En bref : Ghana

Au Ghana, une communauté se mobilise pour lutter contre la malnutrition

Image de l'UNICEF
© UNICEF Ghana/2013
Ramatu a emmené son petit garçon, Hamdan, au centre de santé local, où il a été diagnostiqué comme souffrant de malnutrition aiguë sévère.On lui a alors prescrit un programme de traitement. Les efforts de sensibilisation au niveau local ont aidé de nombreuses familles dans le nord du Ghana à accéder aux soins de santé.

Par Madeleine Logan

Au Ghana, un programme mobilise les guérisseurs traditionnels, les agents de santé et la communauté, et s’avère être un puissant allié dans la lutte contre la malnutrition.

GBULLUNG, Ghana, 1er mai 2013 - Lorsque le visage et le corps de Hamdan se sont mis à gonfler, sa mère Ramatu n’a pas compris ce qui se passait.

Dans cette région située dans le nord du Ghana, beaucoup de parents croient que la maladie chez l’enfant est signe de malédiction divine ou d’un châtiment envoyé par les ancêtres. Les enfants sont envoyés chez les guérisseurs traditionnels, qui sont consultés pour soigner les maux spirituels et non pour prodiguer des soins médicaux.

Mais une voisine a vu le petit garçon et a dit à Ramatu de l’emmener à la clinique locale. Là, les infirmières ont diagnostiqué Hamdan comme souffrant de malnutrition aiguë sévère. Elles ont donné à Ramatu une ration pour une semaine d’un aliment thérapeutique appelé « Plumpy’nut » et lui ont appris à préparer des aliments nutritifs pour traiter la malnutrition sévère.

« Cela fait deux semaines et il a meilleure mine, dit Ramatu. Le gonflement a presque disparu ».

Une nouvelle approche

La clinique fait partie d’un projet appelé « Gestion communautaire de la malnutrition aiguë » (ou CMAM), dirigé par le Service de santé ghanéen et soutenu par l’UNICEF et l’Agence canadienne de développement international (ACDI). Dans le cadre de ce programme, des agents et bénévoles spécialement formés dans le domaine de la santé se rendent dans les communautés pour identifier les enfants souffrant de malnutrition aiguë et les envoient aux centres de santé locaux. Le centre de santé fournit un traitement initial aux enfants, puis enseigne aux mères comment s’occuper de leurs enfants à la maison.

Chaque mardi, une clinique spécialisée en malnutrition est mise en place dans le centre de santé de Gbullung. Les mères reçoivent une ration pour une semaine de sachets en aluminium remplis de Plumpy’nut. Cette pâte ne nécessite ni préparation, ni réfrigération.

Rashida Alhassan, l’infirmière de la communauté, affirme que le Plumpy’nut, « c’est magique ! ».

Les infirmières montrent également aux mères comment préparer une farine nutritive appelée
« weanimix » à base de maïs ou de millet et mélangée à des germes de soja ou des arachides pilées. Elle se prépare comme de la bouillie et elle est administrée aux enfants en plus de leur ration quotidienne de Plumpy’nut.

En 2012, la clinique de Gbullung a enregistré un taux de guérison de plus de 85 %.

Un traitement accessible

La malnutrition est responsable de plus de la moitié des décès infantiles dans le monde, principalement en raison de mauvaises pratiques alimentaires, de pénuries alimentaires ou d’un accès limité à des services d’assainissement et des soins de santé adéquats. Au Ghana, 13 % des enfants de moins de 5 ans souffrent d’insuffisance pondérale modérée ou grave, selon les données les plus récentes.

Clement Adams, un spécialiste en nutrition de l’UNICEF Ghana, explique qu’avant la création du CMAM, de nombreux enfants souffrant de malnutrition dans le nord du pays avaient un accès limité aux traitements. Il n’existait que cinq centres de réhabilitation nutritionnelle éparpillés dans les 20 districts de la région. Pour beaucoup de familles, les hôpitaux sont difficiles d’accès.

Les mères qui ont cherché une assistance médicale loin de leur foyer ont fini par y renoncer. Pour les familles, le fardeau était trop lourd à porter : lorsque les femmes s’absentent, elles ne peuvent plus subvenir aux besoins du foyer et des autres membres de la famille.

Les enfants qui souffrent de complications médicales (hypothermie, hypoglycémie ou déshydratation aiguë) continuent d’être traités en milieu hospitalier, mais la CMAM achemine désormais le traitement pour les enfants malnutris directement à leur domicile.

Changer les comportements

Dans les communautés comme celle de Gbullung, la CMAM a aussi aidé à changer les comportements à l’égard des soins de santé.

Pour aider les populations à comprendre que la malnutrition est un problème d’ordre médical et non spirituel, l’UNICEF a sponsorisé des agents de santé pour aider les guérisseurs traditionnels à identifier les causes de la malnutrition et pour leur parler du nouveau programme de traitement au niveau communautaire.

« Nous encourageons les devins à poursuivre les pratiques spirituelles, mais nous leur demandons aussi d’envoyer les parents aux cliniques de la CMAM, explique M. Adams. Nous avons insisté sur le fait que les enfants devaient aussi manger du Plumpy’nut ».

Le programme veut aussi sensibiliser les parents à la prévention de la malnutrition par l’adoption de pratiques alimentaires appropriées pour les nourrissons et les jeunes enfants. Le théâtre communautaire, les messages radio et les visites à domicile par les agents de santé et les bénévoles sont autant d’actions menées dans le cadre de la campagne de sensibilisation de l’UNICEF visant à promouvoir de bonnes pratiques alimentaires.

« Cette campagne encourage l’allaitement exclusif au sein, explique comment introduire la nourriture à l’âge de 6 mois, combien de repas sont nécessaires et quels sont les meilleurs aliments pour les petits enfants », explique M. Adams.

Toutefois, ils veillent à ce que leurs actions soient toujours menées dans le respect des croyances et des pratiques traditionnelles.

« Nous nous abstenons de critiquer les pratiques spirituelles, affirme-t-il. Nous demandons aux familles de recourir à la guérison spirituelle mais aussi de prendre le Plumpy’nut. C’est une croyance tellement enracinée qu’on ne peut pas y renoncer du jour au lendemain. Mais nous faisons des progrès ».

Finalement, l’aide apportée par les guérisseurs traditionnels pourrait s’avérer être le meilleur moyen pour lutter contre la malnutrition dans la région.

« Les mères qui ont été envoyées par les guérisseurs acceptent volontiers le Plumpy’nut, dit M. Adams. Plus les gens verront que les enfants guérissent à la clinique, plus notre action se fera connaître ».


 

 

Photographie: petite enfance et survie

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