L'UNICEF dans les situations d'urgence

Pour les enfants libanais, le voisinage est un paysage miné de dangers

Image de l'UNICEF: Lebanon unexploded cluster bomblet
© UNICEF/HQ06-1177/Debbas
Un enfant se tient devant les décombres de son logement, sur la route qui mène à Bint Jbeil, dans le Sud Liban.

Par Simon Ingram

TYR, Liban, 23 août 2006 - Sikuna Marei, 12 ans, se trouve dans l’unité de soins intensifs de l’Hôpital Jebel Amel de Tyr. Malgré son masque à oxygène, on voit bien la douleur que lui cause sa blessure, dont les médecins ont extrait un éclat d’obus déchiqueté, qui s’était logé dans le foie.

Sikuna, son cousin Hassan, dix ans, placé sous calmants puissants dans un lit près du sien, et Marwa, un troisième enfant, figurent parmi les premières victimes de ce qui pourrait bien devenir l’héritage le plus meurtrier de la guerre de 34 jours vécue par le Liban.

Les trois enfants n’ont pas été blessés lors des combats acharnés qui ont transformé leur village d’Ait al Shaab en un champ de ruines, mais le lendemain de l’entrée en vigueur du cessez-le-feu intervenu entre Israël et le Hezbollah.

Ils étaient en train de jouer près de chez eux lorsqu’ils sont tombés par hasard, dans les décombres, sur un petit cylindre en métal, d’une longueur de quelques pouces seulement. C’est Marwa qui a ramassé l’objet bizarre - et Sikuna qui a perçu immédiatement le danger.

« Nous lui avons dit de le jeter », a murmuré faiblement Sikuna. « Mais il a alors explosé. J’ai ressenti une douleur à l’estomac. Il y avait de la fumée partout et j’ai vu que je saignais abondamment ».

Image de l'UNICEF: Lebanon unexploded cluster bomblet
© UNICEF/HQ06-1172/Debbas
Deux jours après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, un enfant s’est assis près d’un engin non explosé, provenant d’une bombe à fragmentation.

Des bombes à fragmentation à l’affût

Dans la semaine qui a suivi le cessez-le-feu, des équipes d’artificiers ont découvert des milliers de bombes à fragmentation non explosées, réparties sur plus de 50 endroits au Liban. Plus de 200 de ces bombes ont été trouvées à l’Hôpital de Tibnin et dans les alentours. On en a découvert d’autres dans les rues, les champs et même chez les habitants, avec toute une panoplie d’autres bombes, d’obus et de missiles.

Les bombes à fragmentation ont été lancées par l’artillerie israélienne. Elles étaient logées dans des obus conçus pour éclater en plein vol et disperser leur contenu meurtrier sur les forces ennemies au sol. Cependant, comme cela arrive souvent, il est à présent évident qu’un grand nombre de ces engins n’ont pas explosé à l’impact et qu’ils guettent maintenant tous ceux qui seraient assez malchanceux ou imprudents pour venir les déranger.

L’expérience acquise dans d’autres zones de conflit a enseigné que les jeunes étaient particulièrement exposés – notamment parce que le moindre mouvement peut déclencher une explosion.

« Elles ressemblent à de grosses piles pour lampe-torche. Aussi semblent-elles inoffensives tout particulièrement à un enfant, qui a l’esprit curieux », a dit Chris Clark, du Service de la lutte antimines des Nations Unies. « Elles sont petites, elles peuvent aisément se dissimuler dans les décombres ou les gravats, après un bombardement. On s’aperçoit que les enfants ramassent sans le vouloir ces engins qui leur occasionnent malheureusement  des blessures ».

Image de l'UNICEF: Lebanon unexploded cluster bomblet
© UNICEF/HQ06-1168/Debba
Marwa, 11 ans, qui vient d’Ait al Shaab, au Liban, est soignée à l’hôpital pour des blessures occasionnées par un engin provenant d’une bombe à fragmentation qui a explosé alors qu’elle et ses cousins jouaient avec l’objet.

Une campagne pour sauver des vies, des bras et des jambes

Le Directeur de l’Hôpital de Jebel Amel, le Docteur Ahmed Mrowe, indique que ses médecins ont déjà traité huit cas de blessures graves causées par des bombes à fragmentation, dont six concernaient des enfants. Un militaire a perdu un pied. On signale chaque jour de nouvelles victimes dans tout le Sud Liban. On craint que leur nombre n’augmente beaucoup avec le retour dans les champs des agriculteurs et de leurs familles pour la récolte de tabac et d’olives.

En riposte, l’UNICEF – avec toute une série de partenaires nationaux et internationaux – a lancé la semaine dernière, à l’échelle du pays, une campagne de sensibilisation de la population aux engins non explosés. Des affiches et des tracts, ainsi que des spots à la radio et à la télévision, préviennent qu’il est dangereux de toucher des munitions non explosées, lorsqu’on les trouve, et qu’il faut absolument prévenir les autorités de ces découvertes.

On espère que cette campagne permettra d’éviter à des milliers d’autres enfants les blessures qui ont failli coûter la vie de Sikuna – et, par là-même, de limiter ces conséquences meurtrières de la dernière guerre au Liban.


 

 

Vidéo (en anglais)

23 août 2006 :
Simon Ingram, chargé de la communication pour l’UNICEF, parle des enfants qui ont été victimes au Liban d’engins abandonnés.
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