Inde

Dans l’Inde rurale, la radio de la communauté crée des liens, instruit et amuse

Image de l'UNICEF
© UNICEF Inde/2009/Pietrasik
Des femmes et des enfants, dans le village de Patara, en Inde, dans l’État du Madhya Pradesh, écoutent une pièce radiophonique, produite par la station communautaire locale, Dharkan 107.8 FM.

Par Angela Walker

SHIVPURI, Inde, 13 novembre 2009 – Ramvati Adivasi, bien qu’elle ne sache pas lire ni écrire, n’a pas renoncé à une carrière prometteuse à la radio. Aujourd’hui, elle mène des entretiens, monte des émissions sur ordinateur et prépare des scenarii en tant que membre de la station de radio locale, récemment inaugurée, Dharkan 107.8 FM.

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« Pour la communauté, je suis connue comme étant une personne de la radio, » a dit Mme Adivasi, qui portait un beau sari bleu et des bracelets rouges étincelants. Ses bras étaient décorés des tatouages traditionnels. Elle a ajouté qu’elle avait acquis du respect grâce à son travail à la station de radio.

Des messages éducatifs

Les habitants de Shivpuri, qui se trouve dans l’État indien du Madhya Pradesh, sont venus nombreux pour le lancement récent de la station, que des dizaines de villages vont pouvoir capter dans un rayon de 15 kilomètres à partir de la ville. Pour fêter l’évènement, des musiciens traditionnels jouaient du tambour, alors que des filles dansaient, des clochettes à leurs chevilles.

La foule était secouée d’éclats de rire lorsqu’elle a entendu une émission, où Mme Adivasi jouait le rôle d’une belle-mère difficile qui s’en prenait à l’allaitement au sein exclusif.
Plutôt que de prêcher avec des messages éducatifs, la station utilise l’humour et a recours à des comiques du secteur pour informer ses auditeurs.

S’exprimer dans les médias

Dharkan 107.8 FM est le fruit d’une coopération entre la communauté proche de Shivpuri, le chef-lieu du district, deux organisations non gouvernementales – Ideosync Media Combine et Sambhav – et l’UNICEF. Outre l’éducation, la station a notamment pour objectifs de faire participer davantage la communauté et de permettre aux gens des villages de s’exprimer dans les médias.

Des groupes traditionnellement défavorisés constituent une grande part de la communauté de Shivpuri : 19 pour cent de la communauté appartiennent à des « tribus répertoriées » (c’est le cas de Mme Adivasi), et 11 pour cent font partie de « castes répertoriées ».

On a constaté dans une récente étude que la radio était le média auquel la communauté pouvait avoir le plus facilement accès ; plus de la moitié des personnes interrogées ont répondu qu’elles l’écoutaient plusieurs fois par jour. L’étude a établi par ailleurs que les auditeurs souhaitaient participer à la programmation.

« Libérer la communication »

La technologie de la radio a fait de tels progrès qu’il ne faut guère plus que des téléphones portables et des micros portables pour qu’une station radio sorte de terre. L’exploitation du projet de Shivpuri ne coûte que quelques centaines de dollars É.-U. par mois.

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La productrice de la radio Dharkan 107.8, Ramvati Adivasi, enregistre un entretien avec une femme dans le village de Patara, situé dans l’État du Madhya Pradesh.

« Auparavant, seule l’élite des villes avait accès aux médias électroniques, » a rappelé N. Ramakrishnan d’Ideosync. « Maintenant, les téléphones portables, l’Internet et la mondialisation ont complètement changé le processus. C’est en libérant la communication qu’on donne aux gens une tribune. »

Les membres de la communauté, qui peuvent avoir peu ou pas du tout d’instruction, sont en mesure d’utiliser les icônes et de préparer l’essentiel d’une émission, a ajouté M. Ramakrishnan. « C’est très facile à faire, car ils savent tous écouter. Vous n’êtes limités que par votre imagination », a-t-il précisé.

Des débats importants

Vandana Dube, responsable de la station, aide à la production d’émissions sur l’hygiène, la santé et l’importance de l’éducation. Elle a indiqué que les groupes d’auditeurs, constitués dans tout le district, jouaient un rôle majeur.

En particulier, les femmes sont à présent plus nombreuses à participer à des débats importants sur la discrimination par caste, le fœticide des filles et l’attribution de pouvoirs et de moyens aux femmes – des questions qui les concernent directement.

« Les gens écoutent la radio très sérieusement, » a observé Mme Dube. Elle estime que ce média « va avoir un réel impact et va les aider à se faire entendre. »

Mme Dube s’astreint à de longues journées de travail, rentrant souvent chez elle à dix heures du soir ou même plus tard. Mais sa famille est tellement engagée dans sa carrière prometteuse qu’ils ont déménagé pour habiter à proximité de la station. « Ma fille dit qu’elle travaillera dans une ONG comme moi, » rapporte-t-elle fièrement. « Elle veut être comme sa mère. »

Combler des lacunes dans les connaissances

En 2005, Shivpuri a été choisi  comme district intégré bénéficiant du soutien de l’UNICEF. Dans le cadre de ce projet, des représentants des « panchayat », les conseils, au niveau du village, ont été élus afin de recenser les besoins de la communauté. Aujourd’hui, plus de 1500 bénévoles dans les villages travaillent en faveur des droits des enfants et font connaître aux familles les services disponibles.

« Cette forte mobilisation des dirigeants communautaires a amélioré de façon spectaculaire l’utilisation des services offerts par les pouvoirs publics » a déclaré le Responsable du bureau de l’UNICEF sur le terrain dans le Madhya Pradesh, Hamid El Bashir. « Ils étaient nombreux à ne même pas savoir que des [services] étaient disponibles, » a-t-il ajouté.

Mme Adivasi constitue elle-même un pont entre la communauté et les services de santé, indiquant des ambulances aux parents qui attendent un enfant, de telle sorte que la mère peut accoucher à l’hôpital. Entre 2000 et 2005, la mortalité maternelle a baissé en Inde, passant de 540 à 300 décès pour 100 000 naissances vivantes. Cette baisse se poursuit.

Les dirigeants du projet de radio espèrent que cette information, fournie par Dharkan 107.8 FM, va amener la communauté à adopter de meilleures pratiques en matière d’assainissement et de santé. Ils espèrent également améliorer les taux d’alphabétisation, qui sont faibles, grâce à un dialogue ininterrompu et à une sensibilisation à l’éducation.


 

 

Audio (en anglais)

Le responsable de Radio Dharkan, Vandana Dubey nous parle de la musique diffusée sur sa station, du travail, de la santé et du programme d'autonomisation des femmes.
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