Haïti

Protéger les femmes et les filles haïtiennes contre la violence accrue à la suite du séisme

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© UNICEF Haïti/2010/Bakody
À Anse-a-Pitre, les militants des organisations locales rencontrent la spécialiste UNICEF de la violence à l’encontre des femmes en Haïti, Catherine Maternowska (deuxième en partant de la droite), pour parler de la violence exercée à l’encontre des femmes et des filles à la suite du séisme du 12 janvier.

Par Jennifer Bakody

ANSE-A-PITRE, Haïti, 26 mars 2010 – Le tremblement de terre qui a frappé Haïti il y a deux mois et demi a eu des conséquences dramatiques dans tout le pays. A l’intérieur comme à l’extérieur de la capitale, des progrès avaient été faits pour régler les problèmes relatifs aux droits de l’homme – notamment la violence sexuelle à l’encontre des femmes et des filles. Aujourd’hui, ces progrès ne sont qu’un souvenir lointain.

Trop souvent, ce sont les plus vulnérables qui souffrent de l’exploitation et des abus sexuels.

La petite ville isolée d’Anse-a-Pitre, située tout à fait au sud d’Haïti près de la frontière avec la République dominicaine, a beaucoup souffert sans que la communauté internationale ne le remarque. Bien que les maisons modestes et les écoles de la communauté soient toujours debout, un afflux de plusieurs milliers de personnes (auquel viennent s’ajouter des pressions sécuritaires exercées à la frontière) entrave la capacité des familles à surmonter cette situation.

L’économie est tout sauf florissante à Anse-a-Pitre. Pire, les secours et les ressources sur lesquels la petite ville pouvait compter avant le séisme ont été aiguillés ailleurs pour répondre aux besoins d’après le tremblement de terre.

Peu de femmes et de filles se sentent en sécurité
De telles conditions désastreuses peuvent expliquer la raison pour laquelle cinq militants d’organisations locales ont parcouru tant de kilomètres pour pouvoir parler avec Catherine Maternowska, spécialiste UNICEF de la violence à l’encontre des femmes en Haïti.

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Marc-Anglade Payoute, juge de paix à Anse-a-Pitre, travaille sans relâche pour traquer les cas de violence à l’encontre des femmes et soumettre les dossiers à la justice de Port-au-Prince, la capitale haïtienne.

Les six personnes se sont rencontrées dans l’arrière-cour d’une maison en ciment située près d’un chemin en terre bordé de maisons. Ces trois hommes et ces trois femmes attachaient une grande importance à cette réunion, mais chacun est demeuré patient et respectueux.

À l’ombre, assis en cercle sur des chaises en bois, ils ont parlé et écouté à tour de rôle.

À la fin de la réunion, sombre constat : tout comme les établissements surpeuplés mis en place pour les déplacés de la capitale, les maisons modestes des familles d’accueil dans cette région rurale sont soumises à des conditions de plus en plus contraignantes. La vie quotidienne entre les parois d’une tente ou d’une petite maison n’offre aucune intimité. A la nuit tombée, les latrines mal situées (ou inexistantes) obligent les femmes et les enfants à se cacher dans des zones non éclairées. Peu de gens se sentent en sécurité.

« Depuis le séisme, la population a augmenté, ainsi que les cas de violence à l’encontre des femmes, » raconte Marc-Anglade Payoute, juge de paix à Anse-a-Pitre. « La police et le système judiciaire font tout leur possible. Nous continuons à effectuer des arrestations. »

La violence sexuelle n’est pas inévitable
Mme Maternowska est arrivée en Haïti dans les années 80 et a commencé par travailler avec les militants locaux pour faire avancer les questions relatives aux femmes. Elle parle créole couramment et connaît bien les problèmes en Haïti.

Pour elle, rien de nouveau : les situations d’urgence augmentent la vulnérabilité des filles et des femmes à la violence sexuelle et sexiste. Elle souligne cependant que de tels actes de violence peuvent être évités. Les organisations de femmes et non gouvernementales locales, le système judiciaire et les médias ont tous un rôle crucial à jouer.

« La violence sexuelle n’est pas inévitable, » affirme Mme Maternowska. « Le mouvement des femmes en Haïti s’efforce depuis longtemps de changer les lois archaïques du pays qui font que les femmes et les filles sont gravement désavantagées dès la naissance. Aujourd’hui en Haïti, les groupes de soutien enseignent aux hommes et aux femmes comment éviter la violence et comment créer des espaces sûrs pour leurs filles. »

Prévenir les abus, aider les survivantes
À la suite du tremblement de terre, des membres du personnel de l’UNICEF ont rencontré près d’une dizaine de groupes dans le sud-est d’Haïti et ils ont travaillé à la création d’un système d’orientation efficace pour les survivantes de la violence. Des petites cartes de référence en plastique indiquent aux victimes en créole haïtien où se rendre pour recevoir du soutien et des soins médicaux.

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Une fille tresse les cheveux d’une femme devant des rangées d’abris temporaires construits pour les Haïtiens déplacés à la suite du séisme du 12 janvier. Le surpeuplement dans les maisons et les camps augmente le risque de violences à l’encontre des femmes et des filles.

« Ce qui est primordial, » c’est l’information, affirme Mme Maternowska. « Fournir les informations nécessaires à une rescapée de la violence peut lui sauver la vie. Les cartes de référence que nous avons créées indiquent où et comment accéder aux médicaments essentiels afin de prévenir les grossesses et le VIH. Bien évidemment, l’apport d’informations en temps utile permet aux rescapées d’avoir accès à un traitement médical complet, à un soutien psychosocial et à la justice. »

En partenariat avec les ONG partenaires et d’autres institutions des Nations Unies, l’UNICEF soutient le Gouvernement haïtien dans sa volonté d’inclure des services pour lutter contre la violence sexiste dans son approche globale de la santé des femmes et des filles. Des centres de santé dédiés aux femmes et aux filles sont actuellement en cours de développement dans les zones les plus touchées par le séisme, y compris Port-au-Prince, Leogane et Jacmel.

Le but que ce sont fixés les partenaires est d’étendre ces services aux coins les plus reculés d’Haïti, y compris Anse-a-Pitre.


 

 

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