Bolivie, État plurinational de

Les banques communales développent le crédit, autonomisent les femmes et renforcent l’équité en Bolivie rurale

L’approche de l’UNICEF axée sur l’équité pour la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement cherche à atteindre les enfants et les familles les plus pauvres et vulnérables grâce à des interventions économiques permettant des avancées durables.

Par Tanya Turkovich

POCOATA, Bolivie, 23 mai 2011 – Pour gagner de l’argent, il faut de l’argent. Demandez à Pilar Rueda, 38 ans, une femme quechua mère de deux enfants dans cette ville rurale isolée de la région bolivienne de Potosí. Comme de nombreux membres de sa communauté, elle a pu s’extraire de l’extrême pauvreté grâce aux « Bancos Comunales » (banques communales), un projet innovant développé par l’UNICEF.

VIDÉO (en anglais) : 6 mai 2011 : Le correspondant de l’UNICEF Thomas Nybo fait le point sur une initiative de financement communautaire pour le développement du crédit et l’autonomisation des femmes dans les communautés autochtones de la Bolivie rurale.  Regarder dans RealPlayer

 

Le projet développe le crédit en faveur des autochtones, principalement les femmes, dans 13 municipalités isolées au nord de Potosí. En temps normal, il est presque impossible pour la population de ces régions d’obtenir des prêts pour des petites entreprises génératrices de revenus. Mais contrairement aux microcrédits des banques traditionnelles, dont les taux d’intérêt sont élevés, le projet des banques communales propose des taux très bas et est totalement dirigé et géré par la communauté.

Environ 70 banques communales sont aujourd’hui associées au projet à Potosí. En plus des crédits, les participants reçoivent également des formations au financement par microcrédit, et sont sensibilisés à l’égalité des sexes, à l’autonomie et aux droits de base.

Davantage de revenus et de possibilités

« Dans ce magasin, il n’y avait pas grand-chose », raconte  Pilar Rueda au sujet du magasin dont elle est propriétaire et gérante avec sa famille. « Maintenant il y a beaucoup de produits et nous avons de bons revenus ».

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Pilar Rueda, une femme quechua mère de deux enfants à Pocoata, dans la région bolivienne de Potosí, vend des produits dans sa boutique. Elle a constitué le stock de marchandises grâce à un crédit dans le cadre de l’initiative des Bancos Comunales appuyée par l’UNICEF.

Mais elle n’en est pas restée là. Le prêt initial des Bancos Comunales lui avait permis d’accroître les stocks et les revenus du magasin. Elle a ensuite acheté et mis en service une machine à glaces pour augmenter encore ses revenus. Elle s’est également mise au tricot et à la peinture sur textiles pour les vendre au magasin.

« Maintenant, les femmes peuvent être entrepreneuses. Elles ne dépendent plus des hommes désormais », explique-t-elle. « Les mères peuvent maintenant acheter à leurs enfants ce dont ils ont besoin. Les hommes sont fiers de leurs femmes », ajoute-t-elle.

Pilar Rueda a toujours travaillé avec sérieux. Elle est désormais une force vive de la communauté et une femme d’affaires avisée. L’accès au crédit et à l’information sur les droits des femmes et des enfants a ouvert de nouvelles perspectives pour elle et ses enfants. Par exemple, elle n’a pas eu la possibilité de suivre des études secondaires, mais son fils est maintenant au collège, et elle a eu suffisamment d’argent pour acheter les fournitures scolaires de sa fille et lui permettre de rester scolarisée.

Rompre le cycle de la pauvreté
La famille de Mlle Rueda et les autres bénéficiaires des Bancos Comunales vivent dans le pays le plus pauvre d’Amérique du Sud. Sur les 9,1 millions d’habitants de la Bolivie, près de 6 millions, dont la moitié sont des enfants, vivent dans l’indigence.

Dans les zones rurales, presque deux tiers de la population sont considérés comme extrêmement pauvres. Ils n’ont pas assez d’argent pour couvrir leurs besoins de base, la nourriture et les soins de santé,  et encore moins l’éducation. De plus, la population rurale est majoritairement constituée d’autochtones, groupe qui a toujours été le plus défavorisé en Bolivie et dans les autres pays de la région.

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Dans la ville de Jarana, dans la région rurale de Potosí, en Bolivie, les parties prenantes de la banque communale se réunissent pour parler des prêts en faveur des activités rémunératrices dans la communauté autochtone.

