Kenya

Au Kenya, une étude analyse la population croissante des jeunes internautes

Image de l'UNICEF
© UNICEF Kenya/2013/Huxta
Des téléphones mobiles bon marché connectés à Internet et des systèmes de prépaiement flexibles permettent à de plus en plus de Kenyans d’avoir accès à Internet; la progression de leur utilisation est imputable aux enfants et aux jeunes.

Par Kate Pawelczyk

NAIROBI, Kenya, 30 septembre 2013 – Mary, 16 ans, et Portia*, 17 ans, vivent à Kawangware, un quartier défavorisé de Nairobi. Ni l’une ni l’autre ne vont à l’école : Portia s’occupe du bébé de sa sœur aînée et Mary est en apprentissage pour devenir coiffeuse. Néanmoins, toutes deux possèdent des téléphones mobiles et ont commencé à utiliser Facebook il y a environ sept mois. 

« Quand je suis stressée, je joue à des jeux sur mon téléphone, dit Portia. Ils m’aident à rester éveillée ou à ne pas me préoccuper de ce qui me stresse. »

Mary apporte une autre perspective : « Quand on joue à des jeux sur son téléphone, on ne peut rien faire d’autre. Je préfère écouter la radio. »

L’expérience de ces filles offre un aperçu d’une partie des conclusions d’une étude de l’UNICEF récemment réalisée à Nairobi portant sur les jeunes et les problèmes de l’accès au numérique, les connaissances qu’ils en ont et les habitudes qui sont en train d’apparaître. L’étude, intitulée « A (Private) Public Space » (« Un espace public (privé) »), analyse l’impact d’un environnement numérique en évolution rapide sur les droits de l’enfant dans le pays.

Son titre s’inspire de l’un des sentiments dominants exprimés par les participants : à savoir que les outils numériques constituent une des rares chances de se créer une identité personnelle et de l’explorer, à l’abri de l’influence ou de l’immixtion d’autres membres de la famille. L’appareil le plus généralement utilisé est un téléphone mobile avec un accès Internet ou un ordinateur de cyber-café. Avec un taux de pénétration de plus de 75% pour la téléphonie mobile et de 28% pour Internet à la mi-2012, ces jeunes font partie de la population de Kenyans « connectés » qui est en train de croître rapidement.    

Comprendre les possibilités et les risques

Le Kenya est l’un des pays dans lesquels l’UNICEF est en train d’examiner de plus près les possibilités et les risques que présente pour les jeunes l’accès aux technologies du numérique. En 2010, la Division des médias sociaux et civiques de l’UNICEF a lancé l’initiative « La voix des jeunes citoyens » qui a pour but de comprendre comment les enfants et les jeunes utilisent les médias numériques en vue de soutenir les efforts de sensibilisation et de mobilisation et réduire les risques que peuvent présenter les médias numériques.  

Les preuves de ces risques sont apparentes dans les réponses apportées dans l’étude sur les expériences négatives vécues en ligne mais les participants se sont aussi empressés de révéler certaines des stratégies qu’ils emploient pour faire face à des circonstances déplaisantes comme, par exemple, en bloquant les usagers qui les insultent et ne divulguant pas de données personnelles. 

L’étude fait aussi état d’un fossé entre les parents et leurs enfants concernant l’utilisation d’Internet, particulièrement des médias sociaux. De nombreux participants ont déclaré que leurs parents où les personnes qui s’occupent d’eux  ont un faible niveau de connaissances dans le domaine du numérique, spécialement parmi celles vivant dans les quartiers urbains défavorisés ou les zones rurales. Il est aussi fréquemment fait état de dissimulation ou de mensonge sur l’utilisation des médias sociaux et les parents, personnes responsables et enseignants sont rarement cités comme source de soutien dans les cas d’intimidation ou de harcèlement en ligne.       

Une connaissance plus nuancée des habitudes numériques

Basé sur des débats thématiques menés avec des jeunes du Kenya âgés de 12 à 17 ans, le rapport est axé sur la bonne connaissance du comportement et des motivations qui conduisent à l’utilisation des médias numériques en prenant en compte l’âge, le sexe, la situation géographique et la situation socioéconomique des participants. 

Bien que l’étude ne soit pas une enquête exhaustive portant sur l’ensemble des adolescents kenyans, ses conclusions permettront à l’UNICEF et à ses partenaires de mettre sur pied des campagnes et des politiques pour faire en sorte que les enfants et les jeunes puissent profiter des innovations numériques dans un environnement plus sûr et responsable.

*Les noms ont été modifiés pour protéger l’identité des participants. Les photos de ce reportage et le rapport ne décrivent par les personnes ayant participé à l’étude.


 

 

Photographie : Les écoles nomades au Kenya

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