République démocratique du Congo

En RD du Congo, la pauvreté pousse des milliers d'enfants à vivre dans les rues de Kinshasa

Journée de l'enfant africain 2011

La Journée de l'enfant africain est marqué le 16 juin chaque année depuis 1991, quand elle a été introduite par l'Organisation de l'unité africaine. Voici un témoignage tiré d'une série d'histoires.

 Par Cornelia Walther

KINSHASA, République démocratique du Congo, 16 juin 2011 – « Les enfants sont sacrés. Les gens doivent comprendre que même s'ils sont pauvres ils ne peuvent pas jeter leurs enfants comme des déchets », explique Matondo Kasese, un ancien prêtre qui des travaille avec des enfants des rues.

Matondo Kasese est l’un des coordinateurs de l'Organisation non gouvernementale (ONG) REJEER, un réseau d'enfants de la rue et d'éducateurs de jeunesse qui englobe 120 associations impliquées dans la protection de l'enfance dans toute la République démocratique du Congo.

Environ 30 000 enfants de moins de 18 ans vivent dans les rues du pays, en majorité dans la capitale, Kinshasa. Avec un nombre croissant de filles - dont beaucoup travaillent comme prostituées, certaines ayant tout juste 10 ans.

Image de l'UNICEF
© UNICEF DR Congo/2011/Walther
Des milliers d'enfants vivent dans les rues en République démocratique du Congo. Dans ce centre de d’hébergement provisoire, des enfants des rues jouent devant un mur sur lequel ils ont peint leurs rêves pour l'avenir, comme celui de devenir footballeur, professeur ou politicien.

Matondo Kasese et ses pairs souhaitent fournir à ces enfants un accès direct aux soins médicaux, à l'aide psychosociale, à la nourriture, de quoi se laver, un abri et une éducation. Encore qu’une solution durable dépende de la communauté entière et que la pauvreté soit la cause majeure du de la croissance en zones urbaines du nombre des enfants de la rue.

Exposés aux abus
 
« Dans les villages, les familles sont pauvres mais vivent du produit de leurs récoltes, tandis que les gens des zones urbaines dépendent de l'argent pour survivre. Beaucoup de parents ne gagnent pas assez pour toutes les bouches à nourrir sous leur toit », explique Matondo Kasese. « Et, bien que les enfants soient considérés comme un trésor dans la société congolaise, dans un contexte de pauvreté ils deviennent une nuisance ».

Bien plus, selon le chargé de la protection de l'enfance à l'UNICEF Eloge Olengabo, cette situation est aggravée par la superstition. « Fréquemment, les familles incapables de se prendre en charge, préfèrent croire que leur malchance est enracinée dans la sorcellerie de leur progéniture », explique-t-il.

Gilles, 15 ans, a vécu dans les rues de Kinshasa la grande partie de son enfance, nettoyant les voitures pour gagner sa vie. La nuit il erre avec les autres enfants des rues dans l’attente du fourgon de  Matondo Kasese et de sa petite lueur d'espoir. « Pour survivre je fais beaucoup de sport », dit-il, avec un sourire timide. Et en effet ses biceps sont impressionnants. « Un jour, une fois adulte, j’espère aider les enfants des rues à mon tour ».

Image de l'UNICEF
© UNICEF DR Congo/2011/Walther
Gilles, 15 ans, est assis dans un des camions de l’ONG REJEER à Kinshasa, en République démocratique du Congo. Ils fournissent chaque nuit une aide aux enfants des rues. À l'arrière-plan, un autre enfant des rues est soigné pour une blessure.

« Certains considèrent ces jeunes comme une cause de trouble de l'ordre public, alors que ce ne sont que des enfants qui ont besoin de quelqu'un à qui parler », explique Kape Benda-Benda qui dirige l'une des cinq équipes mobiles qui circulent dans Kinshasa chaque soir. « Nous travaillons pour sensibiliser les enfants aux vraies valeurs de leur vie et de leur communauté, à leur devoir de prendre soin d'eux-mêmes ».

Une responsibilité partagée

Matondo Kasese est reconnaissant à l'UNICEF de l’aider sur la politique sociale et affirme que la prochaine étape est entre les mains du gouvernement pour créer un mécanisme qui donnera aux familles pauvres l’accès gratuit aux services sociaux de base. Bien qu'il voie le désespoir sur les visages des enfants chaque nuit, il espère une amélioration de leur situation. « Ces jeunes ont un énorme potentiel. Il dépend de nous de leur apporter cette lueur d’espoir ».

Une note d’espoir réitérée par le représentant de l'UNICEF en République Démocratique du Congo Pierrette Vu Thi. « C’est notre devoir commun de protéger tous les enfants et en particulier ceux qui sont les plus vulnérables », dit-elle. « Si la communauté, le gouvernement et ses partenaires travaillent la main dans la main nous pouvons vraiment fournir à ces jeunes un avenir brillant ».


 

 

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