Tchad

Au Tchad, lutter contre la crise nutritionnelle est loin d’être facile

La dégradation de l’environnement, l’accès limité aux établissements médicaux et le manque de sensibilisation de la population sont parmi les facteurs qui contribuent à la crise nutritionnelle à l’est du Tchad.

 

Par Alex Duval Smith

La réduction de la malnutrition chez les enfants à l’est du Tchad exige une amélioration des établissements médicaux et une meilleure sensibilisation de la population, deux défis à relever dans un environnement caractérisé par la pauvreté, les grandes distances et une dégradation de l’environnement. 

ABÉCHÉ, Tchad, 12 décembre 2013 – Mariam et Abdallah sont deux très jeunes enfants issus de familles du même niveau de pauvreté vivant à l’est du Tchad, l’un des environnements les plus durs de la planète. Et tous deux ont perdu, à cause de la malnutrition, l’étincelle qui brillait dans leurs  yeux. Pourtant, il y  a une différence énorme entre leurs chances respectives de survie. 

Image de l'UNICEF
© UNICEF Video
Dans la région d’Ouaddaï, à l’est du Tchad, la malnutrition aiguë sévère touche presque 3% des enfants de moins de 5 ans, la plaçant au-dessus du seuil d’urgence. Les agents sanitaires locaux, les visites mensuelles des dispensaires itinérants et les campagnes de sensibilisation figurent parmi les moyens mis en œuvre pour combattre la malnutrition.

Sous le plus grand arbre du village de Kelingan, Mariam, 14 mois, se tient sur les cuisses de sa mère, faible mais calme. Hawai Mahamat s’est jointe à un groupe de deux douzaines de mères allant à un dispensaire mobile. Une équipe d’agents sanitaires venus de la ville la plus proche, Abéché, assure les vaccinations et la prévention du paludisme et donne des conseils sur la nutrition. 

« Elle semble être la plus faible de la famille, » dit Mahamat qui, à 21 ans, est mère de quatre enfants et est enceinte de six mois. « Le cas de Mariam est un cas classique de malnutrition modérée, » dit Ache-Moussa Abderamane, l’infirmière qui effectue des visites dans le village, à Mahamat. « Vous avez cessé de l’allaiter au sein. Si vous aviez continué à le faire, elle ne serait pas dans cet état, avec de la fièvre et la diarrhée. »  

Mahamat explique qu’aussitôt après la naissance de Mariam, elle a introduit du bouillon et de l’eau dans son régime alimentaire. Aussitôt qu’elle a su qu’elle était de nouveau enceinte, elle a purement et simplement cessé d’allaiter Mariam au sein. Elle affirme : « On ne peut pas allaiter un enfant au sein quand on est enceinte d’un autre. Le lait d’une femme enceinte est tourné, » dit-elle face aux hochements de tête approbateurs de ses amies.  L’infirmière, Ache-Moussa Abderamane, âgé de 38 ans, attrape un gros bloc-notes à spirales. Elle se met à leur poser une série de questions axées sur les substances nutritives indispensables et les vertus de l’allaitement exclusif au sein durant les six premiers mois de la vie.    

Lutte pour la vie

À deux heures d’ici à dos d’âne, sur un lit rouillé dans l’austère service de pédiatrie de l’hôpital régional d’Abéché, Abdallah, 20 mois, se tient sur les genoux de sa mère, Hawa Ahmat, 25 ans. Il a une sonde attachée au visage. Sa tête retombe sur l’avant-bras de sa mère. Il est en train de se battre pour sa vie et son corps fébrile rejette les aliments. Les infirmières ont pansé ses mains pour l’empêcher d’arracher la sonde d’alimentation.   

Selon une étude menée en 2013, la malnutrition aiguë sévère chez les enfants de moins de 5 ans dans la région du Ouaddaï, où se trouvent Abéché et Kelingan, s’élève à 2,6%. L’Organisation mondiale de la Santé classe un taux de malnutrition aiguë sévère s’élevant à 2% ou plus comme correspondant à une situation d’urgence nutritionnelle.  

