Cameroun

De jeunes éducateurs participent à la lutte contre le VIH/SIDA

Image de l'UNICEF
© UNICEF video
Junior et ses amis dans les rues de leur quartier

Par Thierry Delvigne-Jean

Douala (Cameroun), le 16 juin 2005 - Les rues et les allées de la ville sont devenues le dernier champ de bataille de la lutte contre le SIDA au Cameroun. Dans ce pays où la moitié de la population a moins de 25 ans, les jeunes se mesurent à un ennemi mortel. Le taux de prévalence du VIH parmi les 15-49 ans est de 6,9 % au Cameroun ; c’est l’un des plus élevés de la région.

Aussi, lorsqu’il a entendu parler d’un projet de prévention du SIDA mené par des jeunes avec l’appui de l’UNICEF, Junior a décidé de se joindre à eux. Il a mobilisé ses amis et ils sont descendus dans la rue.

« Nous savons où est le problème », dit Junior en montrant du doigt une maison abandonnée dont la porte s’ouvre largement sur la rue. « Des filles et des garçons s’y retrouvent souvent tard le soir… », ajoute-t-il dans un large sourire.

Le jeune homme mène son groupe de copains à travers les rues de son quartier, dans la banlieue de Douala. Ils cherchent les lieux où l’on peut s’adonner à des comportements risqués, lesquels contribuent à la propagation du VIH au sein de la communauté. Leurs airs de caïd (chemises moulantes, jeans taille basse) contrastent avec leur visage ouvert et leur sourire amical.

Le groupe s’arrête devant trois voitures déglinguées et Junior prend note de l’endroit car les ces voitures peuvent servir de refuge pour les abris sexuels.

Image de l'UNICEF
© UNICEF video
Des voitures abandonnées servent de refuge pour les rapports sexuels, au risque d’attraper le VIH.

Quand ils ont fini leur ballade à travers le quartier, le groupe note les endroits à risque sur un plan. Cet exercice de cartographie du risque et de la vulnérabilité est au coeur du projet. Il permet aux jeunes de consigner les endroits où les adolescents courent les plus grands risques d’être exposés au VIH dans leur communauté et les aide à repérer les ressources communautaires qui sont à leur disposition.

« Nous avons repéré 32 bars dans cette zone, explique Junior en indiquant les points rouges sur un immense plan scotché au mur. Les adolescents s’y rendent pour faire semblant qu’ils peuvent se comporter comme des adultes. Ils boivent de la bière et rencontrent les filles. »

En faisant une carte des facteurs de risque dans leur environnement, les jeunes commencent à comprendre que leur milieu physique et social peut encourager les comportements risqués.

Mais cet exercice de cartographie ne représente qu’un début. Junior et ses coéquipiers se retrouvent régulièrement pour discuter de stratégies de prévention en se fondant sur ce qu’ils ont découvert et pour identifier les types de comportement positif qu’ils aimeraient encourager chez leurs camarades.

En tant qu’animateur de ce groupe de jeunes éducateurs, Junior a pour tâche de mobiliser une trentaine d’adolescents dans sa zone. Ceux-ci sont divisés en groupes de dix, au sein desquels un chef de groupe prend la responsabilité d’organiser des activités de sensibilisation dans le quartier.

« Ils viennent parce qu’ils me connaissent bien, explique Junior. Si on approche un jeune au hasard, peut-être qu’il dira : « D’accord, je vais venir » et puis il ne vient pas. Mais tes amis, eux, ils viennent. Et s’ils décident de partir, on peut leur demander de se faire remplacer par un copain. C’est comme ça que le groupe grandit. »

Image de l'UNICEF
© UNICEF video
En dessinant une carte des facteurs de risque dans leur propre environnement, les jeunes commencent à comprendre que leur milieu physique et social peut encourager des comportements risqués qui peuvent les exposer au VIH.

Junior et des centaines de jeunes comme lui travaillent comme éducateurs dans des centres de jeunesse qui proposent des informations, des activités de sensibilisation et un suivi psychosocial. Ces centres se trouvent dans des zones à haut risque à travers tout le pays.

Dans chacun de ces centres de jeunesse, les jeunes reçoivent une formation de base en cartographie du risque, analyse de comportement, planification programmatique et suivi psychosocial. Ce sont aussi des lieux de réunion pour des centaines de jeunes éducateurs qui s’y rendent régulièrement afin de discuter de leur vécu et recevoir un appui d’éducateurs ayant une plus grande ancienneté.

« Nous avons compris que quand on les laisse s’exprimer, les jeunes sont plus motivés, explique Jeanne d’Arc Kengne, coordinatrice d’un centre de jeunesse à Douala. Les jeunes sont capables de prendre des décisions pour des problèmes qui les concernent. Ils discutent et trouvent leurs propres solutions. Nous sommes là simplement pour les aider à résoudre leurs problèmes. »

Mme Kengne fait partie de l’équipe de gestion du centre, qui comprend six adultes et six jeunes. Elle veille à sa bonne opération et supervise la formation des jeunes éducateurs.

« Ce projet a pour but d’aider les jeunes à analyser la situation locale et aussi à faire participer des adolescents difficiles à joindre, explique-t-elle. La cartographie du risque et l’analyse de comportement permet aux participants de développer une série d’aptitudes dont ils auront besoin plus tard dans la vie : aptitudes à la vie quotidienne, prise d’initiatives et confiance en soi. »

Depuis le début du projet en 2000, 29 centres de jeunesse se sont ouverts dans six provinces et 20 000 jeunes éducateurs ont été formés à travers le pays. L’UNICEF, en collaboration avec les ministères de la jeunesse et des sports et de l’éducation, espère étendre le projet à tout le pays lorsque des fonds deviendront disponibles.

De plus, les leçons apprises peuvent s’appliquer à d’autres pays. « Nous pouvons reproduire cette expérience partout, parce que les jeunes sont les mêmes où que l’on aille, estime le chargé des questions de VIH/SIDA pour l’UNICEF Nsambuka Badibanga. Quand on leur donne l’occasion de s’exprimer et de prendre les choses en main, ils peuvent accomplir de grandes choses. »

Le succès de ce projet offre la preuve qu’avec les aptitudes et connaissances requises, les jeunes peuvent avoir une influence positive sur leurs camarades.


 

 

Vidéo (en anglais)

16 juin 2005 :
Reportage du correspondant de l’UNICEF Thierry Delvigne-Jean sur le projet camerounais de sensibilisation au VIH/SIDA par de jeunes éducateurs.

bas | haut débit
(Real player)

Journalistes:
Obtenez des vidéos de qualité professionnel chez The Newsmarket

Radio UNICEF

Ecouter le programme radio de l’UNICEF sur le projet camerounais de sensibilisation au VIH/SIDA par de jeunes éducateurs.

Liens

Comment le VIH affecte-t-il les jeunes?

Information du project

Pour de plus amples informations sur le projet de lutte contre le SIDA au Cameroun, contacter UNICEF Cameroun.
Recherche