Kirghizistan

Après les violences à Osh, au Kirghizistan, l'UNICEF aide les familles déplacées à prendre un nouveau départ

Par Rob McBride

OSH, Kirghizistan, 6 juillet 2010 – En voyant le centre d'Osh de la colline qui le domine, il est difficile d'imaginer les violences qui, à la mi-juin, ont ravagé cette ville. Les panaches de fumée qui flottaient au-dessus des immeubles ont depuis longtemps disparu mais quand on y regarde de plus près, on remarque les zones noircies correspondant aux quartiers entiers qui ont été détruits.

VIDÉO UNICEF (en anglais) : 2 juillet 2010 – le reportage du correspondant de l'UNICEF Rob McBride sur les programmes destinés à reconstruire la vie des familles déplacées par les violences ethniques à Osh, la seconde ville du Kirghizistan. .

 

Dans l'une de ces rues calcinées et en ruines, les membres de la famille Khatamjon tentent de reconstruire leurs vies. M. Khatamjon s'occupait d'un petit commerce. A présent, il utilise ses  talents dans l'évaluation des stocks pour travailler comme coordinateur de l'aide humanitaire distribuée à ses voisins. Il travaille avec sa calculette sur une table minuscule et un tabouret, à peu près les seuls meubles qui se trouvent dans la carcasse en ruine d'un bâtiment.  

« Nous sommes venus ici pendant la journée mais, quand il fait nuit, nous partons et nous restons avec des proches, » dit-il. « Nous ne pouvons pas dormir ici. Il n'y a ni gaz [ou] électricité. »

Pour ses trois jeunes fils, il n'y a pas beaucoup d'endroits pour jouer. Avec de nombreux autres enfants du quartier partis chez des parents et les écoles fermées pour les vacances d'été, il n'y a rien à faire.

« J'aimerais pouvoir aller quelque part, » dit Muzaffar, 14 ans. « N'importe où serait mieux qu'ici. »

Plus sûr pour les familles

Soucieux de rendre Osh plus vivable pour ses jeunes habitants, l'UNICEF collabore avec le Mmnistère de l'Éducation pour ouvrir des centres d'activités dans 20 écoles du secteur. Les centres offriront aux enfants des activités de loisirs encadrés et les aideront à se remettre dans le rythme scolaire avant le début de la nouvelle année scolaire qui commence le 1er septembre.

Image de l'UNICEF
© UNICEF video
Muzaffar, 14 ans, dit qu'à Osh, au Kirghizistan, les enfants n'ont pas d'endroit pour jouer.

L'UNICEF et ses partenaires locaux se préparent en outre à mettre en place des espaces amis des enfants dans les quartiers de la ville dans l'espoir d'attirer des enfants des différentes communautés ethniques pour faciliter le processus de réconciliation.

En dernière analyse, on espère que de plus en plus de familles se sentiront assez en sécurité pour ramener chez eux les enfants qui ont été envoyés vivre chez des parents ou des amis lorsque la violence a éclaté.

Ismanova Missiryo est l'une des nombreuses mères qui subissent une séparation forcée, celle d'avec sa fille, âgée de trois ans. Sa voisine, Zakira Kochkarova, a quatre enfants qui vivent à présent loin d'elle. Pour l'instant, elles et d'autres voisines partagent la seule pièce qui est encore debout dans la maison en ruines d'Ismanova Missiryo.

Le strict minimum

« Tout ce que nous avions a disparu, » dit Ismanova Missiryo. « Je me suis retrouvée avec les vêtements que je portais, mon mari et ma fille. » Progressivement, ils retrouvent de nouveau le strict minimum grâce à des dons en vêtements et en literie qui arrivent de différents endroits. Et aujourd'hui, ils ont juste pris possession d'un kit familial pour la purification de l'eau dans le cadre d'un programme appuyé par l'UNICEF s'appliquant à toute la ville.

Image de l'UNICEF
© UNICEF video
Des maisons calcinées à Osh, la seconde ville du Kirghizistan, où des violences interethniques ont éclaté en juin.

L'UNICEF collabore aussi avec les partenaires locaux pour rétablir les services médicaux au niveau de la communauté.

« Il y a aujourd'hui un problème pour effectuer des interventions médicales de base comme les vaccinations, » dit la Responsable de la santé et de la nutrition de l'UNICEF Damira Abakirova. « Il y a l’urgence actuelle mais nous devons aussi nous préoccuper des soins de santé de base de façon continuelle. »

A ces problèmes, s'ajoutent les affections saisonnières associées au l'été dans le sud du Kirghizistan alors que les températures journalières s'élèvent bien au-dessus des 30 degrés Celsius. « Quand vous prenez en compte le déplacement, alors les cas de diarrhée risquent de doubler voire de tripler cet été, » explique Damira Abakirova.

Combler les divisions ethniques

Malgré les défis ultérieurs à relever, l'UNICEF et ses partenaires sont encouragés par des récits de plus en plus fréquents de coopération entre les différentes ethnies. Aytiev Saeed a une telle histoire à raconter. Pendant les affrontements de juin, il a aidé à organiser des convois qui ont fait franchir la frontière à des travailleurs ouzbeks migrants qui fuyaient les violences. 

Image de l'UNICEF
© UNICEF video
Des agents humanitaires de l'UNICEF distribuent des kits pour la purification de l'eau aux familles touchées par les violences à Osh, au Kirghizistan.

« Je suis moi-même kirghize mais nous travaillons en étroite collaboration avec les Ouzbeks, » dit-il. « Nous nous entendons bien, alors pourquoi ne nous les aiderions pas ? »

Une grande partie des Ouzbeks qui étaient partis sont maintenant revenus, estimant qu'Osh est suffisamment sûr. Pour sa part, Ismanova Missiryo espère qu'elle pourra bientôt faire revenir sa fille.

Quand ils se rappellent les violences du mois dernier, beaucoup, à Osh, sont accablés par l'émotion mais l'expression d'Ismanova Missiryo garde un air résolu. « J'ai déjà tant vu et tant souffert, » dit elle, « qu'il ne me reste plus de larmes. » Mais quand elle parle de sa fille, elle perd son aplomb. Dans cette cité des larmes, elle en a trouvé quelques autres à verser.


 

 

Recherche