Érythrée

Commémorer l'interdiction des mutilations génitales féminines en Érythrée

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© UNICEF Érythrée/2010/Leshomo
À Asmara, en Érythrée, Letenkiel Misghina (à gauche), 63 ans, parle à Samuel Isaac, de l’UNICEF, de sa décision de cesser la pratique de la mutilation génitale féminine/excision.

Par Kutloano Leshomo

ASMARA, Érythrée, 22 février 2010 – Letenkiel Misghina, qui pratiquait auparavant des mutilations génitales féminines/excisions, a récemment participé à la commémoration de l’interdiction en Érythrée de cette pratique.

La commémoration a duré toute la journée. Ces manifestations comprenaient des discours, des poèmes, des témoignages, des sessions d’information, un marathon, une course cycliste et une fête foraine.

À cette occasion, Mme Misghina, 63 ans, a fait part de l’horreur vécue en 1993 lorsqu’elle avait excisé sa première petite-fille. L’enfant a eu une telle hémorragie que son teint a pris une couleur bleutée. Heureusement, elle s’en est sortie, mais elle a frôlé la mort.

 Mme Misghina avait appris à effectuer des excisions avec sa grand-mère, qui avait excisé sa première fille. Mme Misghina a par la suite excisé ses cinq autres filles. Mais, après la grave alerte lors de l’excision de sa première petite-fille, elle a juré de ne plus jamais pratiquer une telle opération.

« Nous pensions qu’il s’agissait de nos croyances ancestrales, mais ce n’était que l’œuvre du démon; » a-t-elle dit.

Une décision prise il y a trois ans

En 2007, le Gouvernement érythréen a déclaré officiellement l’interdiction de la mutilation génitale féminine/excision. Une campagne de sensibilisation et de mobilisation, intensive et comprenant de multiples volets, a suivi. Elle s’est attachée à changer les comportements des différents groupes sociaux – y compris les participants traditionnels à la naissance, les praticiens de la circoncision, les anciens de la communauté et les dirigeants religieux.

Prenant la parole à l’occasion de l’anniversaire de cet évènement, le Représentant adjoint de l’UNICEF en Érythrée, Juan Carlos Espinola Ayala, a qualifié la mutilation génitale féminine/excision de violation des droits de l’homme et en particulier des droits de l’enfant. Il a prié instamment chacun de mettre fin à cette pratique et a félicité le Gouvernement érythréen d’avoir déclaré officiellement son interdiction.

En dépit de cette interdiction, il reste beaucoup à faire pour que cette pratique disparaisse totalement en Érythrée, où nombreux sont ceux qui la considèrent encore comme un important facteur d’acceptation sociale et d’amélioration des perspectives de mariage des filles.

Avocats du changement

En 2002, l’Enquête démographique et sanitaire concernant l’Érythrée a révélé que 89 pour cent des Érythréennes avaient été excisées. Ce taux de prévalence se situe parmi les plus élevés du continent africain.

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Une banderole est déployée lors de la commémoration de l’interdiction officielle de la mutilation génitale féminine, à Asmara, en Érythrée.

L’enquête a indiqué que cette pratique favorisait l’acceptation sociale, selon 42 pour cent des femmes interrogées; les perspectives de mariage selon 25 pour cent d’entre elles alors que 18 pour cent y étaient favorables pour des raisons religieuses.

Depuis cette interdiction, il semble que les participants traditionnels aux naissances et les praticiens de la circoncision aient progressivement abandonné cette coutume et soient devenus les avocats du changement.

Une stratégie universelle

L’UNICEF en Érythrée a pour objectif de parvenir à une réduction de la pratique de la mutilation génitale féminine/excision de 30 pour cent d’ici 2011.

La Communauté européenne, le gouvernement suédois et le Comité national suisse pour l’UNICEF ont apporté des financements en vue de l’abandon de ces pratiques traditionnelles préjudiciables – notamment de l’excision – en Érythrée.


 

 

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