Burundi

Le génocide incite une femme à l’action

Image de l'UNICEF
© UNICEF New York/2004/Turkovich
Marguerite Barankitse: "Je sais dans mon coeur que le mal n'aura jamais le dernier mot."

Marguerite Barankitse se rappelle le moment exact où sa mission au Burundi a commencé : c’était le jour où une horde de Tutsi l’a ligotée et forcée à assister au massacre de 72 Hutu, pour la plupart des enfants. Le carnage a duré dix heures, mais son rêve de paix dans un pays unifié ne s’est pas brisé.

Lorsque la guerre civile a éclaté en octobre 1993, Mme Barankitse, ou « Maggy », comme elle préfère qu’on l’appelle, travaillait comme secrétaire à la maison de l’Évêque à Ruyigi. Elle avait déjà adopté sept enfants — quatre Hutu et trois Tutsi—et malgré le tour dangereux que prenait la situation, elle refusait de les séparer.

« Je voulais montrer à mon peuple qu’avec de la justice et de l’amour, on peut vivre en harmonie », dit-elle.

Lorsque les massacres ont commencé, elle a réussi à mettre à l’abri du danger 25 enfants dont les parents avaient été tués. Elle a aussi protégé ses sept orphelins adoptés en les cachant dans la propriété de l’Évêque. C’est ainsi qu’elle a commencé à s’occuper des enfants devenus orphelins pendant le génocide.

« J’étais entourée de cadavres, et je ne savais plus quoi faire », confie-t-elle.  « Mais alors, j’ai entendu la voix de l’espoir, qu’un nouveau gouvernement composé de Hutu et de Tutsi pouvait être créé. J’ai donné un nouveau nom à mes orphelins – ‘Hutsitwa’ – qui est un mélange des deux. »

Des milliers de vies sauvées

Depuis, Maggy, qui est Tutsi, a ouvert trois centres qui accueillent les enfants traumatisés ou mutilés— l’Oasis de la Paix, la Casa de la Pace et la Maison Shalom, qui est aussi le nom de son organisation.

Dix mille enfants ont poussé la porte de ces centres. Beaucoup d’entre eux ont perdu leurs parents ou ont été séparés de leur famille alors qu’ils essayaient de passer en Tanzanie. La plupart ont été témoins d’atrocités, d’autres ont été blessés à vie. Maggy a pu envoyer un petit garçon se faire opérer en Allemagne après qu’il eut été retrouvé agrippé au corps de sa mère, la moitié du visage détruit par une grenade.

« Je sais dans mon coeur que le mal n’aura jamais le dernier mot. Des gens viennent chez moi et menacent de me tuer. Mais je leur dis qu’ils n’y parviendront pas et que Dieu protégera mes enfants.

« Tout le monde croit que je suis folle et que j’ai perdu la raison—même ma famille ! Je réponds oui, je suis folle, mais vous aussi, vous être fous, car c’est vous qui avez commencé à massacrer.  Qui est celui qui a le plus perdu la raison—celui qui tue ou celui qui essaie de sauver des vies ? »

La Maison Shalom est aujourd’hui au coeur de l’action humanitaire au Burundi. En partenariat avec l’UNICEF, cette organisation travaille dans des zones restées inaccessibles aux autres organismes d’aide, et fournit des soins de santé d’urgence et des conseils aux victimes de viols et d’autres violences. L’UNICEF a aussi contribué à financer la reconstruction des écoles dans la région et des services spéciaux offerts aux réfugiés qui revenaient au Burundi.

Maggy a vu ses sept orphelins s’épanouir, étudier, se marier et avoir à leur tour des enfants. Elle croit toujours que son rêve où les Tutsi et les Hutu vivent ensemble se réalisera—mais une nouvelle menace plane à présent sur le Burundi. Sur les 216 nourrissons dont elle a actuellement la charge, plus de la moitié sont séropositifs.

« C’est vraiment injuste », dit-elle. « Le SIDA me rend vraiment furieuse. Il y a assez d’argent dans ce monde pour le traiter, mais des enfants continuent de souffrir. Je vois le chemin à suivre pour arriver à la réconciliation, mais pour le SIDA, je ne vois rien. »

Pourtant, dit-elle, elle continue de rêver. « Avec chacun de nos rêves, nous faisons avancer l’humanité. »

Marguerite Barankitse a reçu cette semaine le prix 2004 des « Voix du  courage » parrainé par la Commission des femmes pour les réfugiés, les femmes et les enfants. Elle est aussi lauréate du prix « Franklin D. Roosevelt Freedom from Want Award » décerné par les Pays-Bas.


 

 

Voir le reportage vidéo (en anglais)

Bas débit
Voir clip vidéo (format Real Player)

Haut débit
Voir clip vidéo (format Real Player)

Recherche