Burkina Faso

Au Burkina Faso, les femmes sont le fer de lance des progrès en matière d'eau et d'assainissement

Par Alex Duval Smith

PROVINCE DE GANZOURGOU, Burkina Faso, 17 septembre 2010 – Roland Nikiéma, un infirmier de 26 ans, a seulement besoin d'atteindre une pile de registres écornés pour fournir la preuve que son difficile travail avance.

VIDÉO : le reportage de la correspondante de l'UNICEF Zenande Mfenyana sur un programme appuyé par l'Union européenne destiné à pourvoir en eau et en sanitaires une partie de ceux qui sont durement frappés par le changement climatique dans le Burkina Faso rural.  Regarder dans RealPlayer

 

Son dispensaire, rural et sous-équipé, est en train d'accomplir de grands progrès pour accéder aux personnes les plus vulnérables du monde – et spécialement les enfants – afin de pouvoir réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement des Nations Unies, un ensemble de cibles approuvées au plan international pour réduire la pauvreté mondiale d'ici l'année 2015.

Travail difficile

« Si je compare, disons, janvier 2009 à janvier 2010, les preuves sont claires, » dit Roland Nikiéma en fouillant dans ses dossiers dans la pénombre du dispensaire constitué de trois pièces, à Rapadama, un village du centre du Burkina Faso. Ici, Roland Nikiéma, assure seul les besoins médicaux de quelque 10 000 personnes faisant partie des plus pauvres du Burkina Faso.

Image de l'UNICEF
© UNICEF/NYHQ2010-1751/Marinovich
Dans cette école maternelle de Salogo, au Burkina Faso, l'apprentissage de l'hygiène commence de bonne heure.

Les chances sont défavorables à ce pays sans accès à la mer de 15,23 millions d'habitants qui a été décrit comme le « degré zéro » du changement climatique. Coincé entre le désert du Sahara et la Côte d'Ivoire, et avec un voisin au sud sortant d'une guerre civile, le Burkina Faso subit aussi les effets – particulièrement les augmentations de prix – de la crise alimentaire au Niger, à l'est.

Bien qu'il se sente fatigué après avoir procédé à l'accouchement de trois bébés pendant la nuit, l'enthousiasme de Roland Nikiéma s'intensifie au fur et à mesure qu'il parcourt ses registres.

« En ce qui concerne les enfants atteints de diarrhée, j'ai enregistré 14 cas en janvier 2009 et seulement sept pendant le même mois de cette année, » dit-il. « Essayons les parasites intestinaux : nous en avions huit en janvier 2010 et trois en janvier 2010. »

Changements palpables

Pour beaucoup, les changements décrits par Roland Nikiéma semblent être d'échelle microscopique. Mais ces données offrent la preuve palpable que les enfants de ce village isolé se trouvent en meilleure santé.

Roland Nikiéma dit que les améliorations sont dues principalement à deux ONG locales, le Centre Régional pour l’Eau Potable et l’Assainissement (CREPA) et l'Association Chant de Femmes (ACF). Depuis 2007, les deux groupes ont collaboré avec l'UNICEF et environ 2,2 millions de dollars ont été versés par l'Union Européenne afin de modifier les habitudes sanitaires de 75 000 personnes dans les provinces du Burkina Faso de Ganzourgou et de Gnagna en faisant parvenir pour la première fois de l'eau potable dans un rayon de 500 mètres à nombre d'habitations.

Image de l'UNICEF
© UNICEF/NYHQ2010-1751/Marinovich
A Meguet, au Burkina Faso, une fille va chercher de l'eau.

