République démocratique du Congo

En RD du Congo, l'UNICEF aide les jeunes à faire face et à prévenir la violence sexuelle

Par Natacha Ikoli

KINSHASA, République démocratique du Congo, 4 janvier 2012 – Si l’on constate une stabilité croissante dans de nombreuses régions, la violence prédomine toujours dans la partie orientale de la République démocratique du Congo. Les populations civiles continuent de subir de fréquentes agressions de la part des groupes et des forces armés.

VIDÉO (en anglais) : le reportage de la correspondante de l'UNICEF, Natacha Ikoli, sur un programme qui aide les adolescentes congolaises à lutter contre la discrimination et la violence sexiste.  Regarder dans RealPlayer

 

Comme toujours, les enfants sont les plus vulnérables et les plus touchés. La violence sexuelle continue de se produire en quantité effroyable et les enfants, trop souvent, en sont la cible. Les enfants sont aussi confrontés au recrutement forcé par les groupes armés.

Afin d'offrir une protection aux enfants déplacés ainsi que des possibilités dans le domaine de l'éducation et des loisirs, l'UNICEF a mis en place des espaces amis des enfants dans les camps et les communautés d'accueil.

Mais il a été rapidement constaté que les adolescents – en particulier les filles – étaient plus difficiles à atteindre et à retenir. Dans ce contexte, l'UNICEF accorde davantage d'attention aux besoins des adolescents.

VIDÉO : le reportage de la correspondante de l'UNICEF, Natacha Ikoli, sur un programme qui aide les adolescents congolais à prévenir ls violences sexistes. Narration Patrice Brizard.  Regarder dans RealPlayer

 

Se concentrer sur la situation des adolescents

« L'UNICEF se concentre sur la situation des adolescents dans les espaces amis des enfants en créant des espaces où ils peuvent s'exprimer librement sur les sujets qu'ils pensent être importants pour eux », affirme Ildephonse Birhaheka, responsable de la protection de l'enfance à l'UNICEF.

L'UNICEF et ses partenaires, Vision mondiale et l'ONG italienne AVSI, ont conçu un programme spécifique pour tenter de répondre aux besoins et aux intérêts des adolescents et des adolescentes. Ces programmes comprennent des groupes de discussion pour adolescents – séparés filles et garçons – des espaces amis des enfants offrant accès à une éducation non traditionnelle ainsi qu'une plateforme permettant aux adolescents de s'exprimer, d'être écoutés et d'acquérir des connaissances par l'intermédiaire des jeunes de leur âge.

Ces groupes de discussion dans lesquels les filles et les garçons sont séparés apportent un soutien psychologique aux enfants affectés par le conflit. Ils offrent également l'occasion d'impliquer les garçons et les filles dans la prévention de la violence sexiste et la promotion de l'égalité des sexes. Depuis 2008, environ 2300 adolescents âgés de 13 à 17 ans ont participé à ces groupes.

Promotion de l'égalité des sexes

« Les filles et les femmes sont souvent traitées comme si elles valaient peu, conséquence de la mentalité classique et des interdits sexuels », affirme Adele Nsimire, une animatrice de l'AVSI. « Les filles sont souvent responsables de toutes les tâches ménagères de leur foyer et elles sont souvent privées de la possibilité d'aller à l'école, ce qui limite leurs chances dans la  vie ».

Image de l'UNICEF
© UNICEF RD du Congo/2011
Grâce à des groupes de discussion, l'UNICEF et ses partenaires donnent aux adolescents de la RD du Congo l'occasion d’affronter l'inégalité des sexes et la violence sexuelle.

Mais quand les groupes, des filles et des garçons, discutent du rôle de l'homme et de la femme, du mariage précoce, de la violence sexuelle, de l'éducation, des relations et de la santé reproductive, cela les pousse à s'interroger et à remettre en question les coutumes discriminatoires qui sont la cause première de l'inégalité et de la violence sexiste.

« Une fille n'ira pas à l'école parce qu'elle est une domestique à la maison », dit Adele Nsimire. « Ce sont les obstacles auxquels sont confrontées les filles de mon groupe de discussion. Mais plus nous avons ces débats, plus elles veulent savoir quels sont leurs droits et, lentement, les choses changent à l'intérieur de la famille ».

Dans le village de Rugari, Françoise Maniraghua, 16 ans, est une participante passionnée du groupe de discussion réservé aux filles. Sa vie au foyer a changé de façon importante depuis qu'elle a commencé à y participer. « Avant que je commence à aller au groupe de discussion, je devais faire moi-même toutes les tâches ménagères. Mon frère aîné ne m'aurait pas aidée. Aujourd'hui, nous nous partageons tous les tâches ménagères », dit-elle.

 Nzibomana, 17 ans, a participé seulement quelques fois au groupe réservé aux garçons bien qu'il ait déjà modifié son point de vue sur son rôle au sein de la famille. « Je vois que les filles accomplissent plus de tâches que nous. Elles cuisinent, elles font le ménage et je pense qu'elles souffrent », dit-il. « Je crois vraiment que nous devons commencer à les aider ».

Image de l'UNICEF
© UNICEF RD du Congo/2011
Des adolescentes, dont Françoise Maniraghua (en jaune), 16 ans, parlent des rôles de l'homme et de la femme dans un groupe de discussion pour filles à Rugari, en RD du Congo.

Prévention de la violence sexuelle

L'implication et la participation des filles et des garçons, à la fois séparément et ensemble, sont essentiels pour répondre à leurs besoins et à leurs préoccupations propres, spécialement en ce qui concerne la violence sexuelle.

Les groupes de discussion pour les filles ont accru leur confiance en elles-mêmes en leur donnant les moyens de rechercher des possibilités et le respect qui leur étaient auparavant refusés. Ensemble, les groupes de discussion créent une solidarité entre groupes correspondants et apportent un fondement pour le développement, au niveau de la communauté, de solutions à la violence.

« Je pensais que quand on était avec une fille, on pouvait en faire ce qu'on voulait et qu'elle ne devait même rien dire », dit Cyprien, 17 ans, qui participe au groupe depuis deux mois. « Mais à présent,  je ressens les choses différemment et je sais que toucher une fille de façon inconvenante et la contraindre n'est pas bien ».

Cyprien est à présent un jeune dirigeant de sa communauté, s'exprimant contre la violence auprès des jeunes de son âge et de ses voisins. « Et aujourd'hui, ce que j'aime le plus, c'est quand nous parlons de tomber amoureux », dit-il.


 

 

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