Botswana

Un rapport spécial sur la journée mondiale contre le SIDA et les effets du VIH/SIDA au Botswana

Image de l'UNICEF
© UNICEF Botswana/2005/Crowe
Dans le désert du Kalahari au Botswana, un garçon San attend une distribution de vêtements chauds à l’extérieur de son école maternelle.

C’est souvent la première manifestation douloureuse du VIH – des infections respiratoires aiguës – lorsqu’une mère séropositive transmet le virus à son bébé à la naissance. De plus en plus de bébés, au Botswana, connaissent de telles souffrances.

« Si vous regardez l’Afrique, le Botswana est totalement à part – l’État fournit l’équipement et les services sociaux de base. Nous ne sommes pas arrivés au sommet de l’épidémie de VIH. Nous voyons encore beaucoup d’enfants malades qui meurent de pneumonie et de diarrhée à cause du VIH », dit le docteur Haruna Djibril, chef du service de pédiatrie à l’Hôpital Princess Marina.

Autrefois, l’espérance de vie des enfants était supérieure au Botswana à celle qu’on enregistrait pratiquement partout en Afrique. Ce pays est considéré comme un brillant exemple d’espoir et de réussite sur le continent africain. Il a une grande richesse diamantifère et sa stabilité politique a fait de lui un lieu ce choix pour les investissements. Vu de loin, le pays est animé, radieux et bien organisé.

Même la lutte contre le SIDA a été très bien menée par le Botswana – ici, les soins sont gratuits pour les enfants et tous les citoyens sont encouragés à subir un test de dépistage du virus dans un centre médico-social ; par ailleurs, le traitement est gratuit dans un tel centre, où la prévention de la transmission de la mère à l’enfant (PTME) a pour but de s’assurer qu’un bébé a échappé à la maladie même si sa mère est atteinte. Il existe un excellent soutien psychologique et les tests de dépistage du VIH sont prêts dans les 20 minutes. Si un patient est séropositif et si son taux de CD 4 est inférieur à 200, on le soumet à un traitement aux antirétroviraux (ARV), gratuits eux aussi. Le Botswana est l’un des rares pays qui soit proche de son objectif de 55 000 personnes traitées aux ARV d’ici fin 2005.

La PTME est devenue au Botswana presque aussi connue qu’une marque grand public. La communauté politique tout entière se mobilise contre la maladie et le gouvernement a consacré une part considérable de son budget à la santé – 25% contre seulement 5% à l’armée.

Mais dans cette bataille, le Botswana a subi bien des échecs. Trop de mères passent à travers les mailles du filet et aucune autre cause n’avait jamais provoqué dans le pays autant de décès de nourrissons. Au cours de la dernière décennie, la mortalité infantile a grimpé en flèche, de plus de 20%.

La prévalence du VIH chez les femmes enceintes du Botswana est la seconde du monde, derrière celle du Swaziland – 38 pour cent des femmes enceintes de ce pays sont séropositives. Chaque tranche d’âge est touchée, ce qui généralise l’épidémie. Cette épidémie menace l’existence même d’un pays qui compte seulement 1,8 million d’habitants.

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© UNICEF Botswana/2005/Crowe
Keatshaba Motshabisi avec sa lance, une arme qu’il utilisait souvent pour la chasse. À présent, la chasse légale est difficile et il a bien des problèmes pour trouver du travail, même le plus élémentaire.

« Dans un petit pays comme le nôtre, la mort de toute personne constitue un véritable coup dur. Alors, si on laissait la mortalité infantile continuer au même rythme, la croissance démographique ’augmentation de la population serait bientôt voisine de zéro. Heureusement, avec l’arrivée des ARV et avec le programme de prévention de la transmission de la mère à l’enfant, nous constatons des changements vraiment positifs », a déclaré le docteur Sheila Tlou, Ministre de la santé du Botswana.

La bonne infrastructure a été tout autant un handicap qu’un atout. La forte mobilité de la population a été l’une des raisons de la propagation de la maladie – des autobus et de bonnes routes relient le Botswana à d’autres pays aux taux d’infection élevés.

