Kenya

Au Kenya, les femmes prennent en main l’approvisionnement et la gestion des ressources en eau

LOLPULELEI, Kenya, 21 septembre 2010 – Zèbres et éléphants errent parmi le bétail et les chèvres. La route goudronnée la plus proche se trouve à 200 km de Lolpulelei. Quant aux préoccupations des bergers qui vivent ici, elles sont à des millions de kilomètres des esprits des politiciens débordés de Nairobi. Pourtant, la journée de Mary Kaoni, enseignante, est tout aussi intense que la leur.

VIDÉO : l’UNICEF relate la prise en charge de l’approvisionnement et de la gestion des ressources en eau par les femmes au Kenya, dans le cadre d’un programme de soutien pour l’eau et l’assainissement par l’UNICEF et l’Union européenne.  Regarder dans RealPlayer

 

« Il y a vraiment beaucoup à faire, » raconte cette mère de six enfants, en décrivant son quotidien qui commence avant le lever du jour dans sa ferme où vivent 35 chèvres, 18 moutons et deux vaches qu’elle partage avec son frère.

« Je commence par vérifier mes animaux puis je les trais, » raconte-t-elle. « Ensuite, je me rends à la citerne d’eau et constate la quantité qui s’y trouve. Si elle a besoin d’être remplie, je vais à l’école et enclenche le générateur de la pompe avant de retrouver mes élèves du matin. Après le déjeuner, je revérifie la citerne et si elle n’est toujours pas assez remplie,  le redémarre la machine et la laisse en marche pendant que j’enseigne à mes jeunes bergers, de 15 à 17 heures. »

Un appui pour la stabilité

La possibilité de scolarisation, mais aussi des facteurs économiques et météorologiques, expliquent que Mary Kaoni et les 200 000 autres pasteurs de l’ethnie Samburu se sont peu à peu éloignés du mode de vie nomade qui les caractérisait depuis des générations. Pourtant, dans de nombreux cas, les infrastructures et les structures gouvernementales nécessaires pour une vie sédentaire ne sont pas en place dans le nord du Kenya, semi-aride.

Image de l'UNICEF
© UNICEF/NYHQ2010-1785/Marinovich
Les Borana sont un peuple de nomades basés dans la région de Gambela au Kenya. Là-bas, les femmes Borana transportent de l’eau qui provient souvent de sources non salubres.

En travaillant avec des organisations locales, l’UNICEF, soutenu par un financement de 2,3 millions de dollars de l’Union européenne, aide les Samburu à combler les lacunes pour un mode de vie plus permanent.

La lourde charge de travail de Mary Kaoni est le prix à payer pour une transition qui oppose les jeunes aux anciens, les instruits aux illettrés, et qui remet en cause les rôles des sexes établis depuis longtemps. Parce qu’elle est allée à l’école, elle est aujourd’hui enseignante à Lolpulelei. Parce qu’elle est capable de réaliser un suivi, elle a été choisie comme responsable volontaire des ressources en eau. Tout cela dans une communauté qui, de mémoire d’homme, comptait sur la bonne volonté des rivières et considérait qu’il était plus important d’étancher la soif des troupeaux que de trouver de l’eau salubre pour les humains. 

« Il m’arrive de passer la journée à m’occuper de la pompe, » raconte Mlle Kaoni. « Lorsque j’ai besoin de carburant pour le générateur, il faut faire un voyage de 80 km aller-retour à Maralal, au cours duquel je dois marcher et prendre les transports publics. Il me faut deux jours pour y aller et revenir, et je m’y rends environ une fois par mois. »

Les femmes prennent les devants

Mary Kaoni a été chargée des ressources en eau de Lolpulelei en octobre 2009 suite à un scandale dans la communauté. 

