Catastrophe du Raz-de-marée - Pays en crise

Somalie : la population locale fête une école plus grande et plus belle que celle d’avant le tsunami

Image de l'UNICEF
© UNICEF Somalia/2005/Bannon
Ahmed, 10 ans, et Fatuma Mohamed Abdullahi au Centre de formation de la communauté d’Hafun.

Par Denise Shepherd-Johnson

HAFUN, Somalie, décembre 2005 – Telle une oasis, la nouvelle école primaire d’Hafun fait plaisir à voir au milieu de la dévastation encore bien visible, un après le tsunami.

Avec son toit bleu, ses colonnes rouges et ses murs d’un blanc immaculé, le Centre de formation de la communauté d’Hafun est une sorte d’oasis. C’est une zone d’espoir et de possibilités tant pour les enfants que pour les adultes de ce village isolé de pêcheurs sur une péninsule, à dix heures de route de la ville de Bossaso au nord-est de la Somalie.

Alors qu’un ensemble de logements, un hôpital de 18 chambres et un système d’approvisionnement d’eau et d’assainissement sont encore en construction, le Centre de formation a déjà ouvert ses portes.

Mardi 14 novembre, il a accueilli plus de 300 élèves âgés de six à 15 ans, dont un bon nombre allaient à l’école pour la première fois.

Bishara Said Musa, 11 ans, était l’une de ces élèves. D’apparence timide, sa détermination et son assurance deviennent évidentes lorsqu’elle raconte comment elle est parvenue à aller dans cette école. « Je restais à la maison et j’aidais à soigner mes frères; mais, lorsque j’ai entendu parler de la nouvelle école par mes amis, j’ai dit à ma grand-mère « Les autres enfants vont à l’école. Je veux y aller aussi ».

Bishara est à présent inscrite à l’école primaire en compagnie de ses frères Abdullah, sept ans, et Sahal, six ans.

« Lorsque je serai grande, je voudrais enseigner aux autres », dit-elle. « J’aimerais apprendre et avoir une vie meilleure. Et je voudrais aller dans d’autres pays, afin de voir ce qui se passe ailleurs dans le monde et de partager ce que j’aurais appris avec les gens de ma communauté ».

Ahmed, 10 ans, vient lui aussi d’arriver à l’école. Il a passé le début de la matinée au bord de l’eau à ramasser, découper et mettre en broche le poisson des pêcheurs qui débarquaient. « Ma mère m’a dit d’aller à la plage chercher du poisson; ensuite je pourrais aller à l’école ».

Lorsqu’on lui demande s’il veut devenir pêcheur, il secoue vigoureusement la tête et répond un « Non » catégorique. Lui aussi veut enseigner. Pour le moment, il attend avec impatience d’apprendre les mathématiques et de savoir lire et écrire en anglais et en somali.

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Ahmed, 10 ans (à droite) et son ami Amin Mohammed, 12 ans, vont chercher du poisson pour leur famille chaque jour avant d’aller à l’école.

Le Centre est bâti sur un terrain donné par la communauté, et il a été construit par elle pour un peu plus de 65 000 dollars E.-U., grâce aux financements apportés par le Fonds américain pour l’UNICEF et le Comité du Royaume-Uni pour l’UNICEF. Ce Centre possède six salles de classe, un bureau, une réserve, des latrines pour les filles et les garçons, une vaste salle de réunion et une grande cour de récréation. Les bureaux et les bancs sont neufs; le Centre possède du matériel pédagogique et des fournitures scolaires, notamment des manuels, des tableaux noirs, des ardoises et de la craie sans poussière. Une aide à l’éducation accordée par la Commission européenne permet à chaque enfant inscrit de recevoir un cartable particulier, contenant cinq cahiers, un stylo et un crayon. Il est proclamé en somali, sur chaque cartable, « L’éducation pour chaque enfant ».

Le Centre va bientôt organiser des cours du soir pour l’alphabétisation des adultes et la communauté pourra utiliser sa salle de réunion, qui servira en outre de centre de documentation pour les enseignants. Ceci constitue une importante amélioration par rapport à l’école de deux pièces dont on disposait à Hafun avant le tsunami, où 50 élèves seulement étaient inscrits.

Alors même que le Centre était en construction, environ 340 enfants d’Hafun avaient été pré-inscrits pour entrer en primaire, ce qui correspond à une multiplication par sept du nombre des inscriptions. On devrait dépasser le chiffre de 500 élèves, dans la mesure où des enfants venant des environs et d’autres issus de familles nomades cherchent à intégrer le Centre. Afin de pouvoir accueillir tout le monde, le Centre va mettre en place d’ici peu un système de rotation avec des cours le matin et l’après-midi. Le nombre d’enseignants – six à présent – va alors augmenter. Tous vont bénéficier d’une formation pédagogique ayant le soutien de l’UNICEF et donnée à Hafun. 

Un Comité pour l’éducation de la communauté (CEC) de sept membres gère le Centre. Fatuma Mohamed Abdullahi est l’une des deux femmes choisies par les anciens dans la communauté pour faire partie au comité. Il lui était difficile de contenir sa joie lorsque le Centre a été enfin ouvert. « Nous remercions tous ceux qui ont apporté leur soutien à ce projet. Nous n’avons jamais envisagé d’avoir une école si luxueuse ».

Fatuma (dont les trois enfants sont également inscrits à l’école) se charge de diffuser dans la communauté tous les avantages de l’éducation. « La personne qui a reçu une éducation possède des avantages innombrables. L’ignorance est l’ennemie de la santé. Dans l’ignorance, vous ne pouvez pas gagner correctement votre vie. Je dis aux parents d’envoyer tous leurs enfants à l’école, de telle sorte qu’ils puissent gagner correctement leur vie ».

Le nouveau Comité pour l’éducation de la communauté d’Hafun se tient au pied d’une colline qui a servi l’an dernier d’unique refuge devant l’avancée des vagues. Un an plus tard, cette colline offre un point de vue privilégié permettant de voir la réussite de la collaboration entre la communauté et les partenaires internationaux pour la reconstruction en mieux et en plus grand qu’avant. Pour la première fois depuis un bon nombre de mois, la population d’Hafun a un motif de fête pour tous : l’ouverture de sa nouvelle école « luxueuse ».


 

 

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