Tchad

L’assainissement piloté par la communauté sauve des vies dans le Tchad rural

Par Guy Hubbard

N’DJAMENA, Tchad, le 8 mai 2012 – « C’est arrivé une nuit d’avril », explique Annour. « Notre enfant a été pris de vomissements et de diarrhées à répétition. Nous lui avons donné de l’eau, en pensant que ça passerait, mais ça a continué. Au centre de santé du village, personne ne savait de quoi il s’agissait, c’est pourquoi le lendemain matin nous avons décidé de l’emmener à l’hôpital de N'Djamena. Mais il est mort en chemin ».

À l’hôpital, les agents sanitaires ont expliqué l’origine du décès du fils d’Annour.

« Ils nous ont dit que c’était le choléra », explique-t-il. « Ils m’ont dit de traiter l’eau et de nettoyer tous les ustensiles avec lesquels il avait été en contact et tous les endroits où il avait été malade avec du chlore, et de me débarrasser de toute sa literie et ses vêtements sales », explique Annour. « Mais pour moi, ce n’était pas suffisant ».

© UNICEF video
VIDÉO (en anglais) : le 10 février 2012 – Le correspondant de l’UNICEF Guy Hubbard fait le point sur un programme de l’UNICEF pour l’amélioration de l’assainissement au Tchad rural.  Regarder dans RealPlayer

 

Depuis, il a entamé une croisade contre le choléra.

« J’ai assisté à un atelier où j’ai pu comprendre les modes de transmission du choléra et l’importance de l’hygiène. J’ai commencé à sensibiliser les habitants de mon village ».

Un mauvais accès à l’assainissement de base

Le Tchad a l’un des taux les plus bas du monde en matière d’accès à l’eau potable et aux services d’assainissement. En conséquence, les épidémies de maladies comme la polio, la méningite et le choléra sont récurrentes. Alors que l’accès à l’eau salubre et à l’assainissement s’améliore dans les zones urbaines, les enfants des zones rurales sont presque toujours exposés à ces maladies liées à l’assainissement.

L’an dernier, plus de 17 000 cas de choléra ont été recensés au Tchad, avec 459 décès. Mais grâce aux efforts d’Annour, le village de Fadje a pu être protégé et n’a pas été affecté.

L’atelier auquel Annour a participé était organisé par l’UNICEF en partenariat avec « Healthy Schools, Healthy Homes », une Organisation non gouvernementale qui promeut les pratiques d’hygiène.

Ces ateliers s’inscrivent dans le cadre d’une approche d’« assainissement total piloté par la communauté » pour l’amélioration de l’assainissement et de l’hygiène dans les régions rurales. L’approche s’adresse aux communautés locales et vise l’autonomisation des résidents pour mettre fin à la défécation à l’air libre et construire et entretenir des latrines convenables.

Image de l'UNICEF
© UNICEF video
Des habitants du village de Fadje, dans le Tchad rural, profitent d’une eau fraîche et propre dans le cadre du programme de l’UNICEF pour la promotion de l’hygiène et de l’assainissement.

L’amélioration de la santé communautaire

Amina Ramadane gère « Healthy Schools, Healthy Homes ». Elle se déplace de village en village, sensibilisant les communautés à l’assainissement et l’hygiène.

« Nous leur montrons de la matière fécale et de la nourriture », explique-t-elle, « puis ils voient les mouches se déplacer de la matière fécale à la nourriture et de la nourriture à la matière fécale, et ils comprennent. Certaines personnes ont même tendance à se sentir mal et d’autres se précipitent pour commencer à construire leurs propres latrines ».

Sur les 30 villages avec lesquels Madame Ramadane a travaillé en 2011, 20 ont déjà un accès total aux latrines. Les communautés imposent leurs propres règles, et dans des villages comme Fadje, il est devenu obligatoire pour chaque foyer d’avoir des latrines et que chaque membre de la famille les utilise.

Les latrines représentent également une amélioration pour l’intimité et la dignité des familles.

« Je suis non-voyant et ne peux donc voir personne, alors quand j’allais dehors pour aller aux toilettes, je ne savais pas qui était là et qui me voyait », explique Mahamat Seid. « C’est pourquoi j’ai décidé de construire mes propres latrines. De plus, personne ne savait que nos maladies venaient des excréments à l’extérieur, mais grâce à ce projet, tout le monde est désormais au courant et notre village est propre ».

Les familles ont aussi adopté d’autres pratiques d’hygiène saines, comme la chloration de l’eau de boisson et le lavage des mains avec du savon, qui les protègent encore davantage de la maladie.

Sauver des vies, un village après l’autre

Ce projet est en cours d’implantation dans huit régions du Tchad.

Depuis son lancement, 202 villages ont réalisé une couverture de 100 pour cent en latrines, et acquis des conditions de vie plus hygiéniques et plus saines.

Le Tchad a encore du chemin à parcourir avant d’atteindre la cible des Objectifs du Millénaire pour le développement visant, d’ici 2015, la réduction de moitié du pourcentage de sa population n’ayant pas accès à l’eau potable salubre et à l’assainissement de base. Mais grâce aux efforts de personnes comme Annour et Madame Ramadane, et avec l’appui de l’UNICEF, le pays sauve des vies un village après l’autre.


 

 

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