« On a découvert que les anciens qui collectaient les contributions pour l’entretien de la pompe et les achats de diesel avaient détourné de l’argent, » explique Mark Leagile, de l’Organisation communautaire d’appui au développement (CODES). « Grâce au soutien de l’UE et de l’UNICEF, nous avons pu intervenir et informer la communauté de ses droits et de la gestion de son système de ressources en eau. »

« Cela a encouragé un groupe de femmes, dont Mary Kaoni, à se confronter aux anciens, » raconte M. Leagile, lui-même Samburu. « Les femmes ont organisé une réunion communautaire et revendiqué la responsabilité des femmes en matière d’eau, puisque ce sont elles qui la collectent pour les fermes. »

Image de l'UNICEF
© UNICEF/NYHQ2010-1791/Marinovich
Faute de pluie au nord du Kenya, les femmes creusent les lits asséchés des rivières pour trouver de l’eau.

« Elles ont demandé aux anciens de leur laisser une chance, en proposant de leur céder à nouveau la responsabilité si la communauté n’était pas satisfaite, » a-t-il ajouté.

CODES travaille dans cette région depuis 2002 et s’est chargé de la formation de Kaoni. L’enseignante tient désormais un registre et a ouvert un compte en banque spécial pour le comité de l’eau. « A Lolpulelei, on a réussi à inverser la tendance… il faut que chaque communauté remette la gestion de l’eau aux mains des femmes car elles font preuve de plus d’honnêteté que les hommes, » a affirmé M. Leagile.

Un rôle pour les hommes

Au nord du Kenya, zone déjà négligée avant l’indépendance car jugée pauvre en potentiel pour l’agriculture, un autre problème se pose : le manque de structures de pouvoir.

« La loi sur l’eau de 2002 contient un système de contre-pouvoirs pour que les personnes puissent être trainées en justice en cas de mauvais usage des fonds, » explique M. Leagile. « Mais cela n’a pas lieu. Le seul outil dont nous disposions, à part cette loi, est l’autonomisation des femmes et l’information optimale de la communauté. »

Parmi les outils déployés par CODES, on trouve Serian FM, une station de radio communautaire à Maralal qui, en partie grâce à un financement de l’UNICEF, diffuse des messages sur l’eau et l’assainissement et rallie les auditeurs afin de faire pression sur les autorités locales et d’améliorer l’environnement.

En plus de mettre l’accent sur l’importance du rôle des femmes dans l’approvisionnement en eau, le programme de l’UNICEF, qui totalise 3,1 millions de dollars grâce à un appui supplémentaire de l’Agence suédoise pour le développement international (ASDI) et de l’UNICEF lui-même, prend soin de ne pas laisser les hommes Samburu à l’écart.

A une centaine de mètres de la maison de Kaoni, dans une clairière proche d’un bois, Joseph Lepariyo, chef de projet CODES, mène une réunion d’anciens. Les hommes, certains vêtus de la traditionnelle tenue pourpre, s’engagent dans de longues salutations avant d’entamer des prières qu’ils fredonnent et d’implorer « ngai » ou Dieu, avec des mouvements rythmiques de leurs bâtons et flèches.

Les tensions persistent

Pour la première fois depuis deux ans, les prières ont été exaucées : les très nécessaires « petites pluies » d’avril sont enfin arrivées.

Néanmoins, la pression relative aux terres reste considérable. Les traditionnels raids et contre-raids sur le bétail continuent entre les factions rivales. Philip Lekimaroro, 43 ans, a perdu des dizaines d’animaux dans un raid récent. Il explique que les rivalités entre communautés ont empiré et sont devenues plus violentes en raison de la pression relative aux terres, elle-même due à des sécheresses de plus en plus sévères.

Malgré ses lourds engagements et les longues journées qu’elle endure, Mary Kaoni affirme qu’elle continuera son volontariat, notamment en raison des bienfaits sur la santé qu’elle a pu constater au sein de sa communauté.

« Depuis que l’UE nous a fait don d’un générateur l’an dernier, 600 familles ont pu bénéficier d’eau salubre, » explique-t-elle. « Il y a eu de nombreuses améliorations, notamment par rapport à une communauté proche d’ici qui boit toujours la même eau que les animaux, ce qui provoque chez les enfants des toux, des vomissements et diarrhées comme nous avions auparavant. »

« J’aimerais que nous ayons des tuyaux dans notre système pour pouvoir les approvisionner aussi, » ajoute-t-elle.


 

 

Partenariat UNICEF-Union européenne

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