Comores

Briser le silence sur les violences contre les enfants

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© UNICEF Comoros
Des jeunes filles étudient dans une école coranique. De nombreux parents, incapables de payer pour les études de leurs enfants, les envoient à l’école coranique où l’enseignement est gratuit.

Par Marlies Lensink

MUTSAMUDU, Comores, 2 décembre 2005 –  « Une jeune fille violée meurt après son accouchement », c’est le titre que l’hebdomadaire comorien « Kashkazi » a donné à son article racontant l’histoire d’une fille de 11 ans violée par un enseignant dans une école coranique. Enceinte à la suite de cette agression, elle est morte peu après avoir accouché. Aux Comores, l’UNICEF a mené une enquête sur les circonstances du décès.

L’histoire d’Amina

À Mutsamudu, la capitale d’Anjouan, une des petites îles de l’Océan indien qui forment l’archipel des Comores, Amina Isiaka était une fille comme les autres. Née dans une famille de dix enfants, elle fréquentait une école primaire.

Assise devant la petite case familiale, la mère d’Amina raconte le destin tragique de sa fille. La jeune fille venait d’assister à la projection d’un film en plein air. « Alors que les enfants partaient, un enseignant de l’école coranique qui vit dans le quartier a attiré Amina à l’intérieur d’une maison voisine. Il lui a dit que son père la demandait au téléphone. »

Un voisin a vu la jeune fille entrer dans la case et a averti la mère de l’incident. Honteuse, Amina a d’abord refusé de raconter ce qui lui était arrivé ce soir là. Finalement, elle a confessé avoir été violée par le foundi (le nom donné aux maîtres d’école coranique aux Comores), un homme de 45 ans. Amina s’est retrouvée enceinte et a essayé pendant sept mois de dissimuler sa grossesse.

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L’UNICEF des Comores joue un rôle actif dans les domaines suivants : protection des enfants, VIH/SIDA, paludisme affectant les femmes enceintes et les enfants, éducation des filles et développement intégré de la petite enfance.

Violences contre les enfants aux Comores : Faits et chiffres

La violence à l’encontre des enfants est un problème largement répandu aux Comores. L’UNICEF a financé en 2002 trois études couvrant les îles de Grande Comore, Anjouan et Mohéli, afin d’évaluer au niveau du pays la problématique de la protection des enfants entre 1998 et 2002. Le rapport a constaté qu’en plus d’être victimes de violences physiques et psychologiques, un nombre alarmant d’enfants subissait des agressions sexuelles. La majorité des agressions documentées avait lieu dans le cadre familial et impliquait de proches parents. L’âge moyen des victimes était de 13 ans.

Sur l’île de Mohéli, la plus petite de l’Union des Comores qui compte 13 000 habitants, 142 victimes ont été interviewées. Plus de la moitié de ces enfants âgés de 14 à 16 ans avaient été victimes d’agression sexuelle. Six pour cent des victimes de moins de 13 ans avaient été violées.

Selon Fatima Bacar, directrice de la « Cellule d’écoute », un centre de soutien psychologique appuyé par l’UNICEF qui s’occupe des enfants victimes de violence et d’agressions sexuelles, 20 enfants au minimum ont été victimes de viol sur l’île d’Anjouan cette année, plusieurs d’entre eux de la part de maîtres d’école coranique.

Les violences contre les enfants sont un sujet tabou dans la société comorienne et de nombreuses familles ne rapportent pas les incidents qui se produisent. Souvent, les parents d’une victime préfèrent « s’arranger » avec la famille de l’agresseur. Dans le cas d’Amina, l’agresseur avait promis de verser 225 000 FC (environ 550 dollars) à Amina pour entretenir la jeune fille pendant sa grossesse et de l’épouser après son accouchement.

Briser le silence sur les violences contre les enfants

En raison de son très jeune âge, on avait conseillé à Amina d’accoucher dans un hôpital. Après un accouchement difficile, elle a donné naissance à un petit garçon, mais est morte le lendemain. Le nouveau-né est mort trois semaines après.

La famille d’Amina n’a reçu aucun dédommagement de l’agresseur et pourtant ne va probablement jamais le poursuivre en justice. Selon Fatima Bacar, ce n’est pas du tout inhabituel dans ce genre de cas : « C’est un exemple clair d’abus de pouvoir. »

De concert avec des organisations de la société civile comorienne comme la Fondation comorienne des Droits de l’homme, l’UNICEF des Comores essaie d’attirer l’attention des autorités locales sur ces problèmes et de créer un environnement qui assure une meilleure protection aux enfants.

Le nom de la victime a été changé afin de préserver son anonymat.

Sabine Dolan a contribué à la rédaction de cet article à partir de New York.


 

 

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