En bref : Nigéria

Les autorités nigérianes arrachent plus de 100 enfants à des trafiquants

Image de l'UNICEF
© UNICEF Nigeria/2005
Des enfants nigériens, après avoir été délivrés, sont réunis en dehors d’un centre d’hébergement provisoire

LAGOS, Nigéria, 9 mars 2005 – Les autorités policières et douanières du Nigéria ripostent au problème croissant des trafiquants d’enfants en ayant recours à des lois nouvelles et à une campagne de sensibilisation plus dynamique.

Les autorités nigérianes ont récupéré plus de 100 enfants lors du premier week-end de mars à l’occasion de deux incidents distincts.

Le 4 mars, les autorités chargées de l’immigration ont arrêté à la frontière un camion transportant 52 enfants venant du Togo, qui auraient fait l’objet de traite pour du travail forcé au Nigéria. Ces autorités ont procédé à l’arrestation de quatre personnes, soupçonnées de se livrer à ce trafic, dont un homme qui a prétendu être pasteur de l’église pentecôtiste.

Le 5 mars, la police de Lagos a arrêté un camion frigorifique, chargé de 64 enfants, et le chauffeur a été appréhendé. Ces enfants venaient de Mokwa (Niger), et on a prétendu qu’ils étaient amenés à Lagos pour travailler comme domestiques.

Les enfants venant du Togo ont été rapatriés, alors qu’un bon nombre de ceux venus de Mokwa ont été remis à l’Agence nationale de prohibition de la traite des êtres humains (NAPTIP). L’UNICEF apporte à cette agence un appui technique et financier pour le rétablissement des victimes et les soins de santé à leur prodiguer.

« Certains de ces enfants apparaissent très traumatisés. La plupart des plus jeunes semblent complètement perdus. Nous cherchons à leur fournir un appui psychologique », a dit Roger Botralahy, le responsable à Lagos des opérations sur le terrain de l’UNICEF, après avoir visité les enfants dans le centre d’hébergement de transit.

Selon une enquête nationale sur le travail des enfants, faite en 2003, il y aurait 15 millions d’enfants qui travaillent au Nigéria. Ils sont obligés de se prostituer, ou de travailler comme domestiques ou dans l’industrie du spectacle et, bien souvent, ils font l’objet d’un trafic international.

Le Gouvernement nigérian, qui est à présent démocratique, a pris une série de mesures contre ce problème de plus en plus grave. En juillet 2003, les législateurs ont adopté un texte sur la Prohibition de la traite des êtres humains, qui donne aux autorités chargées du maintien de l’ordre les outils nécessaires pour sauver les victimes, et rechercher, arrêter et poursuivre les trafiquants.

Cette nouvelle loi a été à l’origine de la création de l’Agence nationale de prohibition de la traite des êtres humains (NAPTIP), un organisme officiel qui diffuse dans le public une information à titre préventif, dispense un enseignement aux fonctionnaires de la police et de la douane et suit les affaires de traite. L’UNICEF a apporté son soutien au développement institutionnel de cette agence, et aidé à la formation des fonctionnaires de police et de ceux du service d’immigration. L’UNICEF a également fourni de l’équipement permettant de lutter contre ce commerce illicite.

« Notre coopération avec cette nouvelle agence est très bonne. On a déjà été en mesure de condamner un trafiquant à Benin City » a indiqué Roger Botralahy.

Les efforts conjugués de la NAPTIP et de l’UNICEF ont donné des résultats positifs, comme ces arrestations début mars.

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© UNICEF Nigeria/2005
La plupart des enfants délivrés étaient des filles

Il est vital d’éduquer le public dans la mesure où les trafiquants s’en prennent aux parents vulnérables accablés par la charge d’une nombreuse famille et vivant dans la pauvreté. L’abandon de l’école par les enfants, un phénomène fréquent, constitue également un facteur important. Les trafiquants savent faire miroiter aux yeux de ces enfants de fausses promesses.

L’UNICEF et la NAPTIP ont commencé à distribuer des affiches, à faire passer dans les émissions de radio des spots publicitaires et à donner des cours aux enfants dans des centres de jeunes, partout dans le pays.

Robert Limlim, responsable de l’UNICEF du Programme de protection à Abuja, estime que le problème est particulièrement aigu au Nigéria du fait que le pays constitue également une plaque tournante stratégique pour les trafiquants. « Il existe dans d’autres pays une forte demande pour de la main d’œuvre africaine bon marché et à monnayer. Le Nigéria est le point de passage de ce trafic. Il y a beaucoup d’argent qui passe par ici », affirme-t-il.

M. Limlim espère que les choses vont s’améliorer, maintenant que le gouvernement a pris des mesures plus énergiques : « Il est clair que le Nigéria est confronté à ses propres défis, mais qu’il en profite également pour rallier et même intégrer d’autres pays dans la lutte contre ces réseaux de criminels ».


 

 

Audio (en anglais)

9 mars 2005 :
Les agents de l’UNICEF au Nigéria évoquent la situation des enfants qui ont été sauvés et le combat en cours contre les trafiquants d’enfants

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