République centrafricaine

En République centrafricaine, l’éradication de la polio est une priorité nationale

Image de l'UNICEF
© UNICEF RCA/2012
Léonie Gnapelet, dans sa maison en compagnie de trois de ses six enfants, à Bangui en République centrafricaine. Elle vient de faire vacciner tous ses enfants contre la polio.

La toute première Semaine mondiale de la vaccination se déroule du 21 au 28 avril 2012. Les bureaux de l’UNICEF dans le monde sont impliqués dans des campagnes nationales de vaccination et de sensibilisation des populations sur l’importance des vaccins dans la survie de l’enfant. L’UNICEF est le plus gros acheteur dans le monde de vaccins pour les pays les plus pauvres, et procure des vaccins aux enfants depuis plus de 50 ans.

Par Linda Tom

BANGUI, République centrafricaine, 20 avril 2012 – À 7h00 du matin, un dimanche, le centre de santé Mamadou-Mbaiki déborde d’activité. Des boîtes isothermes sont remplies de  briques réfrigérantes et de vaccins contre la polio. Des équipes de vaccination – constituées d’un vaccinateur, d’un spécialiste en mobilisation sociale et d’un bénévole – se préparent au départ, démarrant de bonne heure la troisième et dernière journée  de la campagne nationale de vaccination contre la Polio.

Pendant la campagne, les équipes  se sont dispersées, allant de maison en maison, mais aussi dans les écoles, les gares de chemin de fer, les églises, les mosquées et partout où des enfants peuvent se trouver, afin de vacciner tous les enfants qu’ils trouveront contre le virus de la polio.

« Mon fils n’a même pas pleuré quand on l’a vacciné. C’est un brave garçon », raconte avec fierté Léonie Gnapelet à propos de son fils de 3 ans. « J’ai deux fils et quatre filles, et maintenant tous mes enfants sont vaccinés. Je connais les bienfaits de cette vaccination parce que j’ai été formée comme puéricultrice ».

La mobilisation sociale est essentielle

Cependant, tous les parents ne sont pas convaincus des bienfaits du vaccin contre la polio. Des rumeurs circulent que le vaccin rendrait les enfants malades, et deux parents, voisins de Léonice, ont refusé que l’on vaccine leurs enfants.

« Après avoir été vacciné, mon enfant a attrapé la diarrhée et j’ai dû l’amener au dispensaire. Cela m’a coûté 1000 francs CFA (environ 2 dollars) pour voir un médecin, et en plus il m’a fallu acheter des médicaments », explique l’un des parents. Même si un faible pourcentage d'enfants souffre vraiment de tels effets secondaires, et que les avantages de la vaccination dépassent de loin les risques, la désinformation persistante et le manque d'accès aux services de santé contribuent au rejet de la vaccination.

La polio peut handicaper ou tuer et est très contagieuse ; dans les quartiers surpeuplés comme celui de Léonice, refuser la vaccination peut mettre en danger, non seulement les individus mais aussi les autres membres de la communauté.

Image de l'UNICEF
© UNICEF RCA/2012
Les enfants de Léonie Gnapelet devant leur maison à Bangui, en République centrafricaine. Le fils de Léonie, âgé de 3 ans (au premier plan) vient tout juste de recevoir une dose de vaccin antipoliomyélitique oral.

La mobilisation sociale est essentielle pour le succès de la campagne de vaccination. L’UNICEF mène une action auprès des jeunes, dans les médias et les communautés, et auprès des responsables politiques pour mieux faire connaître la Campagne et s’assurer que les parents et toutes autres personnes ayant la responsabilité d’enfants comprennent bien les bienfaits et les enjeux de la vaccination.

« Nous devons présenter les faits aux parents », dit Claudine Madazou, une vaccinatrice à Bangui. « Nous allons de porte en porte pour expliquer aux parents et leur faire comprendre les risques qu’ils font prendre à leurs enfants en refusant de les vacciner. Je vis moi-aussi dans ce quartier, aussi ce sont tous mes voisins. Je peux le faire, car c’est ici que je vis ».

Les acteurs du secteur privé ont également un rôle à jouer. Les compagnies de téléphone mobile du pays ; Azur, Telecel, Orange et Moov, envoient des SMS gratuits à tous leurs souscripteurs, avec des mises à jour sur la campagne contre la polio, et demandant instamment à tous les récipiendaires de ces messages de bien faire vacciner leurs enfants.

Une priorité nationale

Ces actions interviennent en réponse à quatre cas de polio rapportés dans le pays en 2011, incitant le gouvernement à déclarer que l’éradication de la polio était une urgence nationale de la plus haute importance.

Le pays est particulièrement exposé à la diffusion de la maladie, partageant plusieurs frontières avec des pays où le poliovirus sauvage continue de circuler. Et des années de conflit et d’insécurité ont détruit une bonne part des infrastructures des zones touchées, plaçant hors de portée de la majorité des 4,4 millions de centrafricains les plus basiques des services de santé.

Même dans la capitale, les installations de santé sont surpeuplées, la plupart des équipements de santé sont obsolètes et les personnels de santé et les médicaments sont en rupture d’approvisionnement. On estime consécutivement que 159 pour mille enfants dans le pays mourront avant leur cinquième anniversaire, principalement de maladies évitables comme le paludisme, les diarrhées, les infections respiratoires, la malnutrition et la rougeole.

Les priorités immédiates sont de s’assurer de la tenue de campagnes nationales de vaccination durable et du renforcement des vaccinations de routine pour protéger des épidémies de maladies. Au-delà des méthodes innovantes et efficaces doivent être mises en oeuvre pour garantir l’accessibilité des services de santé à l’ensemble des communautés, avec un accent tout particulier pour les populations isolées difficiles à atteindre et vivant dans des zones de conflit ou de post-conflit.

« Nous avons tous besoin d’être informés sur les risques de maladies comme la polio. C’est notre manque de connaissances qui empêche la République centrafricaine d’avancer », affirme Léonie Gnapelet.


 

 

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