En bref : Niger

Au Niger, parvenir à vaccciner chaque enfant pour lutter contre la polio

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© UNICEF Niger/2012/Mistycki
Au Niger, Rabi Adamou, communicateur pour la région de Tahoua, s’adresse aux familles pour les sensibiliser à propos de la polio.

Par Véronique Mistycki

KAOURA ALLASSAN, Niger, 13 février 2012 – Le 4 février, trois Journées sous-nationales de vaccination ont été lancées dans le cadre d’une campagne contre la polio. Cette campagne ciblait les enfants de  21 districts pour les immuniser contre le poliovirus, une maladie qui entraîne la paralysie et est potentiellement fatale.

Rabi Adamou, une communicatrice du Département de la santé pour la région de Tahoua, s’est déplacé de village en village pour s’assurer que les familles étaient bien informées de la visite prochaine des équipes de vaccination, et qu’ils avaient bien compris l’importance de faire vacciner leurs enfants.

« Avant, les villageois cachaient leurs enfants pour qu’ils ne soient pas vaccinés », explique Rabi Abamou. « Les gens pensaient que cela rendrait leurs enfants malades ou qu’ils perdraient leur fertilité. Ils n’avaient pas idée de ce qu’était la polio ».

Mais maintenant, le message a été parfaitement compris.

Mariama Mamoud vit avec ses trois enfants dans le village de Kaoura Allassan, à la frontière avec le Nigéria. Depuis que le Niger a interrompu la transmission de la polio en 2006, le virus est venu chaque fois de la région Nord du Nigéria.

« Le crieur public est passé partout dans le village nous dire qu’aujourd’hui était une journée de vaccination, aussi je reste à la maison à attendre les vaccinateurs », dit Mariama Mamoud. « Maintenant que nous comprenons ce qu’est la polio, nous sommes tous attentifs à cette question ».

Communiquer est la clé du succès

Dans beaucoup de villages ruraux du Niger, les actions de communication ont joué un rôle essentiel pour convaincre les familles de l’importance de la vaccination.

La participation des chefs de villages et des leaders religieux a contribué à la sensibilisation, particulièrement chez les familles vivant dans zones reculées ou dans des groupes nomades. Dans la région de Tahoua, un Comité pour la mobilisation sociale a été constitué ; avec la participation de leaders religieux, de représentants des groupes nomades et de la responsable de l’Association locale des femmes islamiques. Avant chaque campagne, ils vont dans les villages afin d’interagir avec les communautés.

« Bien que nous ayons parcouru un long chemin, la communication demeure cruciale pour le succès de la campagne de vaccination », déclare Rabi Adamou. « Nous n’essuyons plus de refus, mais il reste beaucoup à faire pour s’assurer de la qualité de ces campagnes, particulièrement dans les zones les plus reculées ».

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© UNICEF Niger/2011/Nganga-Kongo
Une équipe de vaccination s’est postée dans un marché pour la durée de la champagne de vaccination de 3 jours afin d’atteindre tous les enfants qui ne seraient pas vus lors des visites à domicile.

La Prévention est au coeur des actions de communication. La polio est  transmise par de la nourriture et de l’eau contaminés – et dans un pays où 90 pour cent des populations rurales continuent de pratiquer la défécation à l’air libre, le risque d’infection est élevé.

« Nous expliquons aux familles comment leurs enfants peuvent attraper la maladie, comment elles doivent se laver les mains avant de nourrir leurs bébés, et qu’elles doivent  garder un sol propre de façon que les tout-petits qui rampent sur le plancher ne soient pas infectés », ajoute Rabi Adamou.

Toucher chaque enfant jusqu’au dernier

Pour autant des progrès importants ont été faits au Niger, même si le pays a également connu des revers. En 2011 on a organisé jusqu’à huit Journées nationales de vaccination, et pourtant six cas de polio ont été enregistrés par rapport aux deux cas enregistrés en 2010.

« Nous avons organisé tellement de tours de vaccination l’année dernière », explique le Dr Amadou Ousseini, Directeur du Département de la  santé de Tahoua. « Nous avons consacré la plupart de notre temps à ces campagnes contre la polio, mais nous savons bien que nous ne sommes pas parvenus à toucher tous les enfants, et que de nouveaux continuent d’être détectés ».

De nombreux villages de la région de Tahoua sont situés dans des zones reculées et peu sûres, ce qui limite la couverture vaccinale. Les campagnes de vaccination y sont bien plus compliquées, du fait que beaucoup de familles ont été obligées de migrer en raison de l’insécurité alimentaire. Et les groupes nomades, qui sont nombreux dans cette région, sont souvent difficiles à localiser.

« Nous sommes conscients de ces limites et nous travaillons sur des stratégies d’approche spécifiques », explique le Dr Amadou Ousseini.  « Par exemple, nous démarrons toujours les campagnes la veille du lancement pour être sûrs de parvenir  à temps partout dans la région, même dans les endroits les plus isolés. Nous engageons également des vaccinateurs parmi les groupes nomades parce qu’ils connaissent la langue locale, et savent où trouver les camps nomades. Nous plaçons les équipes de vaccination sur les marchés, aux points stratégiques, et sur les routes, parce que beaucoup de monde passe en ces lieux qui représentent une bonne possibilité de toucher les enfants que l’on aurait manqués ».

L’éradication absolue du virus ne sera possible que si tous les enfants, y compris ceux qui vivent dans les zones les plus reculées, sont vaccinés. L’UNICEF, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et d’autres partenaires travaillent avec le gouvernement à maintenir la qualité des campagnes de vaccination  tout en concevant des stratégies d’approche ciblées sur les enfants difficiles à joindre. Persévérer dans cette voie est le seul moyen de faire qu’un jour l’on gagne le combat contre la  polio.


 

 

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