Iraq

En Iraq, un journalisme orienté vers les enfants donne une voix aux jeunes

Image de l'UNICEF: Iraq, child journalists
© UNICEF Iraq/2007
Des enfants iraquiens testent leurs compétences en matière de journalisme.

Par Claire Hajaj et Ban Dhayi

Amman, Jordanie, 29 juin 2007 – L’émission de télé de Mohammad, « Sabah El Kheir Mosul » («Bonjour Mosul»), est différente de la plupart des programmes d’actualités iraquiens. Pour contrebalancer les informations quotidiennes lugubres sur les bombardements et la violence, Mohammad, 28 ans, est en train de tester un nouveau terrain : la vie des enfants.

« Je rêvais de faire de la BD pour les enfants, explique Mohammad. Mais la guerre a rendu ce genre de travail très difficile. Alors maintenant je suis content de simplement donner de la place aux enfants lors de mon émission parce que les enfants ont tous besoin de notre aide. »

Le travail de Mohammad est consacré aux problèmes touchant de très près les enfants comme leurs expériences à l’école, la façon dont ils sont traités chez eux et les changements que le conflit a entraînés dans leurs vies. Il anime aussi un programme radio qui donne aux jeunes artistes, écrivains et autres la chance de faire partager leurs compétences et leurs espoirs, cela malgré l’atmosphère de siège qui règne en Iraq . 

« Notre programme s’intéresse à des choses auxquelles les familles peuvent trouver difficile d’être confrontées : des problèmes tels que le tabagisme,  la toxicomanie et la pression exercée pour quitter l’école et aller travailler, explique Mohammad. Ces sujets sont mieux traités par les jeunes eux-mêmes… Les adolescents n’écouteront rien à moins qu’on leur donne des informations présentées par d’autres adolescents, de façon directe et franche. »

Couvrir les questions relatives aux enfants en toute sécurité

Encourager cette sorte de journalisme orienté vers les enfants est, en Iraq , une initiative vraiment nécessaire. Mais Mohammad et ses collègues sont confrontés à de nombreux risques. Après avoir subi des années de censure stricte, les médias iraquiens sont aujourd’hui laminés par la violence. Depuis 2003, des centaines de journalistes iraquiens ont été tués, kidnappés ou faits prisonniers. 

Image de l'UNICEF: Iraq, child journalists
© UNICEF Iraq/2007
Mohammed en train de partager ses idées avec d’autres journalistes iraquiens

« Je ne sais pas de quelle direction viendra le danger, affirme Mohammad. Les invités de mes programmes ont peur eux aussi d’être pris pour cible. Si un enfant apparaît sur une chaîne donnée, cela est perçu comme l’adhésion de toute la famille à l’idéologie de la chaîne. » 

Trouver des façons de couvrir les questions relatives à la sécurité des enfants malgré les énormes difficultés et les risques encourus a fait l’objet d’une récente réunion organisée par l’UNICEF avec plus de 30 journalistes iraquiens. Les participants – appartenant aux chaînes de télévision, aux stations de radio et aux journaux les plus importants ainsi qu’à la culture blog aujourd’hui en plein essor – ont tenté de comprendre pourquoi la couverture des problèmes qui concernent les enfants a été reléguée  au second plan par la crise sectaire et politique du pays. 

 Résolution pour les droits des enfants

Selon Mohammad, la réunion était une chance rarissime pour les journalistes iraquiens de se rencontrer sans crainte et de s’exprimer sur des questions touchant leurs propres familles et leurs enfants.

« En Iraq, nous nous battons pour garantir un compte-rendu honnête des questions humanitaires. Avec autant de problèmes, il est facile d’oublier les enfants ou de les représenter de manière inexacte, dit-il. Les enfants impliqués dans les médias peuvent  construire leur propre dignité et aider à éduquer et éclairer leurs semblables. C’est notre responsabilité, en tant que journalistes, de les aider et notre devoir en tant que membres de la communauté. »

Résultat de cette réunion : les journalistes iraquiens ont développé et signé une résolution dans laquelle ils s’engagent à prendre des mesures concrètes pour protéger les intérêts des enfants et révéler au public ceux qui portent atteinte à leurs droits fondamentaux de la personne. 

C’est la première fois depuis 2003 que la presse iraquienne, qui est divisée, est tombée d’accord sur un problème. La preuve, selon Mohammed, que les enfants ont un pouvoir unificateur... « Se concentrer sur  le bien-être des enfants, dit-il, est la  meilleure chose que les journalistes iraquiens puissent faire pour que la réconciliation en Iraq et le redressement du pays deviennent une réalité. »


 

 

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