Égypte

Lutter contre la mutilation génitale féminine

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© UNICEF Egypt/2004/Ingram
Awatef Ramadan prend la parole lors d'une séance publique de sensibilisation aux MGF à Manfalout, Haute-Egypte

Par Simon Ingram

Manfalout, le 15 septembre 2004 - La première fois qu'Awatef Ramadan a été témoin de ce qu'on appelle la mutilation génitale féminine (MGF), elle avait six ans. Elle vivait alors dans le sud de l'Egypte, dans la petite ville de Manfalout.

« Ma sour aînée, qui avait onze ans, devait se faire exciser et je faisais partie des femmes de la famille qui assistaient à cet événement. J'ai entendu ma sour hurler de douleur, et puis nous nous sommes rendu compte qu'elle saignait abondamment. Ma mère a paniqué et s'est mise à crier et ma sour a été emmenée de toute urgence à l'hôpital. Elle a failli y laisser la vie. »

Ce terrible souvenir était resté marqué dans sa mémoire lorsque, quelques années plus tard, on lui apprit que c'était son tour.

« C'était la période des congés scolaires, l'époque où traditionnellement, les filles se font exciser. La daya (sage-femme du village) est arrivée chez nous et j'ai compris ce qui m'attendait. »

Se rappelant les souffrances de sa sour, Awatef comprit qu'elle ne pouvait se soumettre à un tel destin. Lorsque la daya voulut s'emparer d'elle, Awatef se débattit avant de s'enfuir de chez elle pour se réfugier dans le sanctuaire que lui offrait la maison de sa tante, non loin de là.

En Haute-Egypte, comme d'ailleurs dans le reste du pays, des études montrent que la vaste majorité des femmes et des filles ont subi une MGF sous une forme ou une autre. Cette pratique vieille de plus de deux mille ans est souvent considérée comme une étape nécessaire vers l'âge adulte et une nécessité pour les jeunes filles si elles veulent être acceptées en mariage.

Les MGF sont censées diminuer la libido des filles, ce qui les aiderait à rester chastes avant le mariage et fidèles après.

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Des fillettes d'Assiut, Egypte

Les femmes et les filles qui ne sont pas excisées sont souvent mises au ban de leur société. Awatef dit qu'elle a eu de la chance. Son mari accepte qu'elle ne subisse pas de MGF et ils coulent des jours heureux ensemble.

La passion avec laquelle Awatef s'exprime contre les MGF fait d'elle une candidate idéale pour le Programme d'abandon des MGF. Ce programme a été mis en place par l'Association pour l'enfance et le développement d'Assiut (ACDA), avec l'aide de l'UNICEF. D'ailleurs, même avant le lancement du programme (qui concerne huit communautés du gouvernorat d'Assiut),  Awatef avait réussi à convaincre ses frères et sours de ne pas imposer l'excision à leurs filles.

Depuis qu'elle a suivi la formation de l'ACDA, Awatef conduit des discussions sur les MGF avec les élèves de l'école secondaire où elle enseigne. Elle se rend également à domicile pour rencontrer les membres de leur famille et tenter de les faire changer d'avis sur cette pratique. Son succès est tel que certains de ses élèves ont monté une pièce de théâtre intitulée « Non aux MGF » qui a été jouée devant un large public à Manfalout. C'est l'histoire d'une jeune fille qui refuse de se soumettre à l'excision et essaie de convaincre ses parents de ne pas lui imposer une telle épreuve.

Les séances publiques de sensibilisation permettent, elles aussi, de s'attaquer à cette pratique. Awatef et d'autres militants (y compris des chefs religieux chrétiens et musulmans) font appel tant à la raison qu'à l'émotion pour convaincre leur public de mettre fin à cette pratique.

« Je dis aux gens que s'ils aiment réellement leurs filles, ils doivent prendre soin d'elles et veiller à ce qu'elles reçoivent une bonne éducation. Cela leur profitera bien plus, à elles et à leur futur mari, que l'excision », dit Awatef.

La jeune femme est convaincue que les choses commencent à changer dans des communautés comme Manfalout.

« Jadis, on entendait parler de groupes de dix ou quinze filles qu'on emmenait dans une maison et qu'on soumettait à cette pratique l'une après l'autre. Cela devient rare aujourd'hui. »


 

 

Vidéo (en anglais)

15 septembre 2004 : Simon Ingram, Chargé de la Communication pour l'UNICEF décrit la lutte contre la MGF en Egypte.

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