République centrafricaine

« Nous essayons de faire disparaître la violence » : le défi de l’enseignement en plein conflit

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Nguinissara Rita est institutrice de primaire sur un site pour personnes déplacées à Bangui. Environ 2,3 millions d’enfants sont affectés par la crise actuelle en République centrafricaine.

 

Par Suzanne Beukes

En République centrafricaine, où un système d’éducation déjà précaire  a été encore fragilisé par un conflit prolongé, une enseignante montre son engagement envers ses élèves – et son pays.

BANGUI, République centrafricaine, le 17 avril 2014 – « Nous, les enseignants, essayons de faire disparaître la violence et la guerre que nous avons connues, » affirme Nguinissara Rita, institutrice de primaire dans le camp de déplacement de la paroisse St Charles Lwanga à Bangui, la capitale de la République centrafricaine.

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Un enfant qui vit dans le camp de déplacés de la paroisse St Charles Lwanga à Bangui.

Il s’agit d’une tâche quasi impossible dans un pays en proie à une crise humanitaire touchant environ 2,3 millions d’enfants.

Néanmoins, Nguinissara Rita relève ce défi avec détermination. Dans la foule de tentes, de personnes, de sacs, et de matelas de ce camp de fortune, la salle de classe  remplit deux fonctions essentielles : pour les élèves, c’est une forme de protection contre les potentiels recrutements ou sévices; pour elle, la salle de classe permet de poser les bases d’une réconciliation dans un conflit dont on ne voit pas la fin.

« Nous apprenons le pardon à nos enfants parce qu’il faut pardonner aux autres », explique-t-elle.

Les espaces d’apprentissage temporaires

En République centrafricaine, la scolarité a été perturbée pendant près de deux ans, et depuis 2012 la plupart des écoles sont fermées. Afin d’offrir des possibilités d’éducation aux enfants, l’UNICEF a appuyé les efforts de partenaires internationaux et nationaux pour la mise en place d’environ 118 espaces d’apprentissage temporaires, couvrant plus de 20 camps de déplacement à Bangui et dans d’autres zones touchées par le conflit. Grâce à cela, plus de 25 000 enfants ont pu faire leur retour dans un cadre d’apprentissage.

Ces espaces d’apprentissage temporaires sont censés fonctionner jusqu’à la réouverture des écoles. « En attendant, au moins, ces enfants qui vivent dans un contexte difficile dans les camps de déplacement retrouveront un semblant de normalité et d’habitudes dans un environnement sûr, » affirme Celeste Staley, responsable de l’éducation de l’UNICEF en République centrafricaine.

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« Quand vous enseignez à des enfants, il faut considérer tous les enfants qui sont face à vous comme vos propres enfants », explique Nguinissara Rita.

Des efforts ont été déployés pour rouvrir les écoles, mais c’est un processus lent et complexe. De nombreuses écoles ont été pillées et endommagées dans le conflit. Et en raison de l’insécurité continue, il est extrêmement difficile de faire revenir les enseignants dans les salles de classe. En outre, les salaires du personnel enseignant sont en retard, ce qui ne l’encourage pas à revenir.

Reconstruire et renforcer

L’UNICEF appuie le module de l’Éducation, un groupe constitué du Ministère national de l’éducation et d’ONG et institutions des Nations Unies impliquées dans le secteur de l’éducation. Ce module appuie la coordination entre les partenaires, les évaluations conjointes, l’identification des possibilités de financement et le partage des informations.

Soucieux d’aider à la réouverture des écoles, l’UNICEF fournit des fournitures scolaires de base, une réhabilitation légère, des formations pour les enseignants, et des cours de rattrapage pour les enfants ayant manqué plusieurs mois d’école.
Le module collabore également avec le gouvernement de transition dans la reconstruction et le renforcement du système d’éducation, qui déjà avant la crise faisait partie des moins développés dans le monde.

« Nous savons qu’il sera difficile de reconstruire un système d’éducation déjà déficient », affirme Judith Leveillee, Représentante adjointe de l’UNICEF en République centrafricaine. « Mais nous devons faire notre possible pour que les enfants retournent à l’école. C’est là qu’ils doivent être. Ils ont déjà tant perdu. »

Dans le camp de déplacés de Lwanga, Nguirissara apprend une chanson à ses jeunes élèves avec énergie et passion. « C’est peut-être mon destin; je ne sais pas,  dit-elle. Mais j’aime enseigner aux enfants – et cela me permet de les aider et d’aider mon pays. »


 

 

Photographie : La protection des enfants

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