Éthiopie

Un programme Eau et assainissement se développe dans les régions desséchées de l'Éthiopie

Par Alex Duval Smith

TSAHILO, Éthiopie, 16 septembre 2010 – Meles Gebregziabhere, 84 ans, n'arrive pas à se rappeler le nombre de ses arrière-petits-enfants. Mais sa mémoire est un trésor pour les enfants qui se pressent afin de l'entendre raconter ses souvenirs de leur village, Tsahilo, dans le nord de l'Éthiopie.

VIDÉO : la correspondante de l’UNICEF, Zenande Mfenyana, décrit un programme, bénéficiant de l’appui de l’Union européenne, dont l’objet est de fournir l’eau et l’assainissement à la population du district du Tigré en Éthiopie.  Regarder dans RealPlayer

 

« C'était un pays toujours vert, avec toutes sortes d'arbres de la région, » rappelle M. Gebregziabhere à propos du Tigré, qui est à présent victime de la déforestation et où se situe le village de Tsahilo. « Il y avait des rivières ...nous avions les terres qu'il fallait pour le pâturage de nos troupeaux et pour nos cultures. Nous pouvions même pratiquer des cultures à maturation lente, telles que le millet et le sorgho, et nous avions deux récoltes par an. Il y avait du lait pour tout le monde. »

Un pays victime de la déforestation

Dans le Tigré, autrefois une région luxuriante, il y a eu au premier millénaire un riche empire marchand, pratiquant le commerce international. Cette zone est à présent semi-désertique et entourée de rochers cristallins dentelés, d'où la terre arable a disparu, les laissant à nu. Seules de faibles surfaces peuvent être cultivées par une population rurale de près de 3,7 millions de personnes. Des boeufs tirent les charrues, les toits de terre sont plus courants que ceux de tôle ondulée et, dans les foyers, les marmites et les bols de terre ne sont pas encore remplacés par le plastique.

Image de l'UNICEF
© UNICEF/NYHQ2010-1730/Marinovich
L’UNICEF et l’Union européenne ont ciblé six districts du Tigré et 72 autres ailleurs en Éthiopie, dans le cadre d’un programme visant à fournir l’eau et l’assainissement à un million de personnes.

Au cours de ces trente dernières années, le paysage du Tigré est devenu un décor d'apocalypse avec la progression de la déforestation – allant de pair avec le changement climatique et ses pluies imprévisibles. On en est arrivé à la limite des possibilités d'habiter dans cette région. Dans un environnement aussi difficile, il s'agit essentiellement de trouver le moyen d'apporter l'eau et l'assainissement à ces pasteurs et à ces agriculteurs qui cultivent pour subsister et dont la survie devient plus précaire à chaque saison qui passe.

L'UNICEF, l'Union européenne et le gouvernement ont ciblé six districts du Tigré et 72 autres ailleurs en Éthiopie pour qu'ils bénéficient d'un programme de plus de 30 millions de dollars É.-U. visant à fournir l'eau et l'assainissement à un million de personnes en cinq années, jusqu'en 2011.

L'initiative UNICEF-UE

Dans le village de Chila, Letay Gebregiorgis, 32 ans, se levait chaque jour avant l'aube pour puiser l'eau de la rivière qui était parfois polluée. Elle et son âne bravaient les hyènes et d'autres dangers qui hantent la vallée dans la demi- obscurité du point du jour. Mais en novembre 2009, dans le cadre de l'initiative UE-UNICEF, on a réparé une pompe qui était cassée, située à moins de 15 minutes à pied de chez elle. Cette année, après la venue au village de fonctionnaires du district bénéficiant de l'appui de l'UNICEF, qui ont expliqué les avantages de l'assainissement, le mari de Mme Gebregiorgis a bâti des latrines pour elle et leurs quatre enfants.

Image de l'UNICEF
© UNICEF/NYHQ2010-1730/Marinovich
À cause de la déforestation et du changement climatique, habiter au Tigré, en Éthiopie, risque d’être bientôt impossible.