Roland Nikiéma dit qu'il a observé des changements incroyables pendant les deux années qu'il a passées à Rapadama. « Quand je suis arrivé, en 2008, le CREPA et l'ACF étaient en train de se mettre au travail, » se souvient-il. « Le CREPA aidait la population à bâtir des latrines et l'ACF informait les femmes sur la façon d’améliorer les habitudes sanitaires. »

Dans les années qui ont suivi, les vomissements et la diarrhée chez les enfants ont diminué de façon importante. Roland Nikiéma observe également que davantage de femmes accouchent au dispensaire et font vacciner leurs bébés. Les groupes d'information pour les femmes se sont multipliés partout dans la région, offrant une tribune pour les débats sur les problèmes de santé concernant les femmes.

Soutien indispensable des femmes

Ida Ouandaogo, une sociologue, coordonne le programme d'assainissement à Ganzourgou pour le CREPA qui est à pied d'oeuvre dans 17 pays d'Afrique de l'Ouest et centrale. Durant les trois dernières années, le CREPA a permis à 8000 habitations de la région pilote de construire des latrines - 5000 de plus que ce que l'opération avait prévu. Elle dit que le succès de ce programme pilote de l'UE-UNICEF tient au fait qu'il dispose d'un soutien important. 

« Il est très important d'obtenir le soutien moral des chefs traditionnels ainsi que celui des maires et des élus, » dit Ida Ouandaogo.

« Et l'élément indispensable qui lie tout ensemble, » ajoute-t-elle, « c'est la mobilisation des femmes. Ce sont elles, après tout, qui non seulement vont chercher l'eau et préparent les repas mais s'occupent aussi des enfants. »

Assèta Ilboudo, une mère de quatre enfants dans le village de Salogo, effectue chaque jour toutes ces tâches. Elle fait aussi partie des 700 personnes formées pour bâtir des latrines en maçonnerie par le CREPA à Ganzourgou et à Gnagna. La plupart des maçons sont des hommes mais Assèta Ilboudo a considéré que le village de Salogo – qui a une femme pour maire – pouvait effectuer un travail traditionnellement réalisé par les hommes.   

Des progrès « stimulants »

Jean-Paul Ouédraogo, Chargé de l'eau et de l'assainissement à l'UNICEF, appelle à la prudence en disant que, bien que l'opération menée à Ganzourgou-Gnagna soit innovante, elle n'est qu'une modeste réussite dans un pays en proie à une « situation sanitaire profondément inquiétante, avec un taux de mortalité infantile élevé, une natalité élevée et de sérieux défis en terme de santé liés à l'assainissement et à l'eau. »

Le Burkina Faso s'est lui-même fixé le but d'offrir un meilleur assainissement à 54 pour cent de la population et de l'eau potable à 76 pour cent des foyers d'ici 2015.

« Nous sommes sur le point de réaliser l'objectif pour l'accès à l'eau mais en ce qui concerne l'assainissement, nous avons du retard, » dit Jean-Paul Ouédraogo. « Nous avons fait des progrès en tant que pays mais je me demande si, en prenant en compte à la fois l'assainissement rural et urbain, nous avons même atteint les 10 pour cent en terme d'accès, » dit-il.

Et, selon Jean-Paul Ouédraogo, beaucoup reste à faire. « Sensibiliser la population implique une responsabilité. Si vous dites aux gens quels sont les avantages des latrines, vous devez être sûr que celles-ci continueront à être construites et entretenues dans les années à venir. » 

Le dispensaire de Rapadama n'a toujours pas d'électricité. Les plaies sont pansées avec des pansements qui sont coupés à la main pour éviter d'en gâcher un seul centimètre. Roland Nikiéma dispose rarement d'une nuit complète de sommeil entre l'accouchement des bébés. Pourtant, poussé par l'optimisme et les chiffres encourageants de ses registres, il va de l'avant, faisant face à  un flot de cas de paludisme et de pneumonie qui viendrait à bout de médecins qualifiés de deux fois son âge. Il prend à coeur les améliorations qu'il observe.

« Les choses vont de mieux en mieux, » dit Roland Nikiéma. « C'est excitant d'être impliqué dans cette lutte. »


 

 

Partenariat UNICEF-Union européenne

Recherche