République centrafricaine

Après avoir fui les violences et les pillages, un enseignant retourne à l’école

Ange Mbere, 16 ans, parle de son désir de rester à l'école et le professeur Aristide Modest Feikoumo discute de sa lutte pour enseigner après le pillage et la destruction des écoles.

 

Par Gabrielle Menezes

BRIA, République centrafricaine, le 22 octobre 2013 – Un groupe d’enfants fait la queue dans la cour de récréation de l’école en chantant joyeusement. Aristide Modest Feikoumo les écoute. Il n’avait plus entendu ces voix depuis des mois.

Monsieur Feikoumo, professeur d’école primaire à Bria, a été forcé de fuir en décembre 2012, lorsque les membres d’une coalition rebelle on pris le contrôle de sa ville, au cœur de la République centrafricaine. Il s’est enfui avec sa famille dans la brousse et dépendait de familles d’accueil pour partager la nourriture qu’ils pouvaient se permettre. Il a fini par arriver à Bangui, la capitale, où il est resté jusqu’à ce que le Ministre de l’éducation nationale commence à organiser la réouverture des écoles dans le pays.

Il lui a fallu du temps pour surmonter sa peur du retour, mais Aristide Modest Feikoumo a accepté la proposition de revenir à Bria et de recommencer à enseigner.

Il a eu peine à croire ce qu’il a vu en arrivant.

Le choc

Comme de nombreuses personnes contraintes de quitter leurs foyers, il a retrouvé sa maison pillée. Le palais de justice local a été incendié. De nouveaux bâtiments scolaires achevés il y a seulement quelques années se trouvaient désormais à ciel ouvert. Même leurs toits de tôle avaient été volés, rendant les cours impossibles à cause de la chaleur et de la pluie. 

Image de l'UNICEF
© UNICEF Video
Les enfants font la queue devant l’école de Bria, en République centrafricaine. Dans le pays, la montée des violences a provoqué la fermeture de 86 pour cent des écoles au moins une fois. En août 2013, les élèves avaient déjà manqué en moyenne six mois de cours.

« Toutes les écoles ont été pillées. Ils ont tout pris, les portes, les bancs, les manuels scolaires, les archives. Tout a été pris, » explique Aristide Modest Feikoumo. « Nous avons été choqués de constater cela en revenant. Les élèves se trouvent désormais face à des obstacles encore plus difficiles. Ils n’ont pas de livres à lire, pas de bancs pour s’asseoir. »

Le Ministère de l’éducation, avec l’appui de l’UNICEF, a envoyé 1 352 enseignants de Bangui dans des villages du pays pour que l’enseignement reprenne, mais les séquelles de la crise se ressentent au niveau du système éducatif.

La peur des violences

D’après une étude récente de l’UNICEF et ses partenaires, 86 pour cent des écoles ont fermé au moins une fois depuis le début de cette violente crise. Les résultats montrent également qu’environ 64 pour cent des écoles étudiées ont été pillées, 14 pour cent ont été occupées par des groupes armés, et 8 pour cent ont été touchées par des balles. Quatre personnes sur cinq affirment que la peur des violences demeure la principale cause de réticence des élèves à retourner à l’école.

De nombreuses personnes se cachent encore dans la brousse de peur d’être attaquées, et près de la moitié des écoles visitées n’ont pas rouvert. La vague de violence la plus récente au nord ouest du pays exerce une pression supplémentaire sur un système d’éducation déjà fragile.

« Actuellement, bon nombre de parents ont trop peur d’envoyer leurs enfants à l’école. L’insécurité est toujours là, explique Aristide Modest Feikoumo. Le calme n’est pas revenu. Nous voyons des personnes traverser la ville avec des armes, il est donc normal que les parents ne veuillent pas que leurs enfants aillent à l’école. »

Image de l'UNICEF
© UNICEF Central African Republic/2013/Menezes
« L’école est mon avenir, et je veux devenir quelqu’un », affirme Angel Mbere, 16 ans, élève à Bria.

« Cette étude suggère que les élèves avaient déjà manqué en moyenne six mois d’école en août 2013, » affirme Nicolas Servas, coordinateur du "cluster" Éducation, qui rassemble des organismes travaillant dans le secteur de l’éducation. « Il va être de plus en plus difficile pour ces élèves de rattraper leur retard. Nombreux sont ceux pour qui l’année passée est déjà perdue; et plus encore risquent de manquer celle qui arrive. »

Restaurer l’espoir

« En République centrafricaine et dans tant d’autres endroits affectés par les conflits, l’éducation est souvent touchée de plein fouet », explique Souleymane Diabaté, Représentant de l’UNICEF en République centrafricaine. « Le fait d’offrir aux enfants un endroit sûr pour apprendre et jouer peut permettre de restaurer l’espoir d’un avenir meilleur. Tous les enseignants et les élèves devraient pouvoir retourner à l’école en toute sécurité et de manière permanente. »

En réaction à la crise, l’UNICEF a aidé près de 25 000 enfants affectés par le conflit via des cours de rattrapage pour préparer les examens finaux de cette année, et aidera plus de 91 000 enfants supplémentaires dans les semaines à venir.

L’appel d’urgence de l’UNICEF de 2013 était initialement de 11,5 millions de dollars É.-U., mais suite à la crise il a été révisé à 32 millions. Pour l’instant, seul un tiers de cette somme a été reçue, et 20 millions de dollars sont nécessaires de toute urgence pour fournir une aide d’urgence et aider les enfants et les professeurs affectés par le conflit, comme Aristide Modest Feikoumo, à retourner à l’école.


 

 

Photographie : Anciens enfants soldats

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