Népal

À l’occasion de la Journée mondiale contre le travail des enfants, l’histoire du nouveau départ dans la vie d’une jeune Népalaise

Image de l'UNICEF
© UNICEF/2009/Taylor
Maya Waiba, un enfant qui travaillait à la confection de tapis, joue au carrom, un jeu pratiqué en Asie du Sud, à Hamro Ghar (Notre maison), un centre de réadaptation d’enfants qui travaillaient auparavant dans des ateliers de confection de tapis à Katmandou, la capitale du Népal.

Par Sam Taylor and Sarah Crowe

La Journée mondiale contre le travail des enfants, qui a lieu le 12 juin, met l’accent cette année sur le défi permanent que constitue l’élimination des pires formes du travail des enfants, en insistant sur l’exploitation des filles. La présente histoire illustre ce défi.

KATMANDOU, Népal, 12 juin 2009 – Maya Waiba n’avait pas encore 10 ans lorsqu’un recruteur de travailleurs a promis à ses parents, dans son pauvre village du Népal méridional, qu’elle recevrait un salaire correct et bénéficierait d’une éducation, à Katmandou. Au lieu de cela, Maya n’a obtenu qu’un travail éreintant de tisserand dans un atelier de confection de tapis.

Aujourd’hui, Maya, âgée à présent de 12 ans, frémit lorsqu’elle évoque sa vie passée dans l’atelier et la duperie dont elle et ses parents ont été victimes de la part du recruteur. « C’était horrible de travailler là-bas. J’étais souvent battue et il fallait travailler 18 heures par jour, été comme hiver, » raconte-t-elle.

« Je peux avoir une vie meilleure »

Maya est l’aînée de six soeurs. On l’a emmenée à Katmandou car on avait fait à sa famille la promesse fallacieuse qu’elle aurait une vie meilleure là-bas. Cette promesse ne s’est concrétisée que lorsqu’elle a été délivrée et placée dans un centre de réadaptation de Katmandou, qui accueille d’anciens enfants travailleurs. Ce centre est géré par Rugmark Nepal, un projet financé par l’UNICEF et l’Organisation internationale du Travail (OIT), qui a pour but de mettre un terme au travail des enfants dans le secteur de la confection des tapis.

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Trois enfants – l’un de 10 ans et les deux autres de 11 – montrent leurs mains, rendues calleuses par des mois de travail dans des ateliers de confection de tapis, à Katmandou.

Ce centre s’appelle Hamro Ghar (Notre maison). Il a pour mission d’offrir aux enfants exploités un nouveau départ dans la vie, après le travail exténuant qu’ils ont connu dans les ateliers de confection de tapis.

« Dans la vie que je mène aujourd’hui, ce qu’il y a de mieux, c’est de bénéficier d’une éducation », déclare Maya. « Grâce à l’éducation, je peux avoir une vie meilleure que celle que j’avais. Et je ferai en sorte que mes enfants bénéficient eux aussi d’une éducation, car je ne veux pas qu’ils subissent les mêmes expériences que moi. »

La maltraitance physique et sexuelle

Rugmark Nepal, qui fait partie d’une initiative mondiale, inspecte régulièrement environ 120 ateliers de confection de Katmandou afin de s’assurer qu’ils ne font pas travailler des enfants. L’organisation délivre des certificats aux exportateurs, garantissant à leurs clients qu’aucun enfant n’a été exploité lors de la confection du produit.

En outre, Rugmark Nepal s’efforce de réunir les enfants qui travaillent et leurs parents. Si cela se révèle impossible, les enfants sont placés à Hamro Ghar, où on leur donne une éducation et un enseignement professionnel.

Les enfants, dans ce centre, ont des visages juvéniles, mais leurs mains sont vieillies et portent des cicatrices, en raison de mois – ou d’années – d’un travail éreintant sur les métiers à tisser.

« Il existe beaucoup de maltraitance physique, » a confié Ganga Bhattarai, conseiller de Rugmark Nepal. « Les garçons comme les filles sont souvent battus, lorsqu’ils commettent une erreur, et parfois les filles sont victimes de maltraitance sexuelle – en particulier celles qui n’ont pas de membres de leur famille dans l’atelier. »

Les filles sont le visage caché du travail des enfants

En ce qui concerne Maya, sa nouvelle vie à Hamro Ghar lui a donné de l’espoir en l’avenir. « Je rêve à présent de devenir enseignante. Je veux avoir de jeunes enfants comme élèves et j’aimerais pouvoir aider mes soeurs, plus jeunes que moi, » dit-elle.

L’histoire de Maya est bien trop courante en Asie du Sud, où le travail des enfants reste à des niveaux désespérément élevés, surtout chez les filles. Malheureusement, la plupart des enfants travailleurs ne sont jamais délivrés ; il y en aurait 44 millions dans la région, privés de leur enfance et d’éducation parce qu’ils sont forcés de travailler.

« Derrière les statistiques se dissimule les visages de millions de filles victimes du travail des enfants en Asie du Sud. Les filles restent dans l’ombre, invisibles, et risquent beaucoup de se faire à nouveau exploiter, » a indiqué Daniel Toole, le Directeur régional pour l’Asie du Sud de l’UNICEF. « Lorsque les temps sont très difficiles, les familles prennent des mesures d’urgence, à court terme, comme celle de retirer leurs filles de l’école, afin de rapporter un supplément d’argent à la famille. Mais en privant les filles d’éducation, on les prive, elles et leur famille, d’un avenir décent. »

Compter ce qui ne peut l’être

Les pays d’Asie du Sud ont tous le même type de lois interdisant le travail des enfants, mais la pratique reste endémique et culturellement acceptable. Les niveaux élevés de pauvreté dans la région, des parents insuffisamment éduqués et sensibilisés au problème, tout cela contribue à une augmentation du nombre d’enfants travailleurs, ce que les gouvernements s’efforcent de combattre.

« Les gouvernements mènent une lutte concertée contre le travail des enfants dans le secteur formel, qui est plus visible, mais la tâche est démesurée en agriculture et dans d’autres secteurs informels, » a dit Guillemette Meunier, Conseillère pour la protection de l’enfance, Bureau régional de l’Asie du Sud de l’UNICEF.

La proportion des garçons et des filles obligés de travailler varie d’un pays à l’autre. Par ailleurs, les filles sont très nombreuses dans la région à ne pas être prises en compte parce qu’elles travaillent dans des secteurs non réglementés et à la maison, et parce que ce travail est considéré comme ayant peu de valeur économique. L’UNICEF apporte son appui à la formation technique et encourage l’éducation et la formation professionnelle notamment des adolescentes. En effet, des études démontrent que des filles ayant reçu une éducation sont mieux rémunérées et mieux en mesure de donner une éducation à leurs propres enfants. 

« Afin d’éliminer à long terme le travail des enfants, il faut réduire la pauvreté, accroître le nombre d’emplois, améliorer la qualité de l’éducation et l’accès des groupes défavorisés à l’enseignement, » a déclaré Mme Meunier.


 

 

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