République démocratique du Congo

En République démocratique du Congo, éviter toute nouvelle infection au VIH en atteignant les femmes enceintes séropositives au VIH

Grâce à l'Option B +, les femmes enceintes séropositives au VIH en République démocratique du Congo obtiennent des soins et un soutien, ainsi qu’un traitement simple pour aider à prévenir la transmission du virus à leurs bébés.  Télécharger cette vidéo

 

Par Chiara Frisone

Le 29 novembre, l'UNICEF a publié Enfants et le SIDA : sixième bilan de la situation, le premier rapport de cette série depuis 2010.

Une génération sans SIDA semblait jadis n’être qu’un rêve impossible. Mais, maintenant, la communauté internationale dispose de ce qu'il faut pour faire de ce rêve une réalité. Les progrès obtenus dans la prévention de la transmission du VIH de la mère à l'enfant ont permis de ralentir considérablement le taux de nouvelles infections chez les bébés dans les pays à revenu faible et intermédiaire. On n’a cependant pas constaté les mêmes progrès dans le traitement des enfants vivant avec le VIH, et la trajectoire du nombre de décès imputables au SIDA chez les adolescents vivant avec le VIH reste alarmante.

Depuis que la République démocratique du Congo a commencé à mettre en route le programme Option B +, les femmes enceintes séropositives au VIH telles que Jeanne obtiennent les soins et le soutien dont elles ont besoin --  et un traitement simple pour aider à prévenir la transmission du virus à leurs bébés.

LUBUMBASHI, République démocratique du Congo, 6 décembre 2013 – Assis sur des bancs en bois en rangs parallèles, un groupe de femmes enceintes écoutent un infirmier, Alain Nzengu. Certains hochent de la tête d’un air approbateur, d'autres font la grimace ou affichent un air perplexe.

Certaines de ces femmes présentes à cette séance de conseil entendent pour la première fois qu'il est possible qu’une mère vivant avec le VIH transmette  le virus à son bébé à naître.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Video
Jeanne (son nom a été changé) subit un examen prénatal au Centre de santé de Sainte- Bernadette, à Lubumbashi, là où elle a appris qu'elle était séropositive.

L'infection au VIH à l'échelle nationale

La prévalence du VIH dans la République démocratique du Congo est de 1,1 pour cent chez les adultes de 15-49 ans. Il culmine à 3,5 pour cent chez les femmes enceintes qui se rendent à des consultations prénatales. Dans un pays de plus de 67 millions de personnes, ce pourcentage se traduit par 1,5 million de personnes vivant avec le virus.

Intégrer les services de prévention de la transmission de la mère à l’enfant (PTME) dans les soins prénatals est essentiel pour identifier les femmes enceintes vivant avec le VIH le plus tôt possible, le but étant de préserver leur santé et de les empêcher de transmettre le virus à leur bébé pendant l'accouchement ou l'allaitement.

Cette année, le pays a introduit l'approche Option B+,  qui a remporté un succès considérable au Malawi. L’Option B + est une approche novatrice visant à éliminer les nouvelles infections au VIH chez les enfants. La République démocratique du Congo a pour objectif d’offrir un traitement antirétroviral à vie à toutes les femmes enceintes ou allaitantes qui vivent avec le virus. Ce traitement antirétroviral simplifié se compose d’une pilule, à prendre une fois par jour.

L’Option B + réduit considérablement le risque de transmission du VIH de la mère à l'enfant dans les futures grossesses et aide à maintenir la santé de la mère et à réduire les risques de transmission du VIH aux partenaires sexuels non infectés.

« Cette nouvelle approche représente la meilleure option possible pour le pays car il ne nécessite pas que les femmes enceintes dont le test VIH a été positif obtiennent un compte des cellules CD4 avant de recevoir le traitement, ce qui était un problème avec les approches antérieures, » affirme Kalil Sagno, spécialiste de la santé à l'UNICEF en République démocratique du Congo.

