Côte d'Ivoire

Un nouveau programme cherche à enseigner la paix en Côte d’Ivoire

Image de l'UNICEF
© UNICEF Côte d’Ivoire/2005
À l’école primaire Abobo d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, un jeune garçon lève son ardoise où figurent ces mots « la paix ».

Par Sarah Crowe

ABIDJAN, Côte d’Ivoire, 11 mai 2005 – Non loin des scènes de guerre et de conflit, entraînées par les troubles civils qui divisent en ce moment la Côte d’Ivoire, les élèves de l’école primaire d’Abobo, dans la capitale du pays, Abidjan, se familiarisent avec la paix.

Dans une classe dont l’enseignant est Florence Abo Kossia, les élèves viennent d’écrire des mots de paix sur leur ardoise, comme « pardon », « réconciliation » et « paix » et bien d’autres. Les élèves attendent impatiemment l’approbation de leur maîtresse.

La guerre n’est pas la seule calamité à avoir frappé ces derniers temps la Côte d’Ivoire. Les livres des élèves sont ouverts sur une leçon qui traite des criquets, un fléau ordinaire dont les ravages ont des conséquences presque aussi meurtrières que ceux de la guerre.

« Lorsque les criquets arrivent, quelle est la première chose à faire pour les récoltes ? », demande l’institutrice, Mme Abo Kossia. Des mains se lèvent. « Les protéger », répond une élève de 10 ans aux grands yeux candides, vêtue d’un uniforme scolaire en vichy bleu.

En parlant de la protection, la classe est amenée à aborder le thème des droits de l’enfant. « Qu’est-ce qui est le plus important pour un enfant ? », demande l’enseignante. Un petit garçon intrépide se porte volontaire pour donner la première réponse : « Le droit de s’amuser. »

Un nouveau programme pour enseigner la paix

Dans un bon nombre de salles de classe du sud de la Côte d’Ivoire, on enseigne maintenant la paix et la réconciliation à des enfants dont le pays est cruellement divisé par la guerre, dans le cadre d’un nouveau programme éducatif.

À la fin de l’année dernière, en collaboration avec le Ministère de l’Éducation, l’UNICEF et ses partenaires ont créé un nouveau programme dont le but est de favoriser la paix en familiarisant l’esprit des enfants à cette notion. Ce programme enseigne également que la protection, la paix et la tolérance ne sont pas de vains mots.

« En raison de cette guerre en Côte d’Ivoire, nous avons pensé que si des gens en venaient à se battre, c’est qu’ils n’avaient pas le sens de la paix. Nous les enseignants, nous avons en charge les enfants et nous devons favoriser cette culture de paix de telle sorte qu’ils puissent grandir et se développer dans de bonnes conditions », dit Mme Abo Kossia.

« Ils sont encore petits mais ce sont les citoyens de demain et il est même possible que le [futur] président de la république se trouve à présent justement dans ma classe. Si le président n’a aucune notion de la paix, comment peut-il diriger son pays ? ».

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© UNICEF Video
Une jeune fille lève son ardoise où figurent les mots 'le pardon' et 'la reconciliation'.

La réconciliation n’est pas seulement un slogan

Les enseignants ont déjà pu constater les résultats d’un enseignement de la paix chez leurs élèves. Il y a peu de temps, les divisions ethniques qui alimentaient la guerre civile se sont introduites dans la salle de classe. Les élèves des pays voisins, du Burkina Faso, du Mali et de Guinée, avaient tendance à rester ensemble, à ne parler que dans leur langue locale et à se tenir à l’écart de leurs camarades de classe ivoiriens. Ils étaient l’objet de sarcasmes et de moqueries du fait qu’ils étaient étrangers.

« À présent, il est vraiment étonnant de voir le rapprochement qui s’est produit. Ils jouent gentiment ensemble et tous se parlent en français. Ils abordent même avec leurs parents la question de la réconciliation », a observé Mme Abo Kossia.

« Grâce au programme Paix et Tolérance, nous avons été en mesure d’atteindre des milliers d’enfants qui sans cela n’auraient reçu que des messages de haine et de méfiance. Le programme nous permet de contrebalancer ces messages lors de chaque leçon étudiée en classe », a expliqué le Représentant de l’UNICEF en Côte d’Ivoire, Youssouf Omar. « Nous espérons ainsi que la réconciliation et la paix ne sont pas seulement des slogans sur les murs de leur classe ».

Retards de mise en œuvre dans la région nord

Jusqu’ici, le programme n’a été mis en œuvre que dans le sud. Dans la région du nord, tout particulièrement touchée par le conflit, l’enseignement a été paralysé. Les écoles ont été fermées sine die et environ 72 000 élèves sont actuellement dans l’impossibilité de passer leurs examens de fin d’année.

Certains élèves parmi les plus âgés, qui ont perdu des années d’enseignement cruciales, se sont lancés dans des actions désespérées.

« Les élèves font n’importe quoi. Ils vendent des choses et certains sont même forcés à se prostituer pour pouvoir aller à l’école », a déclaré une élève de 16 ans, Sarah Kulibali. « Ils n’ont personne qui se préoccupe de leurs besoins et paye les frais de scolarité. Tout ça, c’est la faute de la guerre ».

Cette année, l’ancienne Directrice générale de l’UNICEF, Mme Carol Bellamy, et le Sous-secrétaire général aux affaires humanitaires des Nations Unies, M. Jan Egeland, ont adressé une lettre urgente au Président Laurent Gbagbo, au nom des élèves. Cette lettre demandait au Président d’intervenir et de faire en sorte que les examens puissent avoir lieu. En outre, Mme Bellamy et M. Egeland ont souligné l’importance de l’éducation comme moyen de parvenir à la tolérance et à la réconciliation.

La signature en avril de l’Accord de paix de Pretoria, sous les auspices du Président sud-africain Thabo Mbeki, constitue une réussite encourageante. L’Accord de paix ouvre la voie à des élections devant être tenues en octobre, et le chef de l’opposition ivoirienne en exil, Alassane Ouattara, pourra se porter candidat.

Grâce à la résolution pacifique de la crise ivoirienne, on espère que les examens pourront enfin avoir lieu et que le nouveau programme sera appliqué dans le nord également.


 

 

Vidéo (en anglais)

11 mai 2005 :
Sarah Crowe, de l’UNICEF, rend compte d’un nouveau programme d’enseignement de la paix et de la tolérance aux enfants de Côte d’Ivoire.

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