Dans les coins les plus reculés du pays, dans le grand désert de Kalahari, la population san bochiman menait autrefois, dans l’isolement, des vies indépendantes. Mais le SIDA est arrivé maintenant jusqu’à eux.

Des organisations humanitaires, telles que l’UNICEF et ses partenaires, ont créé une école maternelle pour accueillir leurs enfants ; certains d’entre eux sont des orphelins et tous sont vulnérables. Leur journée, bien organisée, se compose de jeux avec leurs balançoires et leurs toboggans nouveaux, de chansons qu’on apprend et d’une instruction de base. Ils sont également nourris et habillés.

Ceci a considérablement changé la vie de Kemonye, 3 ans, et de Lesedi, 5 ans. Leur mère, Pelego, n’a que 26 ans, mais elle paraît bien plus que son âge. Elle est séropositive. Chose remarquable, dans ce désert reculé, elle est sous ARV.

Mais son mari Keatshaba Motshabisi est peu enclin à subir un test de dépistage. En d’autres temps, il était chasseur. À présent, il se sent traqué et seul.

« Je suis préoccupé à cause de ma femme car maintenant je ne peux aller nulle part. Il me semble que je suis la première personne à pouvoir l’aider », dit Keatshaba.  « L’avenir de mes enfants n’est pas celui que j’imaginais. Je suis faible. Je suis faible précisément parce que je suis le seul, me semble-t-il, à être dans l’obscurité en ce monde ».

Ici, la vie des enfants séropositifs est en jeu – seulement un enfant infecté sur 10  est effectivement sous traitement, même avec l’énorme appui du secteur privé et des laboratoires pharmaceutiques. Il est difficile de se procurer des médicaments pour les enfants, ces médicaments sont difficiles à avaler et leur prix est le quadruple de celui payé pour le traitement des adultes. La plupart des enfants sont soignés à la Clinique Baylor, deGaborone, qui offre des soins les meilleurs en la matière et gratuits pour les enfants malades du SIDA.

« Nous sommes avertis que les choses ne peuvent qu’empirer. La mortalité infantile a augmenté. Dans les pays où on lutte déjà contre les tueurs traditionnels, cela va constituer un fardeau supplémentaire. Les enfants bénéficient de bien moins d’attention que les adultes. Ils viennent toujours en dernier”, dit le docteur Gabriel Anabwani de la Clinique Baylor.

Autre problème, il faut s’assurer que toutes les femmes enceintes vont dans une clinique dans le cadre de la prévention de la transmission de la mère à l’enfant.

« Tant que vous aurez des bébés séropositifs nés de mères séropositives non inscrites aux programmes PTME, vous aurez ce problème », déclare Jonathan Lewis, Représentant de l’UNICEF au Botswana. « Le taux de couverture des enfants séropositifs par le programme anti-rétroviral (ARV) national est très faible ».

Les cimetières restent les témoins silencieux du changement dramatique qu’a connu la société du Botswana à cause du SIDA – l’espérance de vie moyenne a dégringolé de 65 à 39 ans à peine au cours de la dernière décennie. Les inscriptions sur les pierres tombales frappent : Né en 2004 - Mort en 2004.

Le Botswana lutte contre la montre afin de sauver ses enfants d’une mort prématurée. C’est, semble-t-il, un avertissement afin que d’autres pays investissent eux aussi dans les générations futures avant de rater totalement l’avenir.


 

 

Vidéo (en anglais)

Cette vidéo spéciale en quatre parties sur le VIH/SIDA au Botswana est un reportage de Sarah Crowe de l’UNICEF ; elle a été produite par David McKenzie


Première partie : Le Botswana : un modèle et un avertissement

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Deuxième partie : Le soutien apporté aux enfants affectés

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Troisième partie : La prévention de la transmission de la mère à l’enfant

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Quatrième partie : Le traitement des enfants séropositifs

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