Bénin

Au Bénin, des programmes appuyés par l'UNICEF en faveur de l'éducation et des droits de l'enfant offrent aux enfants une porte de sortie pour échapper à l'exploitation

Par Alex Duval Smith

DJOUGOU, Bénin, 3 avril 2012 – Kabirou Sayo a seulement 15 ans mais son histoire pourrait emplir un livre.

VIDÉO : le reportage de la correspondante de l'UNICEF Suzanne Beukes sur les opérations de l'UNICEF destinées à améliorer l'éducation au Bénin. Narration française Patrice Brizard.  Regarder dans RealPlayer

 

« Cela s'est passé à la fin d'une journée d'école », dit-il quand on lui demande comment il est devenu victime de la traite des enfants. « J'ai rencontré un homme du nom de Baba qui faisait du trafic d'enfants. Il a essayé de m'expliquer quels étaient les avantages de partir pour le Nigéria ».

Kabirou, qui avait alors juste 12 ans, était impatient de quitter sa maison de Bandassar, un minuscule village du nord du Bénin et Baba l'avait convaincu en lui promettant une moto neuve et « divers produits de luxe ». Kabirou ne savait pas qu'il serait obligé, lorsqu'il arriverait au Nigéria, de travailler dans une ferme pendant de longues heures.

Attente pour pouvoir rentrer chez lui

« Au bout de trois mois, j'ai voulu retourner chez mon père et ma mère mais Baba ne voulait pas me ramener », raconte Kabirou.
 
Pendant ce temps, son père s'occupait de le faire revenir à la maison.

Image de l'UNICEF
© UNICEF VIDEO
À Djougou, au Bénin, des élèves jouent à un jeu de société distribué par l'UNICEF qui leur fait connaître leurs droits, dont leur droit à l'éducation et à la protection contre l'exploitation.

« Je ne pouvais pas faire grand-chose pour faire rentrer le garçon », explique le père de Kabirou, Sidi Sayo. « J'ai attendu que l'homme qui l'avait emmené, Baba, revienne. Je lui ai parlé ; j'étais furieux. J'ai demandé à Baba de comparaître auprès des anciens du village... Baba a dit qu'il avait mal agi et qu'il ne recommencerait plus », affirme Sidi Sayo.

Sous la pression des anciens, Baba a fini par ramener le garçon.

« J'ai passé deux ans, là-bas », dit Kabirou.

Retour à l'école

Arrivé à Bandassar, Kabirou a demandé à retourner à l'école.

L'école est une alternative importante face au travail des enfants et elle offre aux enfants un moyen à long terme de s'extraire de la pauvreté. L'éducation est aussi un droit garanti à tous les enfants, par la Convention relative aux droits de l'enfant (CDE), le traité concernant les droits de l'homme le plus approuvé du monde.
 
Djougou est l'une des 18 communes cibles où l'UNICEF s'efforce d'aider le gouvernement à augmenter les taux de fréquentation et de réussite scolaires. « Mais les obstacles sont multiples », constate Abiba Orou-Tokpo, Responsable de programme pour l'éducation à l'UNICEF. « Le secteur du coton est en crise et la production a chuté. Quand les familles manquent de ressources, elles sont obligées d'établir des priorités et l'éducation n'est pas en haut de la liste ». 

Image de l'UNICEF
© UNICEF VIDEO
L'UNICEF est à pied d'oeuvre pour améliorer les taux de réussite scolaire et enseigne aux communautés l'importance de l'éducation et de la protection de l'enfance.

« Les problèmes ne sont pas seulement économiques », affirme Parfait Houssou, le directeur de l'école primaire de Bandessar. « Beaucoup de nos écoles manquent de locaux et de matériel. Nous sommes aussi victimes d'une pénurie chronique d'enseignants qualifiés. J'ai vraiment de la chance car j’ai cinq enseignants pour six classes. Dans beaucoup d'écoles, les enfants s'inscrivent et restent là les bras croisés. L'année suivante, ils ne reviennent tout simplement pas ».

L'UNICEF est à pied d'oeuvre pour améliorer l'éducation, abordant les difficultés à partir de différents angles dont la mise en place de partenariats avec la communauté et les chefs religieux ; l'apport de mobilier et de fournitures scolaires ; et l'amélioration des écoles grâce à la mise à disposition de latrines et d'eau potable. Un programme spécial a aussi pour but le maintien scolaire des filles au-delà du primaire.

Faire connaître leurs droits aux enfants

L'UNICEF distribue aussi un jeu de société qui permet aux enfants de connaître leurs droits. Basé sur la CDE, le jeu « Analyse en boîte » utilise des éléments du Monopoly et de Trivial Pursuit pour aider les enfants à comprendre qu'ils ont droit à l'éducation, à la protection contre l'exploitation et à grandir heureux et en bonne santé. 

À Djougou, les élèves de 21 écoles primaires jouent au jeu et des compétitions sont organisées entre les meilleures équipes. Parmi les récompenses figurent des stylos, des cahiers et des coffrets de géométrie. Alors qu'il arbitrait des éliminatoires à Bandessar, Djibril Amadou, Adjoint au maire, a loué l'initiative. « Les jeux font connaître aux enfants leurs droits et les préparent à la vie adulte. Vous découvrez aussi que les enfants des écoles de Djougou qui ont été au contact du jeu sont mieux préparés pour l'enseignement secondaire ».

Kabirou va à présent à l'école secondaire et est reconnaissant de l'éducation qu'il reçoit. « Quand je serai adulte », dit-il, « je veux être Ministre de l'éducation du Bénin ».
 
Parallèlement, il voudrait lui-même se consacrer un peu à l'éducation des autres. « Je voudrais dire à Baba que s'il veut emmener des gens au Nigéria, il devrait choisir des adultes dans les villages, pas des enfants », assure-t-il.


 

 

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