Le profil de la fille autochtone défavorisée vivant en zone rurale illustre précisément l’exclusion sociale et les inégalités en Bolivie. Les avancées et la prospérité sont passées à côté de ces filles, et risquent de passer à côté de leurs enfants.

Les projets comme celui des Bancos Comunales partent néanmoins du principe que lorsque les gouvernements et les organisations d’aide internationales investissent en faveur des besoins essentiels des pauvres, le cycle de pauvreté intergénérationnel peut être interrompu. C’est pourquoi cette initiative dessert les familles les plus modestes et touchées par l’exclusion sociale vivant à au moins 70 km de la route goudronnée la plus proche et à 175 km de la ville la plus proche et comptant principalement de l’agriculture pour survivre.

Une approche axée sur l’équité
Claudio Santibanez, le responsable des politiques de l’UNICEF en Bolivie, explique que cette initiative est unique en ce sens qu’elle est axée sur l’amélioration des droits des enfants à travers l’autonomisation des femmes. De plus, elle passe par une approche du développement humain axée sur l’équité en ciblant les plus pauvres des pauvres.

« Contrairement aux autres initiatives de microfinancement, les banques communales sont créées dans les communautés extrêmement pauvres et ont ainsi une approche très centrée sur l’équité », explique M. Santibanez. « Elles s’impliquent auprès d’une population socialement vulnérable qui serait autrement exclue des marchés financiers ».

Comme les résidents locaux possèdent les banques communales, l’argent et les capitaux restent dans la communauté. Associé à des formations agricoles et commerciales, cela permet une sécurité alimentaire ainsi qu’une base économique durable même pour les familles les plus pauvres.

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Vilma Huaype s’occupe des comptes à la banque communale de Jarana, en Bolivie, qui lui a permis de bénéficier d’un crédit pour améliorer la situation de sa famille, et de devenir trésorière de la banque.

En même temps, précise M. Santibanez, les Bancos Comunales forment les femmes à la compréhension et au plaidoyer en faveur de leurs droits et ceux de leurs enfants. « L’association des microcrédits à d’autres initiatives d’autonomisation des communautés en matière de protection des droits des enfants représente un fort atout », ajoute-t-il.

La structuration des crédits
Pour réaliser ses objectifs, le projet des Bancos Comunales peut proposer des crédits à 3000 bolivianos (environ 425 dollars des É.-U.) avec un taux d’intérêt de deux pour cent. Trois quarts des intérêts sont consacrés à alimenter les réserves de la banque communale, tandis que le reste est placé sur un compte d’épargne pour l’emprunteur. Ce montant est restitué lorsqu’il ou elle a fini de payer le crédit, en général sous douze mois.
 
Les emprunteurs doivent commencer les remboursements un mois après l’apport du crédit. S’ils sont en retard, c’est la communauté qui fait pression sur ses membres pour qu’ils respectent leurs engagements. La pression sociale et la réputation représentent toujours des motivations fortes dans les Andes rurales.

Malgré quelques retards dans les remboursements, les organisateurs de l’association des banques communales ont affirmé que peu d’emprunteurs avaient manqué à leurs obligations.

L’autonomisation des femmes
Alors que le projet accorde des crédits aux hommes comme aux femmes, les femmes ont été très impliquées. Cela a beaucoup de sens, en particulier dans une culture où les femmes ne sont généralement pas chargées de la prise de décisions au sein du foyer et ne représentent pas la principale source de revenus.

Les femmes impliquées dans le projet des Bancos Comunales sont déterminées à offrir à leurs enfants une vie meilleure que la leur. C’est pourquoi elles consacrent les revenus de leurs affaires à l’amélioration de la santé et l’éducation des enfants.

Vilma Huaype, qui a bénéficié d’un crédit, vit avec son mari et ses deux enfants à Jarana, à environ une heure de marche de Pocoata. Comme Pilar Rueda, elle a pu améliorer la situation de sa famille grâce à l’accès direct aux ressources financières. Elle a également acquis un nouveau statut au sein de la communauté, celui de trésorière de la banque, et est désormais plus influente dans son foyer.

La boutique de Vilma Huaype, qui contenait jadis quelques rares produits, est désormais un commerce prospère. « J’ai profité de cette opportunité pour ma famille », dit-elle, « pour que nous ne soyons pas condamnés à la pauvreté ».


 

 

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