République démocratique du Congo

En République démocratique du Congo, une jeune fille accusée de sorcellerie reçoit le soutien dont elle a besoin

L’UNICEF raconte le calvaire d’une jeune femme injustement accusée de sorcellerie en République démocratique du Congo.  Regarder dans RealPlayer

 

Par Cornelia Walther

Le 16 juin est la Journée de l'enfant africain. Cette année, la journée se portait sur notre responsabilité collective pour éliminer les pratiques sociales et culturelles néfastes qui mettent en danger la santé et la vie de centaines de milliers d’enfants.

Les accusations de sorcellerie exposent les enfants à la discrimination ou aux  représailles. Même si il est contre la loi en République démocratique du Congo d’accuser un enfant de sorcellerie, des enfants comme Josiane font encore face à de telles charges. L'UNICEF, le gouvernement et les ONGs partenaires travaillent pour protéger les enfants accusés de sorcellerie et pour changer les comportements qui mettent ces enfants en danger.

GOMA, République démocratique du Congo, le 26 juin 2013 - Les enfants accusés de sorcellerie vivent souvent dans la solitude. Cela a été  le cas de Josiane*, 16 ans. « J’évitais tout contact avec les enfants des autres pour ne pas être accusée de leur faire du mal, » explique-t-elle, les larmes aux yeux.

Pendant un an, Josiane a vécu un cauchemar : être accusée d’être une sorcière.

Les enfants accusés de sorcellerie

La croyance en la sorcellerie et autres forces occultes tend à se développer dans les moments difficiles, non seulement en Afrique, mais aussi dans de nombreuses autres parties du monde. En République démocratique du Congo, des milliers d’enfants sont accusés de sorcellerie.

Les accusations de sorcellerie contre des enfants résultent d’une une combinaison de crises identifiée par les anthropologues : les difficultés économiques, les conflits, l'urbanisation, les déplacements et l’éclatement des familles propagent l’insécurité et sapent les communautés. En parallèle, les sectes ont tendance à proliférer, prétendant offrir un confort spirituel en période d'incertitude.

Les enfants accusés de sorcellerie sont souvent des orphelins recueillis par des parents qui vivent dans la pauvreté et ont à peine les moyens de subvenir à leurs propres besoins.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Video
Josiane, 16 ans, a vécu le cauchemar d’être accusée de sorcellerie. Aujourd'hui, avec le soutien d'un centre pour les enfants vulnérables, elle a rattrapé son retard sur les leçons qu’elle a manqué pour cause de ne plus pouvoir aller à l'école, et a des rêves d’avenir.

Josiane est accusée

Quand son père est mort en 2012, Josiane a quitté Kisangani dans la province Orientale pour aller vivre avec son oncle dans la capitale du Nord-kivu, Goma. Un matin, l'un des cousins de Josiane a souffert d'une crise d'épilepsie. Lorsque l'enfant a été emmené à l'hôpital, le médecin n'a trouvé aucune cause immédiate pour la crise. « Après cet incident, la femme de mon oncle a dit que je devais être responsable de la maladie de l'enfant, car elle n'avait jamais vu quelque chose de semblable », se souvient Josiane.

Suite à ces accusations, son oncle a refusé de payer les frais de scolarité de Josiane, de sorte qu’elle a dû arrêter l'école. Finalement, elle a été jetée hors de la maison et s’est retrouvée à vivre dans les rues de Goma.

Pas de place pour la discrimination

C'est là qu’une ONG partenaire de l'UNICEF,  La voix des enfants, l'a trouvée et recueillie. Josiane vit actuellement dans un centre pour enfants vulnérables, où elle reçoit un soutien psychosocial, des soins de santé et une éducation.

« Les enfants que nous acueillons viennent d'horizons différents et ont leurs circonstances propres. Ils restent tous ensemble, sous un même toit, sans espace pour aucune forme de discrimination, » explique Christine Musaidizi, Directrice de La voix des enfants.

Travailler main dans la main pour protéger les enfants

Pour modifier les comportements culturels qui mettent les enfants en danger, des organisations telles que La voix des enfants travaillent en collaboration étroite avec l'UNICEF et le gouvernement pour informer et sensibiliser les communautés sur les droits des enfants. « A Goma, dans le passé, un enfant accusé de sorcellerie aurait été lapidé ou brûlé vif, explique Mme Musaidizi. Et, si vous osiez défendre quelqu'un accusé de sorcellerie, vous étiez vous-même accusé de sorcellerie et subissiez le même sort ».

Elle ajoute que, au cours des deux dernières années, aucun enfant accusé de sorcellerie n’a été physiquement blessé dans sa zone d'intervention.

En République démocratique du Congo, la loi sur la protection de l'enfance a été promulguée en Janvier 2009. Le pays est également signataire de la Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant, qui stipule que les enfants doivent être protégés contre tout acte de violence. "La loi est explicite : accuser un enfant de sorcellerie est passible d'un à trois ans de servitude pénale », affirme David Bodeli Dombi, Chef de la police spéciale nationale pour la protection des enfants et des femmes dans le Nord-kivu.

Malheureusement, explique M. Bodeli Dombi, la loi n'est pas connue de tous. « Le gouvernement et l'UNICEF ont fait des efforts considérables pour vulgariser la loi, mais les gens continuent à ignorer son contenu », dit-il.

Lors de ses premiers jours dans le centre de La voix à l'enfance, Josiane était très réservée. Aujourd'hui, elle sourit à nouveau. Elle a rattrapé son retard sur les leçons manquées à l'école et est prête à passer les examens finaux de l'enseignement primaire.

« Je vais réussir et trouver mon chemin», dit Josiane avec confiance.

* Le nom a été changé.


 

 

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