La lutte contre l'infection au VIH au niveau local

L'introduction de l'Option B + permet aux agents de santé d’offrir un traitement antirétroviral dans les établissements de santé locaux comme celui où travaille M. Nzengu, le Centre de santé Sainte-Bernadette, dans la périphérie de Lubumbashi. Le traitement est à portée de main des femmes enceintes vivant avec le VIH qui n'ont plus besoin de se rendre à l'un des principaux hôpitaux de la zone pour obtenir leur traitement antirétroviral.

M. Nzengu, qui est responsable du programme de PTME de Sainte-Bernadette, voit une trentaine de femmes enceintes par jour. Il demande à toutes les femmes qui viennent à la clinique pour la première fois de faire un test VIH. « Elles acceptent de faire le test sans problème, dit-il, mais quand elles reçoivent un résultat positif ... certaines pleurent, d'autres s'évanouissent ou sont tout simplement en état de choc. Alors, on essaie de les calmer et de leur dire que c'est un secret entre moi et elles. Personne ne le saura. »

Beaucoup d’habitants de la République démocratique du Congo estiment qu'un test positif au VIH est une condamnation à mort. « Il y a quelque temps, le mot SIDA était tabou, dit M. Nzengu.  Les gens ont encore peur de simplement prononcer le mot de SIDA ... ils l’appellent simplement ‘cette maladie’ ».

Image de l'UNICEF
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Jeanne a été l'une des premières femmes enceintes à qui l’on a offert un traitement antirétroviral à vie par le biais du programme Option B+ dans ce centre. L’Option B + réduit considérablement le risque de transmission du VIH de la mère à l'enfant.

Selon Jeanne*, l'une des patientes de M. Nzengu, « quand Alain m'a dit qu'il y avait un médicament qui pourrait améliorer ma santé, que les gens ne remarqueraient pas [que j'étais porteuse du VIH ] et que mon bébé pourrait naître en bonne santé, je lui ai demandé si je pouvais avoir un avortement parce que j’avais entendu dire que quand une femme est enceinte et qu’elle a le VIH, elle peut mourir rapidement. »

Jeanne a été  l'une des premières femmes enceintes à qui l’on a offert un traitement antirétroviral à vie à Sainte-Bernadette. M. Nzengu l’a soutenue et l'a motivée tout au long de sa grossesse. « Quand Alain m'a dit [que j'étais séropositive], la paix a disparu de ma vie, dit Jeanne. Mais il m’a dit que ce médicament empêcherait mon enfant de naître avec le VIH. Ce médicament me fait croire davantage que mon bébé sera en bonne santé, même si, au début, je ne pouvais pas le croire. »

Travailler avec la communauté

L'introduction de l'Option B + rend le travail des agents de santé comme M. Nzengu encore plus important, car leur rôle est  essentiel pour dissiper les mythes sur le VIH et assurer aux femmes vivant avec le virus que la prévention de la transmission du virus à leurs enfants à naître est effectivement possible.

Et M. Nzengu estime qu’en mettant encore plus de femmes enceintes sous traitement, on obtiendra un véritable effet d'entraînement au sein de la communauté. « Quand une femme voit une autre femme changer, devenir forte et bonne santé au lieu d’être mince et faible, elle va dire à ses amies qu’il y a des médicaments très efficaces au centre de santé », explique-t-il

« Comme ça, on espère que, en 2015,  nous auront atteint notre objectif de zéro nouvelle infection, zéro bébé né avec le VIH. »

* Le nom a été changé.

Actuellement, 9 femmes enceintes sur 10 vivant avec le VIH ne reçoivent pas de médicaments antirétroviraux pour prévenir la transmission du virus de la mère à l’enfant. À ce jour, un traitement à vie pour les femmes enceintes vivant avec le VIH a été mis en œuvre dans cinq établissements de santé de Katanga, qui est l'une des provinces affichant la plus forte prévalence du VIH dans le pays. On prévoit que, avec cette nouvelle approche, plus de femmes enceintes vivant avec le virus seront mises sous traitement, ce qui réduira le nombre de nouvelles infections chez les enfants.


 

 

Photographie : VIH/SIDA

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