Dans le paysage brûlé par le soleil de l’est du Tchad, de nombreux facteurs contribuent à cette situation désespérée. Les infrastructures médicales sont réduites au minimum. Et le changement climatique transforme le paysage en un monde de poussière.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Video
Une saison des pluies réduite et ayant entraîné de maigres récoltes a également contribué à l’augmentation des taux de malnutrition.

Khadidja Chaib Mahamat, une infirmière de l’hôpital régional d’Abéché, tente de comprendre pourquoi Abdallah est parvenu à un tel état de faiblesse. Sa mère explique qu’elle n’allaite plus le garçon au sein parce qu’elle est enceinte de cinq mois. Elle attend sont huitième enfant.

« J’ai arrêté il y a trois mois pour éviter de faire du mal au bébé. Je lui donnais du bouillon de viande, » dit-elle.

Voici deux semaines, quand Abdalah a perdu l’appétit, Hawa Ahmat l’a amené à l’hôpital. Il pesait 6,6 kilos et mesurait 72 cm. Il avait des ampoules aux pieds et des écoulements blanchâtres  - du muguet buccal -  sortaient de sa bouche. Le personnel avait immédiatement décelé un cas de malnutrition aiguë sévère.

Depuis son admission, le poids du garçon est tombé à 5,3 kg. « Il a baissé parce que nous avons soigné les ampoules et l’eau qu’elles contenaient s’ajoutaient au poids, » dit Khadidja Chaib Mahamat. « Aujourd’hui, nous espérons que la tendance va s’inverser mais il ne sortira pas de l’établissement tant qu’il n’atteindra pas un poids fixé à 7,9 kilos. » 

Le rôle crucial de l’information 

« Il y a quinze enfants atteints de malnutrition aiguë sévère dans le service de pédiatrie de l’hôpital d’Abéché, » constate Khadidja Chaib Mahamat, l’infirmière. Elle a passé dix ans dans le service sans observer la moindre amélioration dans ce que savent les mères de la nutrition. « Aujourd’hui, nous sommes mieux capables de faire face à la situation, dit-elle. L’UNICEF finance vingt-et-un membres du personnel et soutient les neuf d’entre nous qui sont payés par le gouvernement. »

Le Gouvernement tchadien, épaulé par l’UNICEF, a décidé de faire plus pour améliorer les chances des bébés du pays. Une politique nationale de nutrition vient juste d’être mise en place.

« Mais aucun de ces enfants ne seraient ici si les mères étaient mieux informés, » dit-elle. « Nous leur parlons d’allaitement au sein, de nutrition et de contraception mais lorsqu’elles viennent ici tout ce à quoi elles pensent, c’est la à la survie de l’enfant. Alors elles partent, tombent de nouveau enceintes et refont les mêmes erreurs. »

L’UNICEF, avec l’appui le Service d'aide humanitaire et de protection civile de la Commission européenne (ECHO),  apporte un filet de sécurité en vue de l’obtention de meilleurs résultats. Des agents sanitaires locaux ont été formés et le nombre de dispensaires mobiles effectuant des tournées mensuelles – comme celui d’ Ache-Moussa Abderamane à Kelingan, où le cas de malnutrition modérée de Mariam a pu être détecté – est en augmentation. Les stations de radio locales et des  crieurs publics équipés de mégaphones diffusent  des informations liées à la nutrition. 

La petite Mariam est l’exemple d’un cas de malnutrition qui a été pris à temps. Elle devrait pouvoir retrouver toute sa santé sans devoir être admise dans un hôpital.

Quand elle ne se trouve pas à Kelingan ou dans l’un des trois autres villages où elle effectue chaque mois une visite sur sa motocyclette, on peut trouver Ache-Moussa Abderamane à Abéché où elle dirige un dispensaire.

« L’information joue un rôle crucial et nous devons y consacrer bien plus de moyens, » dit-elle.


 

 

Photographie : Renforcer la sécurité nutritionnelle

 

Une promesse renouvelée


Pour plus d'information 
A Promise Renewed  
(Site web en anglais)

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