Mali

Un programme de transfert de fonds fournit un soutien aux victimes de violences au Mali

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Juillet 2013 : Un programme implémenté au Mali soutient les victimes de viol.

 

Par Alex Duval Smith

Pour une jeune mère qui lutte pour survivre, un programme qui aide les femmes victimes de violence dans le nord du Mali constitue une chance de construire un avenir.

Mopti,  Mali, 2 août 2013 – Dans la décharge « Bas Fond » à Mopti, des résidents fouillent les détritus,  les restes de la consommation d'autres personnes. Dans un pays aussi pauvre que le Mali, ils doivent creuser profondément pour trouver quelque chose d’intéressant. Les gens qui vivent autour de cette zone sont les plus pauvres parmi les pauvres. Pourtant  Fatoumata Traoré *, 16 ans, préfère rester ici que de retourner à Tonka, la ville de la région de Tombouctou   qu’elle a été forcée de fuir.

Elle berce Moussa, 5 mois,  en racontant la journée d’horreur l'an passé quand elle a été enlevée à son domicile familial par les membres du groupe rebelle qui avait pris le contrôle du nord du Mali.

Fatoumata s’est retrouvée prisonnière dans une maison abandonnée avec 15 autres filles. Elles ont été victimes de viols collectifs pendant une semaine.

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Fatoumata (son nom a été changé), 16 ans, a été contrainte de fuir sa maison à Tonka, dans le nord du Mali, l'an dernier après avoir été kidnappée et violée par des rebelles maliens.

« Ma mère était allée au marché. Je faisais le ménage. J'ai entendu des coups de feu. J'ai couru pour ramasser ce que je pouvais. Je voulais faire rentrer mes frères dans la maison. Ils [les rebelles] ont sauté par-dessus notre portail, dans la cour », se souvient Fatoumata.

« Ils m'ont attrapée et j'ai résisté tant que je pouvais. J'ai encore mal aux poignets et aux bras d'avoir été trainée par terre, dit-elle. Ils m'ont emmenée dans une maison abandonnée à la périphérie de la ville. Il y avait 15 autres filles là-bas. Certaines étaient plus jeunes que moi, elles avaient peut-être 13 ans ».

Elle poursuit: « Ils ne nous ont pas battues. Ils nous ont violées. Un groupe entrait et nous violait tandis qu’un autre tenait la garde devant. Ils nous apportaient des animaux pour que nous mangions. La viande n'est pas bien cuite. Ça a duré une semaine. Ensuite, ils nous ont jetées dehors et sont partis ».

Une vague de violence sexuelle

Les femmes et les filles ont été les victimes principales du conflit dans le nord du Mali, conflit provoqué par la prise de contrôle de la région en 2012 par des rebelles islamistes et sécessionnistes. Non seulement leur imposition d’une loi islamiste fondamentaliste a occasionné beaucoup de changements dans la vie des femmes, mais elles ont été la cible d’une vague de violence sexuelle.

Maintenant que l’intensité des combats s’est amoindrie, les femmes constituent la majorité des centaines de milliers de personnes déplacées vivant dans les villes centrales et méridionales du pays.

Fatoumata vit avec sa mère, 38 ans, dans un refuge constitué de paille et de bâches en plastique noir sur le bord de la décharge Bas Fond. Elles sont si pauvres qu’elles ne mangent pas tous les jours. Elles se relaient pour  allaiter Moussa et ne savent pas où le est père de Fatoumata. Il a abandonné le domicile familial après avoir appris le viol de sa fille.

Aïssata Cissé, un travailleur social pour l'ONG Family Care International (FCI) à Mopti, explique que la disparition du père est typique dans une société où le viol est le tabou ultime.

« Au Mali, quand un viol a lieu, c’est au sein de la famille qu’on s’en occupe. On ne va pas au tribunal ou à la police, explique-t-elle.  Souvent, les filles n'osent même pas dire à leurs mères ce qui s'est passé. Si cela se sait qu’une fille a été violée, elle aura des problèmes. Même à l'école, ses amis ou d'autres élèves vont l’embêter ».

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Fatoumata berce son fils de 5 mois, né après qu'elle ait été enlevée l'an dernier.

Soutien aux survivants

Le FCI  a pris Fatoumata  en charge après qu'elle ait donné naissance à Moussa dans une clinique de Mopti en Février dernier. « Elle ne savait pas qu'elle était enceinte. Elle pensait que les contractions étaient dues un problème digestif », explique Mme Cissé, qui a organisé le soutien et le paiement des frais médicaux pour Fatoumata.

Bientôt, avec l’appui de l'UNICEF, le FCI s'attend à être en mesure d'effectuer des transferts de fond à 1500 filles et femmes qui ont survécu au conflit.

Moussa Sidibé, Spécialiste de la protection de l'enfance pour l’UNICEF, explique que les femmes déplacées du Mali sont confrontées à un large éventail de cicatrices physiques et émotionnelles. Beaucoup sont également en difficulté économique profonde, ayant dû fuir leurs villes et villages d'origine.

« Les femmes paient un terrible tribut dans ce conflit, dit-il. Certaines des femmes déplacées ont subi des horreurs indicibles avant de s'enfuir du nord. Nous parlons de centaines de femmes traumatisées qui ont besoin d’un soutien ».

M. Sidibé explique que leur lutte ne se termine pas quand elles ont trouvé un nouveau foyer. « Une fois qu'elles sont arrivées dans un endroit comme Mopti, elles sont confrontées à d'énormes défis, dit-il. Beaucoup d’entre elles se retrouvent chefs de famille parce que leurs maris sont restés dans le nord ou ont disparu. La nécessité de nourrir leurs enfants et de payer leurs loyers les pousse aux solutions les plus extrêmes, comme la prostitution ».

Pour répondre au besoin urgent de soutien pour 350.000 personnes déplacées au Mali - dont la plupart sont des femmes et des enfants – l’UNICEF a choisi de jouer un rôle de coordination, en s'appuyant sur l'expertise des ONG locales et en renforçant leur capacités. La FCI appuie et conseille 100 filles et femmes démunies comme Fatoumata. L’organisation gère également des séances d'information pour informer les femmes déplacées sur les violences basées sur le genre.

Pour Fatoumata et Moussa, la priorité est de donner à la jeune mère l'espace et les moyens financiers afin qu’elle puisse se concentrer sur la construction de son avenir.

Alors que les jeunes adolescentes des voisins et d'autres enfants jouent sur une corde pendue à un arbre dans le bidonville de Bas Fond, Fatoumata réfléchit à une question très adulte: Qu'est-ce qui pourrait l’aider à mettre cet horrible événement derrière elle?

« Si nous pouvions avoir un endroit correct pour vivre, moi, ma maman et Moussa, et assez à manger - c'est tout ce dont nous avons besoin», dit-elle.

* Les noms ont été changés


 

 

Photographie : la violence basée sur le genre

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