En bref : Jordanie

Amélioration des compétences parentales en Jordanie

Image de l'UNICEF
© UNICEF Geneva/2004/Vergara
L’animateur, Ra’ed Mohsen avec un groupe de participants de l'atelier qui se tient à la mosquée Al Rida

Dans le cadre d’un projet exceptionnel, l’UNICEF coopère avec des imams de mosquées jordaniennes afin d’aider les pères à devenir des parents plus compétents …ce qui, par là-même, améliore la vie des enfants.

Par Marc Vergara
AMMAN, Jordanie, 9 juillet 2004 – De prime abord, la réunion semble très banale : quelques Jordaniens et leurs fils sont assis, discutent et écrivent. Lorsque l’animateur barbu les y invite, les participants à l’atelier notent rapidement quelques idées: « Il est important de bien choisir le nom de l’enfant. » Nous devons fournir les meilleurs soins de santé possibles. »  « Il doit régner dans la famille un respect mutuel. »  Jusqu’alors, tout cela est très courant pour un habitué du monde des ateliers, des tableaux à feuilles et des discussions de groupe.

Mais ce qui n’est pas si banal, c’est le lieu où se passe la réunion et ceux qui y participent. Cet atelier se tient à la mosquée Al Rida, dans l’est d’Amman. Les participants sont pour la plupart des hommes adultes, et l’animateur, Ra’ed Mohsen – un homme dont la barbe est magnifique – travaille également au Ministère jordanien des Affaires islamiques

« Le recours aux mosquées a permis d’améliorer considérablement le contact avec les hommes, » dit Maha Homsi, responsable Education et Protection de la petite enfance de l’UNICEF.

C’est l’une des réussites du « Projet d’amélioration des compétences parentales », une initiative de l’UNICEF réunissant 16 organisations, qui a touché 40 000 parents depuis sa création en 1998. A la base de ce projet, on trouve l’idée que c’est avec la famille, à la maison, qu’il y a les meilleures chances de créer un environnement chaleureux pour l’enfant.

Seulement 25 pour cent des enfants jordaniens vont dans un jardin d’enfants, les autres restant chez eux. De même, il n’y a que 14 pour cent des femmes qui travaillent; alors que les autres, soit 86 pour cent, restent chez elles et élèvent leurs enfants.

Alors que les femmes et les enfants restent à la maison, où  se trouvent les hommes ? Afin de faire passer le message qu’il est aussi de la responsabilité des hommes de prendre soin des enfants, l’UNICEF a organisé un partenariat avec des associations islamiques, telles que l’organisation non gouvernementale (ONG) « Abu Thur Gafari », dirigée par Fawaz Mazrawi. D’abord peu enclin à s’impliquer, Fawaz a vu les avantages que pouvait en retirer la communauté. « Grâce à lui, 13 ONG supplémentaires sont entrées dans le projet, pour travailler dans cette zone défavorisée, » indique Maha Homsi. 

Dans le but de rallier à cette idée les imams et d’autres dirigeants religieux influents, l’UNICEF a élaboré le Guide de l’imam pour le développement de la petite enfance, qu’utilisent aujourd’hui les animateurs de la mosquée d’Al Rida. Cette brochure comprend les « Douze sermons du vendredi » et les sentences correspondantes, tirées du Coran et des citations du Prophète, telles que « Celui qui n’aime pas un enfant n’a pas de coeur. »

Le projet rencontre un succès grandissant. « L’UNICEF a commencé par former 10 imams dans trois mosquées, » indique Maha Hosmi, « et à présent nous travaillons dans cette zone avec 30 imams dans 40 mosquées. »

Certains pères sont venus avec leurs fils. Il est habituel que les deux générations débattent de questions qui n’auraient probablement pas été abordées à la maison, notamment les droits des enfants, ceux des parents, les besoins des adolescents, ou l’incidence du tabac sur leur santé.

Les séances dans le cadre de « Une amélioration des compétences parentales » se tiennent également en d’autres lieux, comme les centres communautaires, les écoles et les dispensaires. L’UNICEF Jordanie finance les deux-tiers du coût des cours. L’UNICEF apporte également son aide à la production des outils essentiels tels que les vidéos et les brochures sur le développement de l’enfant.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Geneva/2004/Vergara
Najah, 13 ans, et sa soeur Hannan, 12 ans, en compagnie de leur père Abu Khaled, 63 ans, chez eux, dans la zone de Al Nasser, à l’est d’Amman, en Jordanie.

« J’ai commencé ce cours car je voulais en savoir davantage sur l’hygiène, » explique Abu Khaled, 63 ans. Il a sept enfants de son mariage avec Um Abdallah et deux autres d’un précédent mariage. Abu et sa femme ont tous les deux commencé les cours de formation il y a trois mois. L’un et l’autre déclarent qu’à présent ils s’assoient et discutent avec leurs enfants,  ce qu’ils ne faisaient pas auparavant.

« Lorsque mon bébé avait des rougeurs, j’avais l’habitude de répandre du sel sur sa peau, » se rappelle Um Abdallah, « Mais j’ai appris lors d’un cours que cela faisait plus de mal que de bien, et j’ai donc cessé de le faire. »

Deux de leurs filles, Najah, 13 ans, et sa sœur Hannan, 12 ans, expliquent avec enthousiasme comment ce projet a changé leur vie de tous les jours. « Avant, nous étions dans la rue et notre père ne s’en souciait guère. À présent, il veut savoir ce que nous apprenons à l’école et il nous fait même la lecture, » dit Najah.  « Nous sommes davantage ensemble, nous formons davantage une équipe, » ajoute Hannan, « et puis nous jouons beaucoup plus avec nos frères. »


 

 

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23 juillet 2004 : Thomas Nybo, de l’UNICEF nous explique comment les mosquées jordaniennes aident les pères à devenir des parents plus compétents

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