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En bref : Ghana

Histoires vécues

La lutte contre le VIH/SIDA au Ghana c'est une question d'attitude

« A-t-on jamais vu un pêcheur souffrant du SIDA ? Ce n'est pas possible. Ca n'arrive jamais ici. Au pire, s'il l'attrape, le sel de mer suffit à tuer le virus », déclare un jeune pêcheur du quartier de Chorkor, à Accra, la capitale du Ghana. Il n'est pas le seul à penser ainsi.

Les membres du Projet d'éducation par les jeunes (YPEP), une organisation non gouvernementale qui collabore avec l'UNICEF pour sensibiliser les jeunes au problème du VIH/SIDA, ont rencontré beaucoup de jeunes pêcheurs et se sont rendu compte que cette croyance était très répandue.

Pour eux, le VIH/SIDA est une maladie de terriens. Ce n'est pas étonnant, puisqu'il n'y a qu'à la télévision qu'ils ont vu des malades du SIDA et qu'ils ne connaissent personne dans leur communauté ou leur industrie qui ait été contaminé par le virus. Ils ne savaient pas que plusieurs enfants de Chorkor étaient séropositifs.

Voilà la situation dans laquelle l'YPEP s'est retrouvé lorsqu'il a choisi Chorkor pour son programme éducatif appelé « Changer pour de bon ». L'objectif est d'obtenir des modifications de comportement par le biais de l'éducation mutuelle entre camarades du même âge, une tâche qui a son importance dans des communautés comme Chorkor où la plupart des habitants ne savent pas lire et où les comportements à haut risque sont courants (avoir plusieurs épouses et maîtresses en même temps, par exemple).

« Je plais aux filles... et si je fais le premier pas, l'instant d'après, on se retrouve au lit. Mais c'est fini, tout ça. »
Joseph, 29 ans, en est un bon exemple. Il s'est marié jeune et pensait qu'il pourrait avoir autant de maîtresses qu'il le voudrait. Au départ, il se moquait bien de l'YPEP, puis il s'est rendu compte que son comportement contribuait à la propagation du VIH/SIDA.

« Je plais aux filles, déclare-t-il. Et si je fais le premier pas, l'instant d'après, on se retrouve au lit. Mais c'est fini, tout ça. Certaines de ces filles viennent encore me voir, mais je leur ai dit clairement que je devrais être fidèle à ma femme. »

Le travail est difficile parce que le taux d'analphabétisme est élevé et qu'il faut donc s'adresser à chaque personne directement. Ce qui fait le succès des éducateurs, c'est qu'ils viennent de la communauté et en connaissent bien les problèmes.

Comfort Allotey, 22 ans, estime que c'est un grand honneur pour elle de travailler comme volontaire pour l'YPEP. On la respecte et on la considère comme une personne responsable au sein de la collectivité.

« Un jour, une femme m'a demandé de faire une démonstration pratique du préservatif féminin. Elle insistait, raconte Comfort, en parlant des difficultés auxquelles elle se heurte parfois. C'était impensable, mais il fallait que je lui prouve que j'étais sérieuse, alors je l'ai emmenée à l'intérieur et lui ai montré comment le mettre. Depuis, cette femme a compris le message, elle le répète à d'autres et me les envoie quand elle ne peut pas répondre à leurs questions. »

Beatrice Quarshie, coordinatrice de terrain pour l'YPEP, perçoit aussi un changement d'attitude parmi les membres. Un jeune homme lui a expliqué que s'il n'était pas devenu membre du groupe et n'avait pas changé de style de vie, il lui aurait demandé de devenir une de ses épouses.

Peu à peu, à Chorkor, l'image que l'on se fait du VIH/SIDA et des autres maladies sexuellement transmissibles est en train de changer. Lorsque des membres de la communauté remarquent que quelqu'un a un comportement imprudent, ils lui disent à présent : « Ne fais pas ça. Fais attention. Le SIDA existe ici aussi. »

L'YPEP aide les gens à changer pour de bon, avec l'aide de l'UNICEF. Peut-être qu'un jour, Chorkor sera un endroit où le VIH/SIDA aura disparu. Non pas grâce à l'eau de mer, mais parce que ses habitants se seront armés des connaissances nécessaires.


 

 

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