Éducation de base et égalité des sexes

Histoires vécues

La transformation par l’éducation : l’histoire de Lalita

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Lalita Kumari – en couverture du rapport de l’ UNICEF « La situation des enfants dans le monde, 2004".

Le district de Sitamarhi, situé dans l’Etat du Bihar, le plus pauvre de l’Inde, est poussiéreux, négligé, et il est difficile d’imaginer qu’on puisse y trouver des exemples du pouvoir des filles. Pourtant, une fille décidée—Lalita Kumari— a surmonté un bon nombre d’obstacles pour devenir une jeune femme instruite. Elle a récemment eu l’honneur de figurer sur la couverture du rapport principal de l’UNICEF « La situation des enfants dans le monde, 2004".

Dans le district de Sitamarhi, où habite Lalita, près des deux tiers de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté, et l’alphabétisation des femmes et l’éducation des filles n’ont jamais été hautement prioritaires. Environ 26 pour cent des femmes qui résident dans le district savent lire et écrire, ce qui n’est qu’à peu près la moitié du taux atteint pour les hommes et ce qui est également bien inférieur aux taux de l’Etat et du pays.

Comme c’est le cas pour beaucoup d’autres dans le village, les parents de Lalita voulaient qu’elle se marie à l’âge de 10 ans ; elle n’a appris à lire qu’à 12 ans. Avide de s’instruire, elle a été secrètement dans une école locale —« Jagjagi » — destinée aux filles des communautés défavorisées.

« Je me souviens encore du jour où mon frère jumeau m’a surprise alors que j’allais à l’école, » se rappelle Lalita. « Il m’a battue car il était honteux que j’ose étudier alors qu’aucun homme de notre famille n’avait jamais été à l’école. Ma mère a excusé la violence de mon frère… Je n’arrivais pas à comprendre que les mères ne soient pas du côté de leurs filles. »

En 1997, le programme « Mahila Samakhya » (Education pour l’égalité des femmes) a ouvert une école résidentielle appelée la « Mahila Shikshan Kendra. » Le « Mahila Samakhya » faisait partie du projet d’éducation du Bihar, qui avait pour but de donner aux filles une éducation de base en de nombreux domaines. En 2000, Lalita a défié ses parents et à suivi dans cette école un programme d’études novateur de huit mois, avec 24 autres filles analphabètes ou semi analphabètes.

« Dans mon village, je ne faisais que couper l’herbe, chercher du bois de chauffage, laver et faire la cuisine. Entre ces travaux, j’avais l’habitude d’aller à la ‘Jagjagi’, mais sans que mes parents le sachent, » dit Lalita. A la « Mahila Shikshan Kendra, » Lalita et d’autres filles apprenaient à lire et à écrire et recevaient une formation pratique pour la vie quotidienne. On leur enseignait également l’usage de la bicyclette, le karaté, l’hygiène, les soins et à parler en public.

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Lalita et ses camarades de la Mahila Shikshan Kendra font du karaté dans leur district natal de Sitamarhi

Après avoir suivi le programme d’études de la « Mahila Shikshan Kendra, » Lalita est revenue chez elle en disposant de compétences qui l’ont aidée à ouvrir une boutique de couture. Elle a demandé à poursuivre ses études et la « Mahila Shikshan Kendra’ a financé pour elle l’acquisition de techniques d’enseignement du karaté. Aujourd’hui, Lalita se déplace en bus pour aller enseigner le karaté à des filles dans quatre écoles « Mahila Shikshan Kendra ».

Après avoir été photographiée pour la couverture du rapport de l’UNICEF, elle s’est rendue, pour le lancement mondial du rapport, à New Delhi, où elle a rencontré des hommes politiques et des vedettes de cinéma, et participé à une conférence de presse. « Je veux que toutes les filles du monde aillent à l’école et progressent comme moi, » a-t-elle dit avec gravité.

A présent, les filles font la queue pour s’inscrire au programme « Mahila Shikshan Kendra ». Le nombre d’inscriptions augmente rapidement, ce qui accroît la demande de nouvelles écoles et d’enseignants supplémentaires.

« Je crois maintenant que chaque fille a des possibilités en elle, et je dirai partout que je pense différemment, » a déclaré le père de Lalita, Bhadai Majhi, alors que sa mère, Saroopia Devi, a cette réflexion de fierté, dans un sourire radieux : « Regardez tout le respect qu’inspire ma fille. »

Aujourd’hui, Lalita n’est pas simplement une célébrité et un professeur de karaté, c’est aussi une jeune femme indépendante qui gagne sa vie et subvient aux besoins de sa famille. « Je veux poursuivre mes études et devenir un professeur chevronné. Je veux faire découvrir aux filles un monde qu’elles ignorent, et je rêve d’une école dans chaque village! »


 

 

Voir le reportage vidéo (en anglais)

Pour en savoir davantage sur Lalita et sur l’importance vitale d’une éducation pour tous les enfants du monde, en particulier les filles
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