Iraq

Reportage sur le terrain : deux réfugiées syriennes du camp de Kawergosk, en Iraq, risquent de devenir des « écolières perdues »

Image de l'UNICEF
© UNICEF Iraq/2013/Niles
Cibar, neuf ans, vit dans le camp de réfugiés de Kawergosk depuis plus d’un mois. Ici, elle n’a pas accès à un enseignement « adapté aux besoins particuliers ». Avant la fuite de sa famille en Iraq, Cibar n’allait déjà plus à l’école depuis deux ans à cause du conflit syrien.

Par Chris Niles

Chris Niles, de l’UNICEF, s'entretient avec Cibar et Adla, des « écolières perdues », qui font partie des trop nombreuses syriennes n’ayant pu recevoir d’éducation pendant une durée allant jusqu’à deux ans. Le Huffington Post a publié une version de cette histoire le 11 octobre.

ERBIL, Iraq, le 21 octobre 2013 – « Elle est tellement intelligente », affirme Warfa au sujet de sa fille, Cibar, 9 ans, en essayant de l’aider à se souvenir de l’alphabet anglais. Cibar ne parvient qu’à la lettre C.

« Elle est tellement intelligente », répète sa mère, « mais elle ne va plus à l’école depuis deux ans. Elle a oublié ».

Cibar, petite fille brillante et jolie, est sourde. Même en temps normal, elle a besoin d’une aide spécialisée. Depuis un peu plus d’un mois, elle vit dans le camp de réfugiés de Kawergosk au nord de l’Iraq, et fait partie des plus de 61 000 réfugiés syriens arrivés depuis mi-août, sur un total de 196 843 réfugiés syriens enregistrés.

Avant cela, le conflit l’empêchait d’aller à l’école.

Son histoire est malheureusement commune.

« Je veux être présidente de l’Iraq », affirme Adla, 15 ans. Elle vit également à Kawergosk. Elle non plus n’a pas fréquenté les salles de classe depuis deux ans.

Le grand frère d’Adla a été tué dans les conflits. La famille a franchi la frontière sans rien. Lorsque je lui ai parlé pour la première fois, ni elle ni ses sœurs n’avaient changé de vêtements depuis un mois.

Pourquoi, avec tout ce qui s’est passé, l’école a-t-elle tant d’importance ?

Adla se met à pleurer. « Parce que je veux aider ma mère et mon père », dit-elle, en essuyant ses larmes.

Mais Adla ne peut pas. Il n’existe pas d’école secondaire à Kawergosk.

Et il n’existe évidemment pas d’enseignement spécialisé pour Cibar.

Le 11 octobre, la Journée internationale de la fille des Nations Unies était axée sur les filles dans le monde qui n’ont pas accès à l’éducation. On estime qu’environ 17 millions de filles n’auront jamais accès à la scolarité, et que des millions de filles de plus ne peuvent achever leur scolarité à cause de facteurs tels que les barrières culturelles, le harcèlement sexuel et, comme Adla et Cibar, les conséquences des situations d’urgence humanitaire.

L’UNICEF travaille avec le HCR et l’UNESCO afin de jauger l’ampleur de la fracture éducationnelle pour les Syriens qui vivent en Iraq, et les chiffres ne sont pas encourageants.

L’UNICEF a averti du risque d’une « génération perdue » si l’on ne faisait pas le maximum pour aider les enfants syriens.

Lorsque les filles sont exposées à un risque accru de travail des enfants, de mariage précoce et de violence, c’est le début d’une « génération perdue ». Parce que l’école ne se contente pas de les instruire, elle les protège également.

Mais qu’en est-il du long terme ? Quelles seront les conséquences si Cibar et Adla ne jouissent pas du droit que la plupart d’entre nous considérons comme acquis – réaliser ses ambitions, ou au moins avoir une chance d’essayer ? À quel prix, pour elles et pour nous, leur potentiel sera-t-il gâché ?

Il est usant de n’avoir rien à faire – et il n’y a vraiment rien à faire dans un camp de réfugiés.

Cibar traîne avec ses voisines. Elles ne connaissent pas la langue des signes, et elle ne peut pas parler.

Le principal passe-temps d’Adla est d’aller chercher de l’eau.

À l’âge où l’on doit pouvoir croire que tout est possible, la confrontation avec la situation opposée, d’une manière si extrême, est cruelle est injuste.


 

 

Photographie : Crise en Syrie

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