République centrafricaine

En République centrafricaine, les plus vulnérables désignés comme boucs émissaires

Image de l'UNICEF
© UNICEF République centrafricaine /2009/Bannor-Addae
Laurent (dos tourné à l'objectif) s'entretient avec un ami de la Voix du Cœur, un centre pour enfants vulnérables appuyé par l'UNICEF, à Bangui, en République centrafricaine.

Par Rebecca Bannor-Addae

BANGUI, République centrafricaine, 12 mai 2009 – Laurent (son nom a été modifié) avait à peine 10 ans quand il a été envoyé vivre avec son oncle, sa tante et leurs deux petits garçons à Bangui, la capitale de la République centrafricaine (RCA). Un jour, son cousin est tombé gravement malade.

« Pendant deux semaines, mon oncle m'a battu chaque jour. Il me traitait de sorcier. Il disait qu'il y avait une bête vivant en moi, » dit Laurent.

Laurent raconte son histoire tout en étant assis sur une chaise, dans la cour d'un centre pour enfants vulnérables épaulé par l' UNICEF. « A la fin, je me suis enfui. J'avais un bras cassé et ma tête saignait à cause des coups de machette, » dit-il. « Je ne suis pas un sorcier, je ne sais pas ce qu'est un sorcier. »

Une adolescente condamnée deux fois
Laura (également un pseudonyme), 15 ans, est originaire d'un petit village du sud de la RCA. Ses parents sont morts alors qu'elle était très jeune et un tante s'occupait d'elle.

« J'étais souvent des accès de somnambulisme et je faisais des cauchemars. Des voix me disaient des choses angoissantes comme le fait que je doive me mettre à suivre certaines personnes et même manger leur cœur, » dit Laura, ajoutant qu'elle avait décidé de parler des cauchemars à sa tante.

« Après avoir parlé à ma tante, la défiance a commencé, » se souvient-elle. « Les gens du village m'accusaient des choses qui n'allaient pas. J'ai été accusée de causer des maladies, des morts, et d'être responsable de la perte d'objets. »

Laura s'interrompt et regarde dans le vide. Malgré son jeune âge, elle a été condamnée deux fois à la site d'accusations de sorcellerie. Elle a purgé sa peine et vit aujourd'hui dans la maison d'un des gardiens de la prison de Mbaiki.

« Je ne peux pas retourner chez ma tante parce que les gens du village ne m'aiment pas. Ils me battraient. Ils me tueraient, » affirme Laura.

Boucs émissaires dans les moments difficiles
Des centaines, et même des milliers d'enfants et de personnes âgées – spécialement des femmes – ont été accusés d'être des sorciers en RCA. La croyance en la sorcellerie est répandue dans la région mais accuser des enfants est une évolution plus récente.

Des difficultés accrues résultant de décennies de confit armé et de pauvreté généralisée pourrait être le détonateur de ce phénomène. Ou bien, comme les études dans les pays voisins le suggèrent, les accusations de sorcellerie pourraient être l'expression de l'incapacité des familles à résoudre une crise ou, encore, à faire face à la mort ou à la maladie.

Mais cette désignation des plus vulnérables de la société comme boucs émissaires a de graves conséquences. En RCA, la sorcellerie est, selon le code pénal, un délit punissable de mort dans le cas où le « sorcier » ou la « sorcière » est accusé(e) d'homicide. Bien qu'aucun individu accusé de sorcellerie en RCA n'ait été condamné à mort, de nombreuses personnes ont été arrêtées pour ces pratiques et les accusés sont souvent victimes de la vindicte populaire.

Un documentaire accroît la sensibilisation
Il existe peu de données pour rendre compte des accusations de sorcellerie en RCA; par conséquent, l'UNICEF est en train de réunir le maximum d'informations sur la question pour soutenir ses actions de défense et de soutien et permettre de mettre un terme à ces graves violations des droits de l'homme contre les femmes et les enfants.

Image de l'UNICEF
© UNICEF République centrafricaine/2009/Bannor-Addae
Des garçons en train de jouer au foot au centre pour enfants vulnérables la Voix du Coeur, à Bangui.

Pour faire la lumière sur le problème et susciter des débats au sein des communautés locales, l'UNICEF co-parraine un documentaire, « Procès en sorcellerie en République centrafricaine », pour le diffuser auprès d'audiences locales comme élément d'un programme de sensibilisation.

Le documentaire met en scène Gervais Ngovon, un Procureur à la cour de Mbaiki où 10 affaires sur un total de 12 au cours d'une seule séance concernent la sorcellerie. Les débats qui se déroulent toute le journée sont ouverts au public. Les accusations sont incroyables, concernant des personnes qui se seraient métamorphosées en animaux ou en foudre et auraient volé d'autres âmes.

Protection contre la superstition
« Tenez, les gens peuvent croire ce qu'ils veulent, » dit Gervais Ngovon. « Le problème est que ces croyances font aller des innocents en prison sur la base d'une affirmation qui ressemblent mettons à un conte de fée. Dans ce pays, nous n'avons pas de structures pour protéger les faibles et la plupart des gens croient dans la sorcellerie, y compris ceux qui sont les gardiens de la loi. » 

Les détracteurs de tels procès reconnaissent que jusqu'à ce que ces croyances traditionnelles soient éradiqués, la loi restera du côté de l'accusateur. « Je trouve que, parfois, envoyer en prison un enfant ou une femme accusé représente la meilleure solution pour les protéger de la vindicte de la foule qui, souvent, se termine par la mort, » affirme Gervais Ngovon.

Laurent et Laura vivent comme des proscrits avec une avenir incertain. Laurent vit à Bangui dans un centre pour enfants vulnérables soutenu par l'UNICEF depuis 2006. « Aujourd'hui, c'est mon foyer. Je ne sais pas où aller, » dit-il. « J'espère qu'un jour je pourrai retourner dans ma famille. »


 

 

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