En bref : Niger

Sauver des vies d’enfants lors de la crise nutritionnelle au Niger

Image de l'UNICEF
© UNICEF WCARO/2005/Page
La maman de Lawali lui fait boire du lait théapeutique à la cuillière dans un centre d’alimentation de Maradi (Niger).

En complément du lancement de ‘Progrès pour les enfants No.4: un bilan de la nutrition’, l'UNICEF publie une série d'articles décrivant des succès visant à lutter contre certaines des très nombreuses menaces au statut nutritionnel des enfants.

MARADI, Niger, mai 2006 – En août 2005, Lawali était un nourrisson très faible de cinq mois, blotti sur les genoux de sa mère au centre d’alimentation thérapeutique du village d’Aguie, dans la région de Maradi au Niger. Sa mère le nourrissait à la cuillère avec du lait thérapeutique nutritif, fourni par l’UNICEF pour ramener à la santé des enfants souffrant d’une grave malnutrition.

« Il était si faible qu’on aurait dit qu’il était quasiment mort », a dit sa mère. « Il a toujours été faible, pas comme mes autres enfants ».

Lawali est né en mars 2005 alors que le Niger était déjà en crise à cause des pénuries alimentaires généralisées, du manque d’accès à des produits alimentaires de base, d’une insuffisance de services sanitaires essentiels et de l’absence d’information de base sur l’alimentation et la nutrition de l’enfant. Mais il a été guéri grâce à l’allaitement maternel et à un régime de lait thérapeutique soigneusement suivi.

Actuellement, le Niger est en pleine « saison de la faim », tout comme le reste du Sahel – une vaste région desséchée d’Afrique de l’Ouest, l’une des zones les plus pauvres de la planète. Les stocks alimentaires étant épuisés et les nouvelles récoltes pas encore disponibles, les taux de dénutrition infantile de la région atteignent déjà des niveaux d’urgence. Et chaque année la saison de la faim s’allonge, à cause de la pauvreté et de l’endettement.

Même aux meilleures périodes, les pays du Sahel (le Burkina Faso, le Tchad, le Mali, la Mauritanie et le Niger) connaissent des taux de malnutrition qui sont parmi les plus élevés du monde. En 2005, on a estimé que la crise nutritionnelle chez les enfants était sans précédent.
 
Afin de tenter d’éviter que se répète la crise nutritionnelle de 2005, qui a failli coûter la vie de Lawali, les Nations Unies ont lancé en mars 2006 un appel de fonds d’environ 92 millions de dollars E.-U. en vue de faire face aux besoins alimentaires et nutritionnels des pays du Sahel pour cette année.

Des signes inquiétants

Malgré la bonne récolte du début 2006, un bon nombre de familles du Niger ont dû vendre leurs céréales (au lieu de les utiliser à leur propre consommation) afin de rembourser leurs dettes de 2005, lorsque des invasions des criquets et une sécheresse calamiteuse avaient plongé le Sahel dans la crise.  N’ayant rien d’autre, beaucoup en avaient été réduits à manger les « aliments » les plus sommaires – baies, insectes et aliments pour les animaux.

On perçoit à présent des signes inquiétants selon lesquels on pourrait compter des milliers de décès d’enfants de plus cette année au Sahel si l’aide n’arrivait pas rapidement. 

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Des curieux regardent une femme qui se prépare à rapporter chez elle les céréales que lui a données une banque céréalière de la collectivité, soutenue par l’UNICEF.

« Les gens de notre organisation qui vont dans les villages afin de suivre la malnutrition modérée nous indiquent qu’à l’heure actuelle certains villages sont presque vides [d’êtres humains] », a dit Ester Ruiz de Azua, de l’organisation non gouvernementale Action contre la faim. « Il n’y a rien à manger, ce qui veut dire que les choses seront vraiment très graves dans un ou deux mois ».

Avec une moyenne de huit enfants par famille et un faible niveau d’instruction, un bon nombre de familles du Niger vivent au jour le jour. Elles ne sont guère prévoyantes et ne perdent pas facilement leurs mauvaises habitudes alimentaires. Les mères cessent d’allaiter trop tôt et amènent leurs bébés dans les centres de nutrition trop tard.

Par conséquent, il est urgent de mener une action pour sauver des vies – en assurant notamment un suivi systématique de la croissance et en augmentant le nombre des centres thérapeutiques et d’alimentation de complément. Des programmes de développement sont également nécessaires pour permettre d’accroître les services en matière de nutrition et de santé destinés aux jeunes enfants. 

Investir tôt permet de sauver des vies

La crise nutritionnelle touche principalement les nourrissons et les jeunes enfants de moins de deux ans, qui souffrent d’une insuffisance pondérale dès la naissance, qui font les frais des mauvaises habitudes en matière d’allaitement, dont l’alimentation de complément n’est pas adaptée et dont l’accès aux services sanitaires de base est insuffisant.

Le nouvel appel de fonds des Nations Unies a pour objectif de changer ce qui parfois a semblé être un cycle inévitable dans la région du Sahel, et une intervention rapide peut faire la différence entre la vie et la mort. « Chaque fois que nous pouvons investir au début d’une crise, nous savons que nous sommes en train de sauver la vie de milliers et de milliers d’enfants » déclare le Représentant de l’UNICEF au Niger, Aboudou Karimou Adjibade.
 
Il y a 22 projets humanitaires qui vont profiter de cet appel. Ils se situent dans le domaine de l’agriculture, de l’aide alimentaire, de la nutrition et de la santé. Plusieurs organisations des Nations Unies et d’autres partenaires y sont engagés. L’expérience du Niger en 2005 montre bien l’efficacité d’une intervention rapide.

De juillet à décembre 2005, 325 000 enfants souffrant de malnutrition ont bénéficié de programmes alimentaires financés par l’UNICEF, et environ 90 pour cent d’entre eux ont retrouvé la santé. L’UNICEF a en outre été en mesure de distribuer aux centres d’alimentation thérapeutiques 4 259 tonnes de porridge UNIMIX, plus de 42 tonnes de lait thérapeutique et 166 tonnes de « Plumpy’nut », une pâte d’arachide riche en vitamines.

Cette année, entre janvier et mi-mars, 33 895 enfants dénutris ont pu bénéficier du programme nutritionnel d’urgence financé par l’UNICEF.

Parmi les partenaires travaillant aux côtés de l’UNICEF et du Gouvernement nigérien à la campagne massive de lutte contre la malnutrition figurent d’autres organisations des Nations Unies et 24 organisations non gouvernementales internationales, en particulier Action contre la faim, Helen Keller International, Médecins Sans Frontières, Plan International et Save the Children.


 

 

Vidéo

Reportage de la Correspondante de l'UNICEF Sabine Dolan sur le travail de l'UNICEF pour améliorer les pratiques alimentaires au Niger, où les croyances traditionnelles découragent l'allaitement maternel.

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