République démocratique du Congo

« Pas par des bombes et des balles » – en RDC, vaincre la violence laissée en héritage

Image de l'UNICEF
© UNICEF video
Dans l’est de la RDC, la population est confrontée chaque jour aux conséquences de décennies de guerre.

Par Sarah Crowe

L’histoire suivante est basée sur le nouveau documentaire, « Pas par des bombes et des balles : derrière le conflit en RDC », qui traite des effets de la guerre sur les femmes et les enfants (voir à droite les liens vidéo).

GOMA, République démocratique du Congo, 26 juin 2008 – La route qui mène à Rutshuru passe par des volcans brumeux en activité et des lacs argentés. Cela pourrait à coup sûr être l’objet de brochures touristiques – si cette route aux confins orientaux de la DRC, à la hauteur du Rwanda, n’était pas littéralement jonchée de matériels de guerre, une guerre que peu de gens comprennent.

La route commence à Goma, sur le lac Kivu, une ville dont la taille a été multipliée par 10 en 5 ans, parsemée de mini villages qui se composent de petites cabanes faites de feuilles de bananiers et de bâches de plastique. Pendant la majeure partie de l’année dernière, la circulation n’était qu’à sens unique, les combats ayant fait fuir des dizaines de milliers de personnes.

Prendre la route présente encore des risques

En dépit de la récente conférence sur la paix qui a réuni ici le gouvernement et les forces rebelles, il y a encore des risques à prendre la route sans escorte. Dans un village situé sur la route de Rutshuru, les membres d’une mission de l’UNICEF ont été arrêtés par un groupe important de personnes déplacées qui voulaient nous parler devant la caméra.

« C’est bien beau de nous apporter votre aide humanitaire, vos tentes, votre eau, votre nourriture, » nous a dit l’une de ces personnes déplacées, Jean-Bertrand Rworetse. « Mais vous savez que nous n’avons pas vraiment besoin de cela. Nous n’avons besoin que d’une chose, nous ne demandons qu’une chose, et c’est la paix ».

Effectivement, il n’y avait personne du village dans le groupe ; ils venaient tous de Bukima, dans une région au relief accidenté, à une certaine distance de là. Lors de l’une des nombreuses vagues de déplacés provoquées par les combats, ils sont venus dans des logements laissés vides par d’autres qui s’étaient enfuis et avaient créé un camp un peu plus loin – chacun jouant des coudes pour se mettre à l’abri.

Protection des écoles et des dispensaires

Les casques bleus de la Mission des Nations Unies en RDC, la MONUC, sont venus en force. Ils ont libéré des zones où il était auparavant impossible de se rendre, mais les canons de leurs fusils sont encore pointés sur les collines, prêts en cas d’incident à protéger les écoles et les dispensaires.

Pascal (son nom a été modifié), 14 ans, nous amène à son école, au-delà des blindés blancs des Nations Unies. La date qui figure sur le tableau noir, 20 octobre 2007, indique le jour où les rebelles ont attaqué l’école.

« J’ai entendu des coups de feu dans les collines derrière nous, le jour où les bandits  sont passés par ici et ont tout pris – nos crayons, nos stylos, nos livres – puis ils ont fondu sur le village et ils s’en sont pris à tout le monde. Ils ont violé ma sœur ainée », nous a-t-il confié.

Image de l'UNICEF
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La route qui conduit à Rutshuru, à la frontière entre le Rwanda et la RDC, présente encore des risques pour ceux qui l’empruntent, en dépit d’une récente conférence sur la paix.

Regarder au-delà de la souffrance

C’est comme ça que les enfants meurent, c’est comme ça qu’ils compromettent leur éducation.

Même si le conflit en RDC est celui qui a fait le plus de victimes depuis la Seconde guerre mondiale, on n’entend pas les combats, on ne les voit pas.

Dans un centre d’alimentation thérapeutique soutenu par l’UNICEF, Sœur Dominique Laskowski, une religieuse catholique polonaise, a dit qu’elle retenait ses larmes en voyant des mères ayant fui la violence qui amenaient leurs enfants. Elle essaye de voir au-delà des yeux creux, de la souffrance des mères.

« Comme elle est forte »

Sœur Dominique a trouvé la vieille photo d’un enfant.

« Cette enfant, nous pensions qu’elle allait mourir », a-t-elle dit. « Sa mère était morte, sa sœur et son père ne pouvaient pas la nourrir. Voyez comme elle est forte à présent. Ça vous va vraiment droit au cœur. La guerre a fait ça.

« Les mères ne peuvent pas travailler aux champs », a-t-elle ajouté, « parce qu’elles ont trop peur ou parce qu’elles sont retenues dans les camps ou en fuite, et elles-mêmes n’ont pas suffisamment de protéines, si bien qu’elles ne nourrissent pas au sein. On donne trop tôt aux enfants des aliments solides, ils souffrent de diarrhée et ici le marasme et le kwashiorkor sévissent. C’est réellement tragique. »

Le fléau du viol

Dans une telle guerre, il y a une propagation de maladies facilement évitables comme le choléra, la rougeole et le paludisme. Une vie de fugitif – dans des camps surpeuplés, sans avoir acquis l’habitude de prendre des précautions et tout simplement sans avoir de chez soi – fragilise même les personnes les plus solides.

Mais il ya d’autres fléaux, plus sinistres. Chaque jour, les médecins et les infirmières de l’hôpital Heal Africa de Goma ont à traiter des traumatismes physiques et psychologiques de filles et de femmes victimes de viols systématiques et à grande échelle. 

« Ces soldats qui ont vécu dans la jungle ont perdu toute humanité, ils commettent des actes d’une telle brutalité, en ayant recours à des bâtons et à des fusils, et que sais-je encore ! » a dit le Dr Jo Lusi. « Par la chirurgie, nous pouvons réparer les dommages physiques subis par les filles et les femmes, mais ce que nous ne pouvons pas faire, c’est les guérir au plan psychique. »


 

 

Vidéo (en anglais)

Dans un documentaire spécial de l’UNICEF, la correspondante de l’organisation, Sarah Crowe, se penche sur la violence laissée en héritage en République démocratique du Congo. En cinq parties.

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