Mali

Au Mali, une approche d'assainissement pilotée par la communauté sauve des vies

Par Guy Degen

BAMAKO, Mali, 11 octobre 2010 – Déféquer à l’air libre reste une pratique courante dans les régions rurales du Mali et, dans de nombreux villages, les latrines sont construites seulement pour les personnes âgées ou handicapées.

VIDÉO : le reportage du correspondant de l'UNICEF Guy Degen sur les opérations d'Assainissement total piloté par la communauté pour construire des latrines et empêcher la défécation à l’air libre dans les villages du Mali.  Regarder dans RealPlayer

 

Traditionnellement, la défécation en plein air était encouragée parce que les excréments pouvaient être utilisés comme engrais pour les cultures. Cependant, cette habitude favorise considérablement les mauvaises conditions d'hygiène et d'assainissement ainsi que les maladies liées à la diarrhée, une cause majeure de décès parmi les enfants de moins de cinq ans au Mali. 

Afin d'encourager la construction et l'utilisation appropriée de latrines pour les besoins hygiéniques, des centaines de villages participent à un programme appuyé par le gouvernement et l'UNICEF appelé « Assainissement total piloté par la communauté » (ATPC ou, en anglais, CLTS).

Hygiène personnelle et interdits sociaux

Pour surmonter les obstacles aux discussions publiques sur la défécation en plein air et l'hygiène personnelle, des conteurs traditionnels, appelés griots, jouent un rôle important car ils aident les spécialistes locaux de l'assainissement à travailler avec les habitants des villages.

Image de l'UNICEF
© UNICEF video
Des mères et des enfants lors d'une « séance d'activation » menée par les animateurs de l'Assainissement total piloté par la communauté dans un village du Mali.

Pendant une « séance d'activation » d'ATPC, les habitants du village se réunissent et chacun partage à manger ou de l'eau. Ensuite, quelque chose d'inattendu se produit. Pour illustrer les dangers de la défécation en plein air, les animateurs placent des excréments frais humains – trouvés ce jour là dans le village – près de la nourriture et de l'eau qu'ils ont partagée. Les mouches sont instantanément attirées et commencent à se déplacer entre les excréments, la nourriture et l'eau. 

La méthode est délibérément provocatrice. Les gens observent immédiatement les risques de la défécation en plein air et réalisent qu'ils ingèrent peut-être de la nourriture contaminée par leurs propres excréments. Par la suite, les animateurs travaillent avec les habitants du village pour identifier les endroits à problèmes et en dresser une carte. Les habitants calculent aussi le volume d'excréments humains produit et les dépenses médicales résultant de maladies diarrhéiques.  

Avec l'appui de spécialistes d'ATPC, le village élabore ensuite un plan d'action pour s'attaquer à la défécation en plein air et améliorer l'assainissement et les conditions sanitaires de la communauté.

Solutions financièrement abordables, ressources locales

L'ATPC est fondé sur le principe du changement collectif. Quelques heures seulement après la « séance d'activation », le village de Bereninba – situé près de la ville de Kita, à l'ouest du Mali –grouille d'activité. Nombreuses sont les personnes qui creusent avec enthousiasme leurs nouvelles latrines.

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Une habitante d'un village participe à la construction de latrines dans le cadre du programme d'Assainissement total piloté par la communauté.

« Si nous ne faisons pas cela, notre assainissement ne sera jamais suffisant, » dit un père de famille travaillant avec son fils pour construire une latrine. « Les enfants et les adultes font leurs besoins en plein air et cela conduit à une absence de sanitaires. Les mouches atterrissent sur les excréments, faisant passer les maladies sur notre nourriture. C'est pourquoi je creuse pour arrêter cela. Nous n'avons pas d'autres moyens que prendre une pelle et creuser comme cela. »

Il importe de remarquer que la démarche d'ATPC ne consiste pas à apporter des subventions. Au lieu de cela, la population utilise des solutions financièrement abordables et ses propres ressources locales.

Une décision qui émane de la communauté

Le but de chaque village est d'être déclaré « débarrassé de la défécation à l’air libre ». Cela signifie que chaque famille du village doit avoir accès à une latrine ouverte pour réduire la présence des mouches et doit disposer d'eau, de savon ou de cendres pour le lavage des mains. Ces mesures élémentaires sont bon marché même pour les familles les plus pauvres. Des plans de construction de latrines présentés lors d'ateliers locaux de travail permettent de renforcer la participation des habitants pour réaliser des changements dans leur village et pratiquer une bonne hygiène.   

L'UNICEF et ses partenaires sont persuadés qu'ils peuvent continuer à développer la portée du programme ATPC au Mali. Pour 2010, l'objectif est d'aider 300 villages à être considérés comme « débarrassés de la défécation à l’air libre », ce qui a un effet positif pour 200 000 personnes. 

« Nous avons une stratégie qui est centrée sur les résultats, » dit Nicolas Osbert, Responsable à l'UNICEF de l'eau, de l'assainissement et de l'hygiène. « Cela va au-delà de la construction de latrines. Cela améliore la santé publique en réduisant la menace de contamination fécale. »

En dernière analyse, la décision de modifier les comportements en matière d'hygiène doit émaner de la communauté. En se concentrant sur l'action collective, l'approche ATPC joue un rôle fondamental dans le Programme national d'eau et d'assainissement du Mali et aide ainsi le pays à s'orienter vers la réalisation des cibles de survie de l'enfant et d'environnement durable des Objectifs du Millénaire pour le développement d'ici 2015. 


 

 

Liens

Au Nigéria, les programmes d'eau et d'assainissement pilotés par les communautés sont en cours d'implantation
 avec vidéo

Eau, assainissement et hygiène

(lien externe, s'ouvre dans une nouvelle fenêtre)
Site Web :
Community Led Total Sanitation 
(Assainissement total piloté par la communauté)

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