Côte d'Ivoire

Traite d’enfants en Côte d’Ivoire : des efforts pour renverser une tragique tendance

Image de l'UNICEF
© UNICEF Côte d’Ivoire/2006/Brioni
Des élèves d’une école au nord de la Côte d’Ivoire, près du village de Douakankro, placent leur tête dans les trous d’un mur décoratif; les enfants de cette région risquent d’être victimes de la traite.

Par Blue Chevigny

Cette année, l’UNICEF marque la Journée de l’enfant africain, le 16 juin, en soutenant l’appel de l’Union africaine pour mettre fin à la traite d’enfant. Voici un aperçu de la situation en Côte d’Ivoire, pays de l’Afrique de l’Ouest.

NEW YORK, USA, 14 juin 2007 – Youssouf Oomar, Représentant de l’UNICEF en Côte d’Ivoire, affirme que la traite est un grave problème de protection de l’enfant dans ce pays et dans toute l’Afrique de l’Ouest.

Dans certains pays africains il est de tradition d’envoyer les enfants au loin pour qu’ils deviennent apprentis ou commerçants, mais cette pratique s’est modifiée au fil des générations, note M. Oomar dans une interview avec Radio UNICEF. « Aujourd’hui, c’est quasiment devenu une vraie entreprise, il y a des intermédiaires qui paient les parents, et les enfants deviennent victimes de la traite, » dit-il.

« C’est devenu plus grave, car il faut savoir que ces enfants sont privés d’éducation, de leur enfance », ajoute M. Oomar. « Et ils sont amenés dans des pays pour y faire des travaux qui mettent leur santé en danger. Les filles deviennent domestiques, les garçons travaillent dans les champs mais leur travail n’est pas rétribué à sa juste valeur. Ils sont exploités.”

Coopération avec les gouvernements et les rebelles

En vertu des normes internationales, un « enfant victime de la traite » a moins de 18 ans et il a été recruté, transporté, déplacé, utilisé ou reçu comme main-d’œuvre en vue d’être exploité. La traite peut se passer dans un seul pays ou être transfrontières.

La Côte d’Ivoire est devenue à la fois un point de départ et d’arrivée du trafic d’enfants. M. Oomar et son équipe ont travaillé étroitement avec le gouvernement, ainsi qu’avec les factions rebelles au nord du pays, sur des accords dont le but est d’enrayer la vague de ce commerce d’êtres humains.

Dans le passé, lorsque le nord du pays était en proie à la violence, les frontières étaient poreuses et la traite facile. Aujourd’hui le processus de paix, qui a débuté en mars, permet aux deux anciennes forces belligérantes de travailler ensemble. Récemment, avec leur coopération, l’UNICEF a pu intercepter 100 enfants victimes du trafic. 

« Nous sommes convaincus que la meilleure stratégie consiste à  travailler le long des frontières, là où les enfants entrent et sortent, explique M. Oomar, nous nous arrangeons pour qu’ils soient pris en charge, logés correctement et nous organisons leur retour – en toute dignité, évidemment.”

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© UNICEF Côte d’Ivoire/2006/Brioni
Enfants dans un camion dans le village de Man, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire.

Exploitation à grande échelle

La nature invisible et clandestine de ce trafic qui se poursuit fait que la collecte d’informations fiables et l’estimation du nombre d’enfants victimes de trafic, à quelque étape que ce soit, sont très difficiles.

Cependant, on sait qu’à l’intérieur de la Côte d’Ivoire la principale forme de trafic concerne des enfants de zones rurales amenés vers des agglomérations urbaines plus riches.

De même, des enfants des pays voisins comme le Burkina Faso, le Togo et le Mali sont emmenés vers la Côte d’Ivoire pour travailler dans les exploitations agricoles de cacao, un secteur solide, ou d’autres secteurs ayant recours à la main d’œuvre enfantine. Leurs droits ne sont pas respectés et ils risquent d’être exposés à de nombreuses formes d’exploitation  et de mauvais traitements.

Causes et solutions

Il existe beaucoup de causes au phénomène de la traite d’enfants, et toutes sont présentes à des degrés divers en Côte d’Ivoire. La pauvreté et le manque d’éducation sont particulièrement importants. 

« La prévention a toujours un lien avec le système scolaire, », affirme M. Oomar. « Tant que les enfants pourront aller à l’école – et que leurs parents comprendront l’importance de l’éducation et auront les moyens d’y envoyer leurs enfants – les parents n’enverront pas leurs enfants au loin pour qu’ils risquent d’être exposés à toutes sortes de pratiques dangereuses. »

L’UNICEF et ses partenaires travaillent de concert pour développer des solutions à ce problème tragique. En ce moment, ils se concentrent sur :

  • Le renforcement de la législation et l’application de la loi pour mettre fin à la traite des enfants
  • L’aide aux victimes de la traite, y compris une assistance médicale et psychologique ainsi qu’un soutien pour leur réinsertion et leur retour
  • De nouveaux partenariats avec le gouvernement, la société civile et autres acteurs en Côte d’Ivoire de la protection des jeunes.

Sont aussi en préparation des mesures pour mettre en place une conférence réunissant les pays de toute la région. Son but : donner à la question, sur l’agenda de la communauté internationale, la priorité qui lui revient.


 

 

Audio (en anglais)

12 juin 2007:
Blue Chevigny, Animatrice radio de l’UNICEF, s’entretient avec Youssouf Oomar, Représentant de l’UNICEF en Côte d’Ivoire, au sujet de la traite des enfants.
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