Haïti

L’UNICEF et ses partenaires aident les enfants domestiques à reconquérir leurs droits

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© UNICEF/ HQ05-1960/LeMoyne
Une fille de 12 ans – ancienne « restavek », c’est à dire un enfant employé comme domestique sans être payé – tient un livre dans la bibliothèque d’un foyer pour enfants vulnérables et exploités à Port-au-Prince (Haïti).

Par Viviana Fernandez et Linda Tom

PORT-AU-PRINCE (Haïti), 19 avril 2007 – André ne sait pas son vrai nom ni son âge. Sa mère est décédée quand il était petit et il dit qu’on l’a envoyé travailler pour une autre famille, parce que son père n’était pas en mesure de s’occuper de lui.
 
Les enfants employés comme domestiques, appelés « restaveks »  (cela signifie, reste avec, en créole) sont nombreux en Haïti. On estime qu’il y a 173 000 enfants haïtiens comme André, ce qui représente plus de 8 pour cent des enfants de 5 à 17 ans du pays.

La plupart des enfants employés comme domestiques viennent des régions rurales et sont envoyés vivre dans d’autres familles dans l’espoir d’une vie meilleure.

Problèmes économiques

En réalité, ces enfants se retrouvent souvent dans une situation bien pire. Premiers debout, derniers couchés, les restaveks passent leurs journées à d’épuisantes corvées ménagères.

Non seulement André n’est pas payé, mais il ne reçoit même pas, dit-il, les nécessités de base que sont des vêtements et des chaussures et on l’oblige en plus à dormir à même le sol.

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Ce jeune Haïtien de 15 ans travaille comme domestique depuis quatre ans.

André se rappelle que sa « mère d’accueil » avait l’habitude de cracher par terre et de lui dire qu’il devait avoir fini telle ou telle corvée avant que le crachat n’ait séché. Il a souvent été violemment frappé, en particulier après avoir tenté de s’enfuir. Isolé, ridiculisé, il n’avait qu’un ami – un autre restavek qu’il avait rencontré après l’avoir entendu se faire battre dans une maison du quartier.

Facilement exploités

L’exploitation des enfants employés comme domestiques est aggravée encore par les graves problèmes économiques de Haïti, et une grande partie des familles qui emploient un restavek vivent elles-mêmes dans la pauvreté. Plus de la moitié de la population vit avec moins de 1 dollar par jour et 76 % avec moins de 2 dollars par jour.

En 1994, Haïti a ratifié la Convention relative aux droits de l’enfant mais, en l’absence d’une protection adéquate, ces enfants restent exposés à la violence, à l’exploitation et aux sévices.

« Les restaveks sont privés de leurs droits les plus élémentaires, le droit que leurs parents s’occupent d’eux, le droit de jouer, le droit de s’exprimer et le droit de vivre à l’abri de la violence physique et des abus sexuels », constate M. Njanja Fassu, le Chef de la Protection de l’enfance pour l’UNICEF en Haïti.

Education et appui psychosocial

Les soins et le soutien psychosociaux des enfants employés comme domestiques sont une des priorités de l’UNICEF en Haïti. La plupart des restaveks ne peuvent pas exercer leurs droits ou même exprimer leurs besoins.

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Des enfants au milieu du linge qui sèche à Port-au-Prince (Haïti). L’extrême pauvreté du pays alimente en main d’œuvre le marché des enfants domestiques, privant de nombreux jeunes de leurs droits les plus élémentaires.

Jean-David (ce n’est pas son vrai nom) avait 11 ans quand il a quitté sa maison. Quand on lui demande à quelles activités il aime s’adonner, il répond timidement, « j’aime nettoyer ».

« Nous devons travailler à la déprogrammation de ces enfants. Ils sont habitués à quitter la pièce quand un membre de la famille d’accueil entre, affirme Wenés Jeanty, directeur du Foyer Maurixe Sixto, un centre pour enfants employés comme domestiques que l’UNICEF soutient. « L’opinion de l’enfant domestique ne compte pas et c’est pour cela qu’il s’exprime rarement. Ici, nous essayons de changer ce comportement, nous essayons de leur enseigner comment agir avec autrui et se forger une bonne estime de soi ».

Les enfants employés comme domestiques se sentent encore plus isolés à cause de l’ostracisme social que subissent les restaveks. André, qui a finalement échappé à sa violente famille d’accueil avec l’aide de son frère, est retourné depuis à l’école. «  Je ne peux pas parler de mes expériences de restavek avec mes camarades ou qui que ce soit, confie-t-il, je veux que personne ne sache ».

Réunion avec les parents

Wenés Jeanty insiste à quel point il est important de réunir les enfants avec leurs familles biologiques. Dans le pire des cas, le Foyer Maurice Sixto cherche d’autres familles d’accueil.

Jean-David a récemment rendu visite à sa mère grâce à une initiative cherchant à réunir les restaveks et leurs familles, un projet soutenu par l’UNICEF.  « Cela faisait quatre ans que je n’avais pas vu ma mère, se rappelle-t-il, c’était très excitant, j’ai été surpris par la taille de ma maison, elle était plus petite que je me rappelais ».

Certains restaveks, séparés de leur parents depuis 10 ans quelquefois, rentrent chez eux pour apprendre que leurs parents sont morts.

L’UNICEF appuie également des programmes organisés avec les familles d’accueil pour améliorer la qualité de vie des enfants employés comme domestiques. Jean-David affirme qu’il a une bonne relation avec sa famille d’accueil parce qu’elle lui permet d’aller au Foyer Maurice Sixto tous les jours. Apprendre à lire et à écrire, cela a changé sa vie, affirme-t-il. Et il ajoute qu’il se sent bien au centre parce que « là-bas, tous les enfants sont les mêmes ».


 

 

Audio (en anglais)

19 avril 2007 :
Bertrand Njanja-Fassu,  Responsables de la protection de l’enfant à l’UNICEF, parle à la Radio UNICEF du sort des enfants employés comme domestiques.
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