Jamaïque

Après les violences, les enfants de West Kingston pansent leurs plaies avec l'aide des enseignants

Image de l'UNICEF
© UNICEF Jamaïque/2010/Hickling
Des enfants avec leur maîtresse d'école dans une école primaire de West Kingston, en Jamaïque. La région a été au centre des troubles qui ont éclaté en mai.

KINGSTON, Jamaïque, 7 juillet 2010 – Les jeunes enfants affectés par les violences à l'origine de l'état d'urgence proclamé en Jamaïque à la fin du mois de mai font face à leur détresse d'une manière qui n'est pas habituellement utilisée dans l'île. 

Au cours des récentes semaines, alors que les enfants retournaient dans des écoles pré-maternelles et maternelles de West Kinsgton – l'épicentre de troubles violents – ils ont été pris en charge par des enseignants à qui on a appris comment utiliser l'art, la danse et le théâtre comme thérapie pour aider les enfants à exprimer et gérer leur anxiété.

Certains enseignants utilisaient ces techniques pour la première fois; auparavant, ils n'avaient jamais mis les pieds sur une piste de danse avec des enfants dans le but de soulager leur stress ou ne les avaient jamais encouragés à exprimer des sentiments pénibles à travers des dessins.

Formation des enseignants

A la suite des troubles qui ont eu lieu ici, 114 éducateurs de 59 écoles pré-maternelles et maternelles ainsi que deux écoles primaires ont été dotés des moyens permettant d'aider 1850 garçons et filles. Les ateliers de formation étaient dirigés par la Commission pour la petite enfance, avec l'appui de l'UNICEF, avant que les écoles, dans les communautés affectées, ne rouvrent leurs portes.

« Je me sens mieux équipée pour faire face aux enfants et aux parents lundi matin, » a observé une des maîtresses d'école, Mme Davies, après la formation. « J'ai été capable de développer un plan d'action bien défini. J'ai toujours voulu participer à un tel forum. »

Les cours représentent un répit bienvenu pour les enfants qui ont subi des troubles causés non seulement par la terreur de ces journées ponctuées d’échanges de coups de feu entre les forces de sécurité et les civils armés mais aussi par des années de violences continuelles.

Souvenirs de moments de terreur

Beaucoup d'élèves de West Kingston sont retournés à l'école toujours hantés par des souvenirs épouvantables. Certains pleuraient sans se dissimuler tandis que d'autres gémissaient ou se refermaient sur eux-mêmes d'une façon inhabituelle.

Une autre maîtresse d'école qui a reçu la formation, Mme Atkins, a particulièrement été perturbée par les réactions physiques d'un enfant de trois ans. « Il se mettait à pleurer, faisait sous lui et se cachait sous la table chaque fois qu'il voyait la police à l'école, » dit-elle. Mme Atkins a utilisé la danse en guise de thérapie pour aider le garçon et ses camarades de classe à vaincre leurs peurs.

« Pour nous, la chose la plus difficile est d'expliquer aux enfants pourquoi ceci s'est produit et leur permettre d'être honnêtes avec leurs expériences, » dit M. Knight, qui fait la classe aux enfants de trois à six ans dans une des écoles de West Kingston. « Avec cette méthode, » dit M. Knight, « jai largement compté sur la thérapie artistique qui a soulevé des questions importantes que j'ai ensuite discutées avec les élèves lors d'une "discussion de groupe" »

Partenariat en vue d'un rétablissement

Les enseignants eux-mêmes trouvent réconfort dans les séances de formation. Certains d'entre eux ont perdu des amis et des parents et ne disposaient pas eux-mêmes de moyens pour faire face à ces problèmes;  beaucoup ont raconté que le fait de revenir dans leurs classes a eu en soi un effet thérapeutique.

L'introduction de ces mécanismes de survie, enseignés et pratiqués dans l'environnement scolaire qui est relativement sûr, figurent parmi tout un ensemble de mesures qui sont utilisées pour aider les enfants à se rétablir à West Kingston. L'UNICEF a également appuyé l'Agence pour le développement de l'enfance dans la formation d'équipes de conseillers et de divers spécialistes au service de l'individu qui sont chargés de conseiller et orienter les enfants des écoles des zones affectées.

Pour ces enfants qui sont retournés à l'école, les récits et les peurs contenus dans leurs dessins – des silhouettes tenant des armes et tirant des coups de feu, des enfants armés, des portraits de parents, de frères et sœurs et de grands-parents mourant sous les balles – expriment la dure et profonde réalité : il faudra du temps et une aide continue pour y faire face.


 

 

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