitants des villages commencent ensuite à construire leurs propres latrines. Ils se mettent au travail et s'aident mutuellement pour s'assurer que chaque famille dispose de sa propre installation. Comme résultat de ces opérations à faible coût, la mortalité infantile a décru entre 1990 et 2008 de plus de 4 pour cent - une réussite significative.  

Dans les six États épaulés par un financement de l'UE depuis 2008, plus de 17 000 latrines ont été construites pour 836 villages. Plus de 100 d'entre eux ont atteint comme but celui d'être déclarés débarrassés de la défécation à l’air libre.

Eau potable pour tous

Outre une mobilisation en faveur d'un assainissement de qualité, l’OMD pour l'eau et l'assainissement - l'une des huit cibles approuvées par la communauté internationale pour réduire la pauvreté dans le monde – demandent aussi un accès mondial plus large à l'eau potable. Près de 64 millions de Nigérians n'utilisent pas des sources améliorées d’eau potable. En fait, ces chiffres sont probablement plus élevés, de nombreux réseaux de distribution d'eau dans les zones rurales ne fonctionnant pas.  

  Beaucoup de pompes et de pièces mécaniques indispensables pour permettre à l'eau salubre de s'écouler peuvent tout à fait être entretenues et réparées par des techniciens locaux mais elles restent hors d'usage.

Onun Usani, Coordinateur pour l'eau et l'assainissement auprès du conseil local de Yakurr, pense que la raison en est que les communautés locales ne sont pas fréquemment associées aux prises de décision et de disposent pas du contrôle des biens communs comme les pompes à eau et, par conséquent, ne prennent pas de responsabilité envers ceux-ci.

« Nous essayons de leur donner un sentiment de propriété, le sentiment que ce programme est à eux, » dit Onun Usani. « Dès le moment où nous partirons, ils devraient se débrouiller seuls. »

 Grâce à ce programme, plus de 1000 communautés et 60 000 écoles disposent aujourd'hui d'un approvisionnement durable en eau potable. Plus de 1,2 million de personnes qui n'avaient jamais eu accès auparavant à de l'eau propre disposent désormais d'un des dons les plus essentiels de la nature sans crainte de la maladie.

 Et le programme s'est frayé un chemin jusque dans le coeur d'une animatrice sociale comme Esther Etowa. « [Les femmes et les enfants] sont à présent en bonne santé et il n'y a aujourd'hui plus de décès, » dit-elle. « On en a les preuves : cette année, on n'a pas signalé de cas de choléra, pas de cas de typhoïde. Je me sens heureuse : c'est comme si tout était possible ! »   


 

 

Partenariat UNICEF-Union européenne

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