Côte d'Ivoire

Aider les enfants seuls dans la grande ville d’Abidjan, en Côte d’Ivoire

Par Eva Gilliam

« La Situation des enfants dans le monde 2012 : les enfants dans un monde urbain », le rapport-phare de l’UNICEF,  est axé sur les enfants vulnérables dans les zones urbaines. Un milliard d’enfants vivent en milieu urbain, et ce nombre croît rapidement. Pourtant les disparités entre les villes montrent que beaucoup n’ont pas accès à l’école, aux soins de santé et à l’assainissement malgré la proximité de ces services. Cette histoire fait partie d’une série d’article illustrant les besoins de ces enfants.

ABIDJAN, Côte d'Ivoire, 21 février 2012 – Après une dispute avec son père, Junior Coulibaly, 9 ans, a quitté son foyer en colère. C’était un vendredi après-midi au milieu du mois de janvier 2011. Six mois se sont écoulés avant qu’il ne revoie son père.

VIDÉO: 31 janvier 2012 - le reportage de la correspondante de l'UNICEF, Eva Gilliam, sur la séparation du jeune Michel, sept ans, de sa famille pendant les violences en Côte d'Ivoire.  Regarder dans RealPlayer

 

Junior jouait dans son quartier, Yopougon, l’un des plus grands bidonvilles du pays, lorsque le conflit a éclaté suite aux tensions grandissantes liées aux élections présidentielles six semaines plus tôt.

« Ce quartier a été parmi les plus affectés », explique Yassindou Coulibaly, le père de Junior. « Il était très dangereux, en particulier pour les hommes, alors j’ai dû partir, plutôt que de risquer ma vie ».

Seul dans la ville

Les violences qui ont suivi les élections de 2011 ont séparé de nombreux enfants de leurs familles. Mais même en temps normal, des enfants se retrouvent séparés de leurs familles pour diverses raisons.

Il s’agit d’un problème particulièrement présent dans les agglomérations urbaines. De nombreux enfants migrent dans les villes à la recherche d’un travail ou d’une scolarisation. La plupart s’y rendent avec leur famille, mais parfois ils arrivent seuls, vulnérables à l’exploitation. Et trop souvent, ces enfants se retrouvent privés des opportunités mêmes qu’ils étaient venus chercher.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Côte d'Ivoire/2011/Gilliam
Junior Coulibaly, 9 ans, a été séparé de sa famille à Abidjan, en Côte d'Ivoire, lors de la crise qui a suivi les élections. Depuis, il a retrouvé sa famille.

« Si les environnements urbains disposent généralement de plus de services, comme l’eau, l’électricité, les écoles, et les soins de santé, cela ne signifie pas que tout le monde y a accès », explique Laetitia Bazzi, responsable de la Protection de l’enfance pour l’UNICEF en Côte d'Ivoire. « C’est notamment le cas pour les enfants migrants qui sont extrêmement pauvres ».

Ces enfants ont tendance à vivre dans des bidonvilles avec un mauvais assainissement, un accès réduit à l’eau potable et des écoles surpeuplées. 

Les enfants vivant dans les quartiers de taudis peuvent quitter leur foyer pour échapper à ces conditions, mais se retrouvent dans des conditions encore pires une fois seuls. « Ils n’ont pas de soutien parental, et subissent souvent des traitements abusifs, parfois dans le cadre d’un travail, ou dans la rue », affirme Laetitia Bazzi. 

La survie des enfants séparés

Junior a trouvé refuge au Centre Sauvetage d’Abidjan situé dans le centre ville d’Abidjan. Le programme est géré par le Bureau international catholique de l’enfance (BICE) et appuyé par l’UNICEF.

Image de l'UNICEF
© UNICEF video
Michel, 7 ans, a été séparé de sa famille lors des violences qui ont suivi les élections en Côte d'Ivoire. Il a passé sept mois dans le Centre Sauvetage d’Abidjan appuyé par l’UNICEF pendant que des agents sociaux recherchaient sa famille.

Le conflit a mis en évidence le problème des enfants non accompagnés, affirme Berté Kafiné, coordinatrice du centre. « Lorsque la crise a frappé, nous avons reçu énormément d’enfants ici, explique-t-elle. Certains enfants avaient marché plus de 20 km, fuyant les zones sensibles des taudis, au point de se retrouver complètement perdus, et de suivre la direction des immeubles de la ville. D’autres ont été amenés par des inconnus qui les avaient trouvés dans la rue. Et d’autres encore venaient des zones rurales, à l’origine avec leurs parents, jusqu’à ce qu’ils se retrouvent séparés ».

Berté Kafiné et l’équipe du centre offrent une stabilité aux enfants non accompagnés, en proposant des lits, des repas, des leçons et des loisirs. Des services de soutien psychologique, tout aussi importants, sont également proposés pour aider les enfants à gérer le stress lié à la séparation.

Les retrouvailles avec les parents

Les agents du Centre Sauvetage d’Abidjan accompagnent les enfants dans les démarches judiciaires et administratives, afin de les aider à retrouver leurs familles ou de leur garantir sécurité et stabilité.

Image de l'UNICEF
© UNICEF video
Beaucoup d’enfants se rendent à Abidjan, la plus grande ville de Côte d'Ivoire, à la recherche d’un travail ou d’une scolarisation.

« Souvent les retrouvailles sont un moment joyeux, mais parfois les enfants gardent un souvenir si négatif de la séparation qu’ils peuvent subir à nouveau un traumatisme », explique Berté Kafiné.

D’autres enfants peuvent ressentir qu’ils n’ont plus leur place chez eux; l’UNICEF et ses partenaires s’efforcent de garantir que les retrouvailles soient saines et durables, en apportant parfois une participation aux frais de scolarité ou un appui psychologique aux familles. 

Berté Kafiné sait que la vie citadine peut parfois être très difficile pour un enfant.

« Dans la ville, c’est chacun pour soi. Le réflexe instinctif d’aider les enfants du quartier n’est plus. C’est pourquoi nous sommes ici. Et je peux vous dire que cela fait la différence », explique-t-elle.

De retour à Abobo avec sa famille, Junior a déjeuné avec sa famille dans une petite cour étroite. Son père a affirmé qu’ils ne se disputaient plus au sujet du travail scolaire ou des tâches ménagères.

« Quelque chose avait changé quand il est rentré à la maison », affirme Yassindou Coulibaly. « Il est tout le temps avec moi, et aide même son petit frère et sa petite soeur à faire leurs devoirs. C’est comme s’il voulait être ici de tout son coeur. Et j’en suis si heureux, si fier ».


 

 

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