« En ayant accès à l'eau et à des latrines, notre vie s'est beaucoup améliorée, » explique Mme Gebregiorgis, qui appartient au comité pour l'eau de son village. Depuis la réhabilitation de la pompe, ce comité collecte des contributions pour son entretien.

« J'utilise l'eau de la pompe pour faire la 'njera' [le pain] et pour préparer nos repas, » précise-t-elle. « Mais, pour ne pas la gaspiller, je lave encore nos vêtements dans la rivière. La plus grosse amélioration, c'est au niveau de la santé de la famille. Les enfants n'ont jamais de diarrhée. »

Avant la mise en route du programme UE-UNICEF en 2006, la grande majorité des maladies affectant les enfants dans les zones ciblées étaient la conséquence d'un manque d'eau et d'une absence d'assainissement. L'un des objectifs du programme d'assainissement est de réduire de 40 pour cent les taux de diarrhée et des maladies liées à la diarrhée. En Éthiopie, le taux de mortalité des moins de cinq ans est de 109 pour 1000 naissances vivantes, alors que près de la moitié de ces décès sont causés par la diarrhée.

Les améliorations dans le domaine de la santé

Depuis 2006, au Tigré, le partenariat UE-UNICEF, notamment par la formation en matière d'hygiène et la construction de latrines de démonstration, a incité plus de 750 000 ménages à construire leurs propres installations sanitaires. Aussi le nombre de logements équipés de latrines a-t-il augmenté, passant d'environ 60 à 90 pour cent.

Gebrehiwot Smur, qui administre la région par intérim, déclare que ce programme a obtenu des résultats tangibles. « Dans notre district, depuis 2006, nous avons constaté une diminution de 64 pour cent des cas de maladies contagieuses, alors que 74 pour cent de la population a désormais accès à l'eau potable, » dit-il.

Dans un pays où plus de 80 pour cent de la population est rurale, l'accès à l'eau potable constitue également un défi. Ce n'est qu'environ la moitié du pays qui a accès à des sources d'eau potable améliorée.

Denis Thieulin, responsable de la coopération à la Délégation de l'UE d'Addis Abéba, a observé que les chiffres traduisaient une nette amélioration. « En 2000, la couverture n'était que de quelque 28 pour cent – si bien que la situation est déjà deux fois meilleure qu'en 2000 », explique-t-il.

« Mais nous avons encore un long chemin à parcourir pour arriver à l'objectif de 85 pour cent. En dépit de l'enthousiasme que met le gouvernement à parvenir aux Objectifs du Millénaire pour le développement, l'un des défis auxquels nous sommes confrontés est le manque de capacités au niveau de l'administration locale » ajoute-t-il , en se référant à un ensemble d'objectifs reconnus internationalement pour la réduction de la pauvreté dans le monde d'ici 2015.

Inverser le mouvement de déclin

Un autre défi, dans un pays qui souffre tant du changement climatique, c'est de convaincre les sceptiques qu'il est viable d'apporter l'eau et l'assainissement à ceux qui vivent dans des zones quasi désertiques.

Le responsable eau et assainissement de l'UNICEF, Kinfe Zeru, admet se poser parfois la question. Mais il dit qu'en aidant les communautés à réaliser leurs propres installations sanitaires les améliorations seront durables, même dans un environnement si difficile.

« Nous ne nous contentons pas simplement de creuser des puits peu profonds et de construire des latrines pour la population ,  expliquet-il . « Lorsqu'on aide des ménages à construire des latrines, ceux-ci fournissent leurs pierres et leur sable ... nous travaillons en ayant le changement climatique en tête. »

M. Zeru a ajouté qu'il espérait que les efforts de l'UNICEF contribueraient même à inverser la dégradation de l'environnement au Tigré.

Pour le vieux conteur de Tsahilo, le changement climatique est l'œuvre de Dieu. Mais Meles Gebregziabhere offre néanmoins une lueur d'espoir à ses arrière-petits-enfants.

« Ce qui est arrivé est l'oeuvre de Dieu, mais les hommes ont fait quelque chose pour le mettre en colère, » dit-t-il. « Les hommes doivent à présent le rendre à nouveau heureux. »


 

 

Partenariat UNICEF-Union européenne

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