Tchad

L’histoire de Hameed : au Tchad, d’anciens enfants soldats découvrent une nouvelle vie

« La Journée de la Main Rouge » a été célébrée

Image de l'UNICEF
© UNICEF/NYHQ2007-0242/Pirozzi
Un panneau peint signale que les armes sont prohibées dans le camp de Djabal, situé dans le sud-est du Tchad. Ce camp bénéficie de l’aide de l’UNICEF et abrite des réfugiés, qui ont fui le conflit actuel, dans la région soudanaise du Darfour.

La Journée de la Main Rouge, le 12 février, a lieu chaque année afin d’attirer l’attention sur la situation des enfants contraints de participer aux guerres et aux conflits armés. Elle marque l’anniversaire de la signature d’un protocole annexe de la Convention relative aux droits de l’enfant qui interdit l’utilisation d’enfants dans les conflits. L’histoire présente, qui se passe au Tchad, a trait à cette question.

Par Salma Zulfiqar

MOUSSORO, Tchad, 12 février 2010 – Le vsiage de Hameed (son nom a été modifié), 16 ans, se fige lorsqu’il évoque sa vie d’enfant soldat dans la région soudanaise du Darfour, en proie à des troubles. « Je ne me souviens plus du nombre de ceux que j’ai tués, et je n’y pense pas, » dit-il en traînant des pieds nerveusement.

En 2007, Hameed s’est enfui de chez lui, à N’Djamena, la capitale du Tchad, après avoir été brutalisé et volé à l’école.  « J’ai senti qu’il n’y avait pas de justice dans ce pays et je suis donc allé au Soudan, » explique-t-il, ajoutant qu’il avait rejoint un groupe de rebelles comme soldat et qu’il avait été affecté à la garde d’un barrage sur la grande route qui relie le Tchad au Soudan.

« Le commandant m’a donné une Kalashnikov » rappelle-t-il, en parlant de son arme. « J’étais responsable de mon groupe de soldats. »

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© Care International/2010
Un ancien enfant soldat se forme au métier de tailleur dans un centre de transit aidé par l’UNICEF, à N’Djamena, la capitale du Tchad.

Le processus d’un retour à la vie normale commence
Hameed a abandonné son groupe de rebelles lorsque la situation a commencé à échapper à tout contrôle. « Il y avait un conflit interne,» explique-t-il. « J’ai eu peur et je suis donc revenu au Tchad. »

 Il a traversé la frontière et cherché de l’aide dans la ville d’Abéché, dans l’Est du Tchad. Les autorités locales l’ont amené dans un centre de formation, ici, à Moussoro, où l’armée amorce un processus de recensement et de réinsertion des enfants pris dans un conflit. On détermine l’âge des anciens enfants soldats et on s’efforce d’obtenir d’eux toutes les informations possibles, pour les aider à retrouver leur famille.

La procédure est suivie et certifiée par le personnel de l’UNICEF.

Dans le cadre de sa réinsertion, Hameed va être envoyé dans un centre de transit géré par CARE International et aidé par l’UNICEF, à N’Djamena, où il va pouvoir rester jusqu’à trois mois. Il va avoir l’occasion d’étudier et d’acquérir de nouvelles techniques qui devraient l’aider à trouver un travail par la suite. Il va aussi bénéficier d’un soutien psychosocial pendant qu’on recherche sa famille.

« Ma famille me manque. Je pense à eux tout le temps. Je me demande ce qu’ils sont en train de faire, ce qu’ils mangent, et je me demande s’ils vont bien, » dit Hameed. « Je meurs d’envie de les voir. »

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© UNICEF/NYHQ2007-0239/Pirozzi
Un garçon, qui a été blessé, est en cours de rétablissement dans un hôpital du camp de réfugiés de Djabal. Ce camp, proche de la ville de Goz Beida, dans le secteur de Ouaddai, au Tchad, abrite des réfugiés qui ont fui le conflit dans la région soudanaise du Darfour.

« Ça brise le cœur de voir ça »
Le gouvernement tchadien verse environ 830 dollars É.-U. aux combattants rebelles qui déposent les armes. Ceci a été d’un grand secours pour Hameed. « Je suis heureux que les autorités m’aient aidé. Le groupe rebelle ne me payait pas et je me suis retrouvé sans  un sou, » dit-il.

« Nombreux sont les enfants qui arrivent ici nerveux et agressifs, » observe le capitaine Saleh Nangtara, un officier tchadien qui se trouve à Moussoro. « Ils en ont tellement vu, et certains d’entre eux ont aussi tué des gens. Ceci affecte leur vision des choses. Je suis moi-même père et ça me brise le cœur de voir  ce que ces enfants ont subi. »

Bien qu’il n’existe pas de chiffres confirmés sur le nombre d’enfants tchadiens recrutés par des groupes armés au Soudan, on pense qu’il est élevé. Les enfants sont recrutés parce qu’ils sont volontaires – c’est le cas de Hameed – ou de force, par des groupes armés qui pénétreraient au Tchad, dans des villages frontaliers.

On signale également des cas de recrutement d’enfants par des groupes armés à l’intérieur du Tchad, avec en toile de fond le conflit intérieur qui affecte le pays depuis 2006.

Soutien à la démobilisation
L’UNICEF et le gouvernement tchadien ont signé en mai 2007 un accord pour la démobilisation des enfants soldats. Cet accord fait suite à l’engagement du Tchad, qui a souscrit aux Protocoles de Paris, signés en février 2006, en vue d’arrêter le recrutement d’enfants par l’armée et les groupes armés.

À ce jour, près de 800 enfants tchadiens, ayant abandonné des groupes armés, ont bénéficié d’une aide de la part de l’UNICEF, dans le cadre du programme de réinsertion.

« Suite aux récents entretiens relatifs à la paix entre le Soudan et le Tchad, qui ont été positifs, nous espérons voir davantage d’enfants démobilisés dans les prochains mois, » déclare Philippe Assale, responsable de l’UNICEF au Tchad pour la protection de l’enfant, mais il souligne que la poursuite de ces efforts va nécessiter davantage de financements.


 

 

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