Tchad

Alors que la crise alimentaire s'aggrave au Tchad, l'UNICEF renforce l'alimentation thérapeutique

Image de l'UNICEF
© UNICEF Tchad/2010/Gangale
Hissène, 18 mois, avec sa mère Eta Brahim dans un centre de nutrition, à Moussoro, au Tchad, où il reçoit des aliments thérapeutiques.

Par Anne Fouchard

MOUSSORO, Tchad, 13 mai 2010 – Cela ne faisait aucun doute : quand il est arrivé au centre de nutrition de Moussoro, une ville de l'ouest du Tchad balayée par la poussière, Hissène, 18 mois, avait besoin d'être soigné. 

Fatimé, une responsable de la nutrition qui accueille les enfants au centre, a immédiatement reconnu les symptômes. Quand elle a mesuré la circonférence de la partie médiane du bras d'Hissène, le marqueur du bracelet est passé dans la zone rouge, ce qui est signe de danger.

Une crise généralisée

Hissène n'est pas un cas isolé. Il est l'un des nombreux enfants souffrant de malnutrition grave du Tchad qui, en 2010, auront besoin d'aide. À ce jour, cette année, les centres de nutrition appuyés par l'UNICEF comme celui de Moussoro ont admis deux fois leur nombre habituel d'enfants sous-alimentés.

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Eta Brahim avec son bébé, Hissène dans un centre de nutrition de Moussoro, au Tchad. Avant de recevoir des aliments thérapeutiques riches en nutriments, Eta Brahim apprend comment se laver les mains et celles de ses enfants.

Moussoro, la capitale de la province de Bar-El-Ghazel, est située dans la région semi-aride du Sahel, en Afrique. La malnutrition aiguë parmi les enfants y est au-dessus du seuil d'alerte de 15 pour cent depuis une décennie. Mais cette année, alors que la région risque une saison des pluies irrégulière et au-dessous de son importance habituelle, les perspectives sur la sécurité alimentaire semblent encore bien pires. La population a déjà utilisé ses réserves alimentaires. Le bétail meurt et les récoltes sont mauvaises.

Depuis avril 2009, un réseau implanté au niveau des communautés locales a été constitué au Tchad pour lutter contre la malnutrition. Des équipes mobiles se rendent de village en village, formant et supervisant des bénévoles choisis par la communauté pour détecter la malnutrition et envoyer les enfants qui en sont victimes dans des centres d'alimentation de jour. Grâce à ces examens locaux, les responsables de la santé espèrent déceler et soigner plus tôt la malnutrition.
Quarante-quatre autres centres d'alimentation ouvriront en 2010 pour faire face à la crise.

Alimentation thérapeutique

Tandis qu'Hissène et sa mère, Eta Brahim, attendaient au centre la petite pièce s'est emplie de mères et d'enfants, nombre d'entre eux étant également atteints de malnutrition sévère aiguë. Les enfants se trouvant dans ces situations extrêmes ont besoin d'une alimentation spéciale et de soins médicaux pour se rétablir. Dans les centres de nutrition comme celui-ci, les mères reçoivent chaque semaine des aliments thérapeutiques pour leurs enfants. 

Hissène a rencontré un agent chargé de la nutrition et a reçu un sachet d'aliments thérapeutiques prêts à l'emploi. D'abord, l'enfant affaibli a toussé et refusé la préparation. Mais Eta Brahim a poursuivi ses tentatives, plaçant pour lui sur son doigt un peu de la substance à base d'arachide qui ressemble à du beurre. Hissène l'a finalement avalée et cessé de se renfrogner.  

Cet enfant sous-alimenté était malade depuis environ deux mois mais Eta Brahim n'avait pas l'argent pour le mener en ville. Alors, une équipe mobile lui a dit de se rendre à Moussoro pour obtenir une aide immédiate. Le jour suivant, à l'aube, elle est partie avec Hissène. Son mari est resté avec leurs quatre autres enfants et leur troupeau d'animaux.

« Nous vivons au jour le jour et espérons »

Hissène a attrapé le paquet de nourriture thérapeutique aux couleurs vives et a lancé des cris pour en avoir davantage, l'appétit lui revenant. Eta Brahim sourit. L'enfant se remettra bientôt. La semaine prochaine, elle se rendra de nouveau à Moussoro afin de l'alimenter avec cette pâte riche en nutriments.

Quand on lui demande si, cette année, la vie est difficile, Eta Brahim fait un signe positif de la tête. Sa famille a dû vendre ses chèvres, dit-elle, et « à des prix bradés », se nourrissant pendant ce temps avec seulement du maïs, une céréale bon marché qui est le seul aliment que la plupart des foyers peuvent ici s'offrir. Mais cela n'est pas suffisant pour les jeunes enfants qui ont besoin de davantage de nutriments pour grandir.

Eta Brahim dit qu'elle ne sait pas ce qui arriverait s'ils n'avaient plus de chèvres à vendre. « Nous vivons au jour le jour et espérons, » dit-elle. « Peut-être que si vous dites au reste du monde ce qui se passe ici, on nous aidera. »


 

 

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