Burundi

Au Burundi, le théâtre interactif responsabilise les communautés locales pour lutter contre le paludisme

Image de l'UNICEF
© UNICEF Burundi/2011/Krzysiek
Le théâtre interactif permet aux communautés locales de lutter contre l’oppression qu’elles subissent dans leur vie quotidienne.

Par Pawel Krzysiek

NGOZI, Burundi, 3 octobre 2011 -  « Rends-la moi ! Tu ne vas pas vendre ça ! Le paludisme tue nos bébés ! », crie une jeune femme alors qu’elle essaie de reprendre à son père, dans un bras-de-fer passionné, un paquet bleu en plastique. Une foule de badauds s’est rapidement formée autour du duo, ils applaudissent et les rires fusent.

L’incident semble réel mais en fait le public est témoin d'une scène interactive de théâtre en plein air, organisée pour promouvoir l'utilisation de moustiquaires imprégnées d'insecticide (MII).

Responsabiliser la communauté

« Le théâtre nous donne l’occasion de montrer ce qu’il faut faire contre nos oppresseurs, ceux qui nous empêchent de nous servir de nos moustiquaires comme nous devrions le faire », dit Odette, une mère de cinq enfants qui joue dans ces scènes de théâtre. « C’est inadmissible de vendre une moustiquaire pour s’acheter une bière, ces moustiquaires peuvent nous sauver et sauver nos enfants ».

Ici, à Marangara, dans la province de Ngozi, au nord du Burundi, on sert du théâtre interactif pour aborder les causes profondes des problèmes communautaires. Utilisant la technique des « Opprimés », la communauté est encouragée à s'engager dans des processus de responsabilisation tels que le dialogue et la réflexion critique, pour les aider à lutter contre l’oppression qu'ils subissent dans leur vie quotidienne.

« Les Burundais aiment ces événements en plein air auxquels ils peuvent participer », affirme Mme Asteria Nizigiyimana, qui travaille avec Tubiyage, une ONG locale qui organise ces séances de théâtre interactif avec le soutien de l’UNICEF. « Nous utilisons l'humour, des chansons et des jeux de rôle pour les encourager à jouer avec nous ».

Mme Nizigiyimaana ajoute qu’il est nécessaire de défier les tabous de la communauté et de remettre en question les idées fausses et certaines attitudes. « Le théâtre appartient aux gens parce que nous jouons leur vie réelle et qu’ils jouent avec nous », dit-elle.

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© UNICEF Burundi/2011/Krzysiek
Dans les zones rurales du Burundi, seulement 48 pour cent des enfants de moins de 5 ans et 48 pour cent des femmes enceintes dorment sous des moustiquaires. Les statistiques sont encore pires dans les zones rurales isolées.

Une cause majeure de mortalité

Pour M. Adel Namacumi, propriétaire d'une boutique de Marangara, le théâtre est aussi un excellent outil pour combattre l'ignorance des gens.

« La plupart des gens ne savent ni lire ni écrire, et il y a des questions importantes sur lesquelles ils ne savent rien », dit-il. « Moi, j’avais une moustiquaire avant, mais je l’ai vendue parce que je ne savais pas comment m’en servir. Maintenant je sais que ça peut me protéger, moi et ma famille ».

Le paludisme tue un enfant toutes les 30 secondes en Afrique subsaharienne. Avec la diarrhée et la pneumonie, cette maladie est une des principales causes de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans. Les plus jeunes enfants et les femmes enceintes sont, comme toujours, les plus vulnérables.

L'UNICEF et ses partenaires du développement remédient à la crise en distribuant des moustiquaires déjà traitées dans tout le pays mais ces moustiquaires sont souvent troquées contre autre chose ou mal utilisées.

« Le paludisme est la première raison des consultations dans les centres de santé du pays », affirme la spécialiste de santé de l’UNICEF Dr Sophie Léonard. « Pourtant, environ 40 pour ent des enfants du Burundi qui ont besoin d'un traitement médical immédiat sont laissés à la maison, sans aucune aide ».

Atteindre les plus vulnérables

Pour lutter contre la maladie, la participation de la communauté est indispensable. Au Burundi, l’UNICEF associe la distribution de ces moustiquaires imprégnées d’insecticide à un large éventail d'interventions supplémentaires, y compris le plaidoyer, le renforcement des capacités, la mobilisation sociale, la communication pour changer les comportements et les interventions de santé au niveau de la communauté.

Ces activités ont pour but d’atteindre les populations les plus marginalisées et les plus vulnérables, surtout dans les régions éloignées, où l’accès à des services de base est très limité.


 

 

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